Dans un contexte marqué par le ralentissement de l’économie mondiale, les tensions géopolitiques persistantes et le durcissement des conditions de financement international, l’Afrique subsaharienne devrait maintenir une dynamique de croissance positive, mais insuffisante pour répondre pleinement aux défis du développement et de la réduction de la pauvreté. Dans ses Perspectives économiques mondiales publiées le 11 juin 2026, le Groupe de la Banque mondiale prévoit une croissance régionale de 3,7 % en 2026, contre 4 % en 2025, avant une légère accélération à moyen terme dans l’hypothèse d’une stabilisation de l’environnement géopolitique.

Les nouvelles projections de la Banque mondiale, publiées le 11 juin 2026, traduisent un environnement économique mondial moins favorable cette année, y compris pour les pays africains. Alors que la croissance mondiale est attendue à seulement 2,5 % en 2026, contre 2,9 % en 2025, les économies d’Afrique subsaharienne continuent d’évoluer dans un contexte marqué par la baisse de la demande extérieure, le recul des investissements internationaux et l’augmentation du coût du financement.

Malgré ces contraintes, le continent devrait afficher une croissance supérieure à la moyenne mondiale. Après une progression estimée à 4 % en 2025, le taux de croissance de l’Afrique subsaharienne atteindrait 3,7 % en 2026 avant de remonter progressivement au cours des années suivantes.

La tendance s’observera au sein de la Confédération des Etats du Sahel (AES) où la croissance nigérienne va pointer à 6,7 % en 2026 après les 7,0 % de 2025. Le Burkina Faso maintiendrait une croissance relativement robuste de 4,9 % en 2026, contre 5,3 % en 2025, avant une progression attendue à 5,8 % en 2027 et 6,2 % en 2028 tandis que le Mali va pointer à 5,0 % en 2026 contre 4,1 % en 2025.

Des locomotives régionales toujours dynamiques

Au sein de l’UEMOA, tout comme pour les pays de l’AES, la croissance sera globalement dynamique et au-dessus de la moyenne continentale malgré la légère baisse annoncée. Le Bénin est donné comme le pays qui réalisera la meilleure croissance avec 7,0 % en 2026 après le taux de 8,1 % réalisé l’année précédente.

Il est suivi de la Côte d’Ivoire à qui l’institution internationale annonce une croissance de 5,8 % en 2026 contre les 6,3 % de 2025. Le Togo est donné pour avoir une croissance de l’ordre de 5,0 % en 2026 contre 5,9 % réalisés en 2025 quand la Guinée Bissau présentera affichera une croissance de 4,8 % après le taux de 5,8 % réalisé l’année dernière.

Le Sénégal, dans des proportions plus tenues observera la plus grande régression de l’espace sous régional. Après plusieurs années de fortes performances, ce pays verrait son rythme ralentir à 2,2 % en 2026 contre 6,7 % en 2025, avant un rebond à 7,9 % en 2027.

Au-delà de l’UEMOA mais toujours en Afrique de l’ouest, le Ghana afficherait une croissance de 4,5 % en 2026 après 4,6 % en 2025, tandis que le Nigéria, puissance régionale, va connaitre une légère hausse de 0,1 point après les 4,0 % de croissance réalisés en 2025 et pointer à 4,1 % cette année. Le géant régional conservera ce rythme de croissance avec une perspective de 4,2 % en 2027 et 4,3 % en 2028.

Des ralentissements dans plusieurs grandes économies du continent

A l’échelle continentale, les meilleures performances seront du côté de la Guinée, autre pays d’Afrique de l’ouest qui pourrait enregistrer une croissance de l’ordre de 8,8 % correspondant à une évolution de 1,4 point après la performance de 7,4 % réalisée en 2025. L’Éthiopie, l’une des principales économies du continent, devrait également maintenir une forte dynamique, avec une croissance de 8 % en 2026, puis de 8,3 % en 2027 et de 8,5 % en 2028, après les 9,2 % réalisés en 2025.

Le Rwanda (7,2 % en 2026 contre 9,4 % en 2025) et le Soudan du Sud (20,3 % en 2026 contre -7,7 % en 2025) figurent parmi les meilleures projections. Mais à l’inverse, certaines économies majeures du continent continuent de faire face à des difficultés structurelles. L’Afrique du Sud, première économie africaine en termes de PIB, ne devrait croître que de 1 % en 2026 après une progression limitée de 0,5 % en 2025. Les prévisions tablent sur 1,3 % en 2027 puis 1,5 % en 2028.  Le Botswana devrait enregistrer une croissance de 2,7 % en 2026 contre 3,3 % en 2025.

Dans la même dynamique, la Somalie (2,8 % en 2026 après les 3,0 % de 2025), les Seychelles (1,1 % en 2026 contre 5,8 % de 2025), le Mozambique (0,9 % en 2026 contre -0,5 % en 2025), le Lesotho (1,3 % en 2026 après les 2,0 % réalisés en 2025), etc. sont annoncés pour réaliser de moins bonnes performances.

A la lumière de ces chiffres, le rapport note que « les perspectives de croissance restent positives mais insuffisantes pour accélérer significativement la réduction de la pauvreté et le développement du capital humain ». 

La pauvreté demeure un défi majeur

Au-delà des performances macroéconomiques, la Banque mondiale met en évidence une réalité préoccupante : la croissance économique ne se traduit pas suffisamment par une amélioration du niveau de vie des populations.

Les conflits armés, les déplacements de populations, les chocs climatiques récurrents et l’insécurité alimentaire continuent également d’affecter plusieurs économies. Le rapport rappelle notamment que certains pays fragiles demeurent confrontés à des crises humanitaires majeures qui freinent leur redressement économique.

Face à ces défis, la Banque mondiale appelle les gouvernements africains à accélérer les réformes structurelles, à renforcer la mobilisation des ressources intérieures et à améliorer l’environnement des affaires.

L’institution insiste également sur le potentiel de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui pourrait favoriser l’augmentation des échanges intra-africains, attirer davantage d’investissements productifs et soutenir l’industrialisation du continent.

Pour la Banque mondiale, la capacité des économies africaines à transformer leur croissance en emplois, en revenus et en opportunités pour les populations constituera l’un des principaux enjeux des prochaines années.

Estelle KONKOBO

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