Dans cette tribune, le Président-directeur général de la Société de gestion et d’intermédiation Image Finances internationales (SGI IFI), Issa Malgoubri, analyse les enjeux et défis liés à l’élection du ministre burkinabè de l’Economie et des Finances, Dr Aboubakar Nacanabo, comme Président du Conseil des Gouverneurs de la Banque islamique de développement (BID), lors des 51e Assemblées annuelles de l’institution financière, tenues du 16 au 19 juin 2026, à Baku, en Azerbaïdjan.
L’élection du Dr Aboubakar NACANABO à la présidence du Conseil des Gouverneurs de la Banque islamique de développement n’est pas une simple distinction protocolaire. Elle ouvre une fenêtre de crédibilité et d’influence que le Burkina Faso doit convertir en projets bancables, en instruments financiers adaptés et en impacts économiques mesurables.
Je m'exprime ici en qualité de président-directeur général de la SGI IFI, avec une lecture forgée au croisement des marchés de capitaux, de la finance structurée, de la finance islamique, de la mobilisation de ressources et de la diplomatie économique. Ce positionnement impose une exigence : regarder les événements institutionnels non sous l'angle du prestige seulement, mais sous celui de leur capacité réelle à produire de la confiance, à attirer des capitaux, à structurer des projets et à soutenir la transformation économique nationale.
C'est dans cet esprit qu'il faut analyser l'élection, le 19 juin 2026 à Bakou, du Dr Aboubakar NACANABO, ministre de l’Économie et des Finances, à la présidence du Conseil des Gouverneurs de la Banque islamique de développement. L'événement est important pour le Burkina Faso, mais son importance ne réside pas dans la photographie officielle. Elle se trouve dans ce qu'il révèle et dans ce qu'il peut permettre.
Repères factuels à retenir
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Repère |
Portée analytique |
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16-19 juin 2026 |
51e Assemblées annuelles du Groupe de la BID à Bakou, autour de l'intégration régionale et de la prospérité durable. |
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19 juin 2026 |
Election du Dr Aboubakar NACANABO à la présidence du Conseil des Gouverneurs, pour un mandat d'un an. |
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1978 |
Année d'adhésion du Burkina Faso à la BID, relation institutionnelle ancienne et portefeuille de projets significatif. |
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1 milliard USD |
Accord-cadre annoncé avec l'ITFC pour 2026-2030, soit environ 600 milliards F CFA selon la parité retenue. |
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36 190,7 milliards F CFA |
Coût global estimé du PND 2026-2030, avec un besoin additionnel de financement de 10 955,3 milliards F CFA. |
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50 milliards F CFA |
Montant mis en adjudication par le Burkina Faso sur le marché des titres publics de l'UMOA le 20 mai 2026, avec des soumissions globales d'environ 100,1 milliards F CFA. |
Une élection qui dépasse le symbole
Le Conseil des Gouverneurs est l'organe suprême de la Banque islamique de développement. Il ne s'agit donc pas d'un cercle honorifique, mais d'un espace où se discutent les grandes orientations, les résolutions majeures, la gouvernance institutionnelle et les priorités stratégiques d'une banque multilatérale de développement qui compte parmi les instruments financiers les plus structurants du monde islamique.
Présider ce Conseil signifie que le Burkina Faso n’est pas seulement regardé comme un pays bénéficiaire de financements. Il est aussi reconnu comme un pays capable de participer à la conduite du dialogue institutionnel, à l'orientation des débats et à la représentation d'une sensibilité africaine, sahélienne et souveraine dans une architecture financière internationale de premier rang.
Cette distinction est donc un signal de confiance. Elle dit aux partenaires que le Burkina Faso reste présent, audible et actif dans les instances financières internationales. Elle dit aussi aux investisseurs que le pays travaille à diversifier ses canaux de financement et à consolider ses relations avec des institutions capables d'apporter des ressources de long terme, des lignes de commerce, des garanties, de l'assistance technique et des instruments adaptés à l'économie réelle.
Mais il faut être très clair : une présidence institutionnelle n’est pas un guichet automatique. Elle ne remplace ni la qualité des projets, ni la soutenabilité de la dette, ni la capacité d'absorption, ni la discipline d'exécution. Elle améliore l'écoute, renforce la visibilité, élargit le capital de confiance et crée une fenêtre d'influence. La transformation de cette influence en financements dépendra de la qualité des dossiers soumis et de la capacité du pays à présenter des projets bancables, structurés et conformes aux exigences des partenaires.
Ce qui a probablement pesé en faveur du Burkina Faso
Plusieurs facteurs peuvent expliquer l'élection du Burkina Faso à la présidence du Conseil des Gouverneurs de la BID. Le premier est l'ancienneté de la relation avec l'institution. Le Burkina Faso est membre de la BID depuis 1978. Une relation de près d'un demi-siècle crée de la mémoire institutionnelle, des habitudes de dialogue, un historique de portefeuille et une compréhension réciproque des priorités de développement.
Issa MALGOUBRI, Président-directeur général de la SGI IFI : "Présider ce Conseil signifie que le Burkina Faso n’est pas seulement regardé comme un pays bénéficiaire de financements."
Le deuxième facteur est la présence active du pays dans les mécanismes de gouvernance de l'institution. La participation du Burkina Faso aux travaux préparatoires et aux instances statutaires, notamment autour des questions de procédures, de gouvernance et de résolutions, montre que le pays ne limite pas sa relation avec la BID à la recherche de financements. Il prend part au fonctionnement même de la maison.
Le troisième facteur est l'alignement entre les priorités nationales et les priorités actuelles de la BID. Le thème des Assemblées de Bakou - l'intégration régionale pour une prospérité durable - correspond très directement aux besoins d'un pays enclavé : sécurisation des corridors, infrastructures économiques, énergie, agriculture, chaînes de valeur, commerce régional, financement des PME, inclusion financière et résilience des territoires.
Le quatrième facteur est diplomatique. Dans le monde actuel, la diplomatie économique ne consiste plus seulement à représenter un État. Elle consiste à transformer une vision nationale en langage financier international ; à parler à la fois aux bailleurs, aux banques, aux investisseurs, aux agences de garantie, aux institutions de développement et aux marchés ; à expliquer un risque sans le nier ; à démontrer une trajectoire sans l'embellir ; à organiser la confiance autour d'un programme crédible. L'élection de Bakou traduit cette diplomatie de présence, mais aussi une diplomatie de contenu.
Diplomatie et gouvernance économique : deux dimensions inséparables
Certains analystes voient dans cette élection un signe du dynamisme de la diplomatie burkinabè. Cette lecture est juste, à condition d'aller plus loin. Une diplomatie financière performante ne produit de résultats durables que lorsqu'elle repose sur des fondamentaux lisibles : une stratégie nationale, une programmation budgétaire cohérente, une gouvernance des projets, une hiérarchisation des priorités, une discipline dans l'exécution et une parole publique prévisible.
Le Burkina Faso s'est doté d'un Plan national de développement 2026-2030 qui fixe une vision de développement endogène, durable et inclusif. Le coût global de mise en œuvre du Plan est estimé à 36 190,7 milliards F CFA, avec un besoin de financement additionnel de 10 955,3 milliards F CFA. Ces ordres de grandeur montrent une réalité incontournable : la mobilisation des ressources ne peut plus être abordée comme une succession de requêtes isolées. Elle doit devenir une stratégie financière intégrée.
Cette stratégie doit articuler ressources domestiques, titres publics, financements concessionnels, partenariats public-privé, garanties, financement vert, instruments islamiques, lignes de commerce, mécanismes de partage de risques et mobilisation de l'épargne nationale ou diasporique. Dans un tel cadre, la diplomatie n’est pas périphérique à l'économie. Elle devient une fonction économique à part entière.
Il faut donc comprendre l'élection à la BID comme un actif diplomatique. Mais un actif diplomatique doit être géré comme un actif financier : il doit être valorisé, transformé, sécurisé et converti en flux tangibles. Sans pipeline de projets, il reste une reconnaissance. Avec une ingénierie rigoureuse, il devient un levier de transformation.
Mobiliser davantage de financements islamiques : oui, mais sous conditions
Le Burkina Faso est engagé dans une dynamique de diversification de ses sources de financement. Dans ce contexte, la présidence du Conseil des Gouverneurs de la BID peut améliorer la capacité du pays à mobiliser des financements islamiques, mais elle ne le fera pas mécaniquement. La finance islamique obéit à une discipline propre. Elle exige des actifs identifiables, des flux traçables, des contrats solides, une gouvernance conforme à la Charia, une allocation claire des risques et une justification économique réelle.
Autrement dit, il ne suffit pas de déclarer qu'un projet est prioritaire. Il faut le rendre finançable. Un projet finançable présente une utilité économique claire, une structure juridique robuste, une source de remboursement crédible, une maîtrise du foncier et des autorisations, une analyse de risques, un calendrier d'exécution, un schéma de gouvernance, des indicateurs d'impact et, lorsque c'est nécessaire, des garanties adaptées.
La grande opportunité, pour le Burkina Faso, est de bâtir un portefeuille de projets 'Sharia-ready'. Les infrastructures peuvent être structurées autour de l'Ijara ou de l'Istisna. Les équipements et intrants peuvent être financés par Murabaha. Certaines productions agricoles peuvent être soutenues par des schémas de Salam, sous réserve d'une gestion rigoureuse des volumes, des prix et des risques climatiques. Les actifs publics ou parapublics générateurs de flux peuvent porter des Sukuk. Les PME peuvent bénéficier de lignes islamiques de refinancement via les banques locales. Le Takaful peut renforcer la couverture des risques agricoles, entrepreneuriaux ou sanitaires.
La finance islamique n’est donc pas seulement une autre source de dette. Bien conçue, elle est une finance d'actifs, de flux et de responsabilité. Elle force à relier le financement à l'économie réelle. Elle impose de regarder l'actif sous-jacent, la capacité productive, les risques d'exécution et l'impact social. C'est exactement ce dont une économie en transformation a besoin.
Mais cette opportunité suppose un travail institutionnel. Le Burkina Faso devra renforcer les compétences locales en structuration islamique, adapter les cadres juridiques et fiscaux lorsque cela est nécessaire, éviter les doubles coûts transactionnels, mettre en place des mécanismes de validation Charia crédibles, préparer les acteurs du marché régional et structurer des projets capables d'attirer à la fois les institutions de développement et les investisseurs privés.
L'accord-cadre avec l'ITFC : un levier de stabilisation et d'accélération
L'accord-cadre conclu avec la Société internationale islamique de financement du commerce, l'ITFC, annoncé à hauteur d'environ 1 milliard de dollars américains sur la période 2026-2030, soit environ 600 milliards F CFA selon la parité retenue, constitue un signal important. Il faut toutefois bien comprendre sa nature. Un accord-cadre n’est pas un don. Ce n’est pas non plus un décaissement budgétaire immédiat. C'est un cadre de coopération financière, mobilisable par opérations successives, en fonction des besoins, des contreparties, des conditions contractuelles et des dossiers éligibles.
Son intérêt est considérable pour une économie comme celle du Burkina Faso. Le financement du commerce touche directement l'énergie, les intrants agricoles, les produits stratégiques, les médicaments, les denrées essentielles, les exportations et la liquidité des entreprises. Quand le commerce extérieur est mal financé, les conséquences sont immédiates : ruptures d'approvisionnement, tensions de trésorerie, hausse des coûts, retards dans les chaînes de valeur, pression sur les prix et fragilisation du secteur privé. Quand il est correctement structuré, il sécurise les importations critiques, soutient les exportations et renforce la capacité des banques locales à financer l'économie réelle.
L'ITFC peut donc jouer un double rôle. D'abord un rôle de stabilisateur, en contribuant à sécuriser l'approvisionnement de produits critiques. Ensuite un rôle d'accélérateur, en soutenant les filières exportatrices, les banques locales et les entreprises qui opèrent dans les chaînes de valeur régionales. Dans une économie où la transformation productive dépend autant de la disponibilité des intrants que de la capacité d'exporter, cet instrument est stratégique.
L'enjeu sera l'exécution. Pour que l'accord produise un impact réel, il faudra une programmation claire, des contreparties bien identifiées, des banques locales associées, des bénéficiaires sélectionnés selon des critères transparents, une rapidité de traitement et une traçabilité des opérations. Le financement du commerce est une finance de mouvement. Il perd son efficacité lorsqu'il est ralenti par l'impréparation administrative ou par la dispersion des priorités.
La signature de l’État burkinabè : attractive, mais à consolider
Peut-on dire que la signature de l’État burkinabè se porte bien sur les marchés financiers, notamment islamiques ? La réponse doit être professionnelle, donc nuancée. Sur le marché régional de l'UMOA, des signaux récents montrent une demande réelle pour les titres publics burkinabè. L'opération du 20 mai 2026, avec 50 milliards F CFA mis en adjudication et des soumissions globales proches de 100,1 milliards F CFA, indique que les investisseurs régionaux continuent de regarder la signature burkinabè avec intérêt.
Mais une signature souveraine ne se mesure pas seulement au taux de couverture d'une émission. Elle se mesure aussi au coût de la ressource, à la maturité acceptée, à la récurrence de l'appétit des investisseurs, à la profondeur de la base de souscripteurs, au risque de refinancement, à la stabilité macroéconomique, à la soutenabilité de la dette, à la perception sécuritaire et à la qualité de l'information économique disponible.
Sur le plan macroéconomique, les appréciations des institutions internationales soulignent une économie résiliente malgré un environnement sécuritaire et humanitaire exigeant. La croissance réelle en 2025 est estimée autour de 5 %, avec un rôle important de l'activité minière, de l'or, de l'agriculture et des services. Cette résilience est un facteur favorable pour la signature. Elle ne supprime pas les risques ; elle montre que l'économie possède des ressorts d'adaptation.
Sur les marchés internationaux islamiques, la question est encore plus spécifique. Un investisseur Sukuk ne regarde pas uniquement la signature souveraine. Il regarde la qualité de l'actif sous-jacent, la structure de propriété ou d'usufruit, les cash-flows, la documentation, la conformité Charia, la fiscalité, la convertibilité, le risque de change, la liquidité secondaire et les mécanismes de protection des investisseurs. Le Burkina Faso peut construire une signature islamique crédible, mais elle devra se bâtir opération par opération, avec rigueur et transparence.
En résumé, la signature burkinabè conserve une attractivité réelle dans certains compartiments, notamment régionaux et institutionnels. Pour franchir un palier sur les marchés islamiques plus larges, le pays devra consolider la soutenabilité, professionnaliser la préparation des opérations et démontrer que ses financements sont adossés à des actifs et à des projets à fort impact.
La finance islamique, une alternative crédible pour un développement durable et inclusif
La finance islamique peut constituer une alternative importante pour le Burkina Faso, à condition de ne pas la réduire à une simple source additionnelle de liquidité. Sa vraie puissance réside dans sa logique économique : financer des actifs réels, éviter la spéculation excessive, encadrer le risque, relier le capital à une activité productive et rechercher un équilibre entre rentabilité, responsabilité et utilité sociale.
Pour un pays qui veut accélérer la souveraineté alimentaire, la sécurité énergétique, l'industrialisation, les infrastructures, le logement, la santé, l'éducation et l'inclusion financière, cette logique est pertinente. Les instruments islamiques permettent de financer des équipements, des stocks, des infrastructures, des plateformes logistiques, des centrales énergétiques, des actifs agricoles, des logements, des chaînes de valeur et des entreprises productives.
La Murabaha peut soutenir l'achat d'équipements, d'intrants ou de marchandises. L'Ijara peut financer des actifs exploités contre loyers. L'Istisna peut accompagner la construction d'infrastructures. Le Salam peut préfinancer certaines productions agricoles. Les Sukuk peuvent mobiliser l'épargne longue autour d'actifs publics ou parapublics. Le Takaful peut offrir une couverture mutualisée contre certains risques. La finance sociale islamique, notamment à travers les mécanismes de Waqf ou de Zakat institutionnalisée, peut compléter l'action publique dans l'éducation, la santé, l'entrepreneuriat communautaire et la protection sociale.
Cependant, la finance islamique n’est pas nécessairement une finance moins chère. Son coût dépend du risque pays, du risque projet, de la devise, de la maturité, de la garantie, de la liquidité de marché et de la qualité de la structure. Elle devient compétitive lorsque l'opération est bien préparée, lorsque les risques sont clairement alloués et lorsque les investisseurs comprennent la source de remboursement.
Le Burkina Faso doit donc éviter deux erreurs. La première serait de considérer la finance islamique comme une solution magique. La deuxième serait de la sous-utiliser par manque de compétences techniques. Entre ces deux excès, il existe une voie sérieuse : intégrer la finance islamique dans une stratégie nationale de mobilisation de ressources, avec des objectifs, des instruments, des secteurs prioritaires, des acteurs responsables et des indicateurs de performance.
Le vrai enjeu : convertir le capital diplomatique en capital économique
L'élection de Bakou et l'accord-cadre avec l'ITFC ouvrent une séquence favorable. Mais une séquence favorable ne devient historique que si elle est exploitée avec méthode. Le Burkina Faso doit maintenant convertir le capital diplomatique en capital économique. Cette conversion passe par cinq exigences.
Première exigence : prioriser
Tous les projets ne peuvent pas être financés en même temps, ni par les mêmes instruments. L'énergie, les routes, l'agriculture, les plateformes logistiques, les lignes de crédit aux PME, les stocks stratégiques et les infrastructures sociales n'appellent pas les mêmes structures. Il faut donc établir un portefeuille prioritaire, avec un classement selon l'urgence, l'impact, la maturité et la possibilité de financement islamique ou hybride.
Deuxième exigence : structurer
En finance structurée, le prêteur ou l'investisseur ne regarde pas seulement le nom de l'emprunteur. Il regarde la source de remboursement, les cash-flows, les garanties, les comptes de réserve, les contrats de fourniture, les risques de construction, les risques de change, les mécanismes d'arbitrage et les engagements de performance. Un projet mal structuré devient coûteux. Un projet bien structuré devient bancable.
Troisième exigence : impliquer le secteur privé national
La mobilisation de ressources ne doit pas rester confinée à l’État central. Elle doit irriguer les banques, les SGI, les assurances, les PME, les industriels, les coopératives agricoles, les opérateurs logistiques, les sociétés d'énergie, les collectivités territoriales et la diaspora. Le développement inclusif exige une diffusion du financement dans le tissu productif.
Quatrième exigence : sécuriser la transparence
La transparence n’est pas seulement une exigence morale. C'est une technique de réduction du coût du capital. Des projets documentés, des procédures de sélection lisibles, des marchés publics crédibles, des décaissements traçables et des indicateurs suivis rassurent les partenaires et les investisseurs. La confiance diminue le risque perçu ; le risque perçu influence le coût de la ressource.
Cinquième exigence : mesurer l'impact
Un financement de développement n'a de sens que s'il transforme la vie économique réelle. Il doit produire des mégawatts disponibles, des tonnes transformées localement, des emplois, des exportations, des PME financées, des coûts logistiques réduits, des intrants sécurisés, des revenus agricoles améliorés ou des services sociaux plus accessibles. La finance n’est pas une fin. Elle est une infrastructure de transformation.
Une opportunité historique, mais exigeante
Le Burkina Faso ne doit pas regarder l'élection à la présidence du Conseil des Gouverneurs de la BID comme une récompense. Il doit la regarder comme une responsabilité. Une responsabilité de représentation, certes, mais surtout une responsabilité de conversion : convertir l'influence en dialogue, le dialogue en instruments, les instruments en ressources, les ressources en projets, les projets en croissance et la croissance en bien-être tangible pour les Burkinabè.
Cette opportunité arrive à un moment où le pays cherche à diversifier ses financements, à renforcer sa souveraineté économique, à accélérer ses infrastructures, à soutenir ses filières productives et à améliorer la résilience de son économie. La finance islamique peut être un outil majeur de cette ambition. Elle peut financer l'énergie, l'agriculture, le commerce, les infrastructures, les PME et l'inclusion. Elle peut aussi offrir une grammaire financière plus proche de l'actif réel, de l'impact et de la responsabilité.
Mais elle exige de la rigueur. Rigueur dans la sélection des projets. Rigueur dans la structuration. Rigueur dans la gouvernance. Rigueur dans la conformité. Rigueur dans l'exécution. Rigueur dans le suivi de l'impact.
À Bakou, le Burkina Faso a gagné plus qu'une présidence. Il a gagné un espace d'influence. La prochaine étape consiste à prouver que cet espace peut devenir un levier de financement, puis un levier de transformation nationale. C'est à cette condition que la diplomatie financière cessera d'être seulement une visibilité pour devenir une puissance économique au service du pays.
Issa MALGOUBRI
Président-directeur général de la SGI IFI




