La Banque Commerciale du Burkina (BCB) vient de franchir un cap historique avec une augmentation de son capital social de 18 à 54 milliards de FCFA, portée intégralement par l'État burkinabè et ses démembrements. Une opération de recapitalisation sans précédent dans l'histoire de l'établissement, adossée à son plan stratégique IMPULSE 2028 et aux priorités du Plan Relance 2026-2030. Dans cet entretien exclusif accordé à C'Finance, le Directeur général de la BCB, Dr Patrice Forogo décrypte les ressorts de cette décision et les nouveaux leviers d'action de la banque. Premier Burkinabè à occuper le poste de DG de la BCB depuis la nationalisation de la banque en 2024, Dr Forogo présente sa vision d'une institution financière souveraine, inclusive et moteur de la transformation économique nationale.
C’Finance (C.F) : Pouvez-vous faire un bref historique de l’évolution du capital et de l’actionnariat de la BCB depuis sa création ?
Dr Patrice Forogo (P.F) : Avant tout propos, permettez-moi de traduire au nom du Conseil d’Administration et à l’ensemble du personnel de la BCB, nos sincères remerciements au Président du Faso, le Camarade Capitaine Ibrahim TRAORE, au Premier Ministre, le Camarade Rimtalba Jean Emmanuel OUEDRAOGO, au Camarade Ministre de l’Economie et des Finances Aboubacar NACANABO ainsi qu’à l’ensemble des membres du gouvernement d’avoir accepté réaliser cette opération d’augmentation du capital de 54 milliards dans un contexte de besoin croissant de ressources.
Cette décision stratégique traduit la confiance des plus hautes autorités dans la solidité de notre institution et dans son rôle clé pour le financement de l’économie nationale.
Parti d’un capital social de 800 millions FCFA en 1988, la création de la Banque Arabe Libyenne Burkinabé (BALIB) ancêtre de la Banque Commerciale du Burkina (BCB) a voulu consolider les relations libyennes et burkinabè au travers d’un instrument financier. Depuis lors, le capital était conjointement détenu par la partie libyenne et la partie burkinabè. Suite aux difficultés rencontrées et à l’inaction de la partie libyenne, l’Etat burkinabè a dénoncé la convention puis procédé à la nationalisation de la banque.
Il faut le rappeler, en un peu plus de trois décennies, l’Etat burkinabè a porté la banque à bout de bras avec plusieurs opérations de recapitalisation et un apport en ressources institutionnelles pour soutenir l’activité de la banque. C’est dans ce contexte, entre autres, que l’Etat burkinabè a pris ses responsabilités en nationalisant la banque. Depuis lors, la BCB est devenue une banque à capitaux entièrement étatiques.
C.F : Qu’est-ce qui a motivé ou justifié cette augmentation du capital de la BCB, du simple au triple ?
P.F : L’augmentation de capital a été motivé essentiellement par deux raisons. La première est d’ordre réglementaire. En effet, la banque centrale a décidé une augmentation du capital social des banques de 10 à 20 milliards de FCFA. Ainsi, dès janvier 2027, toutes les banques devraient avoir un capital social de 20 milliards de FCFA. L’Etat Burkinabè qui est devenu le seul actionnaire a voulu très rapidement conformer la banque aux exigences réglementaires et a anticipé ce délai.
La deuxième raison s’explique par les nouvelles orientations données à la banque, qui est d’être un acteur majeur dans le financement des projets structurants entrant dans le cadre du « PLAN RELANCE 2026-2030 ». Longtemps paralysée par l’inaction de la partie libyenne, la BCB va retrouver les pleins moyens afin de porter l’économie nationale. Et cela est en droite ligne avec le nouveau paradigme affirmé de souveraineté.
C.F : Concrètement comment cette augmentation du capital de la BCB s’est opérée ?
P.F : Cette augmentation s’est réalisée en faisant appel à l’Etat et ses démembrements. Ainsi, outre les acteurs historiques que sont l’Etat, le Fonds Burkinabè de Développement Economique et Social (FBDES-Toogo) et la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) qui ont rehaussé leur participation, on compte l’entrée dans l’actionnariat de la Banque de la Caisse Autonome de Retraites des Fonctionnaires (CARFO), de la Société nationale Burkinabé des Hydrocarbures (SONABHY), et de la Loterie Nationale du Burkina (LONAB).
C.F : Qu’est-ce qui va changer avec ce triplement du capital de la BCB ?
P.F : Avec ce triplement du capital, la BCB se dote d’un capital solide à la hauteur de ses nouvelles ambitions. La vision de la BCB, qui a été déclinée dans son plan stratégique IMPULSE 2028 est d’être une banque inclusive, innovante et solide au service de la transformation industrielle et économique nationale. Avec cette assise capitalistique, la BCB est désormais en mesure d’accompagner pleinement l’économie nationale. A chaque priorité nationale, la BCB sera là pour apporter le financement. Cette action a commencé depuis la nationalisation et va se poursuivre en étant plus impactante.
C.F : La BCB a-t-elle des investissements prioritaires, des innovations en vue ?
P.F : Les investissements prioritaires vont aller directement au financement de nos clients. Notre nouvelle vision nous porte à être entièrement au service du financement de l’économie nationale. Un des axes prioritaires de la banque avec son plan stratégique est la digitalisation.
Dans un environnement bancaire marqué par une accélération des mutations technologiques et une diversification croissante des attentes des clients, la BCB ne peut pas rester en marge. Ainsi, la digitalisation et l’innovation sont perçues en interne comme des axes stratégiques incontournables pour renforcer la compétitivité de l’institution, élargir son portefeuille de services, améliorer l’expérience client et consolider sa position sur le marché.
En inscrivant résolument ces priorités au cœur de son plan stratégique, la BCB affirme sa volonté de bâtir une banque moderne, inclusive et durable, capable de répondre efficacement aux besoins de ses clients. Ainsi, une des innovations technologiques proposées à sa clientèle est l’outil BCB Connect. Il s’agit là d’un outil puissant de mise en relation professionnelle entre les clients de la banque. Désormais on ne viendra plus à la BCB pour des opérations classiques de banque, mais nos plateformes constitueront des opportunités d’affaires entre acheteur et vendeur. Il y a d’autres innovations technologiques en cours et dont les lancements interviendront très bientôt.
C.F : Quel est sera l’impact de cette augmentation pour les clients de la banque ?
P.F : L’impact pour nos clients sera certain et pour l’économie nationale encore plus. Déjà avec cette assisse capitalistique, la BCB dispose de beaucoup plus d’atouts pour accompagner les clients. Cette dynamique qui a commencé depuis fin 2024 va s’intensifier dans les mois à venir. La BCB a déjà accompagné plusieurs initiatives économiques à travers le financement de projets structurants dans les secteurs de la transformation des matières premières, des mines et des carrières. Plus de 200 Milliards francs CFA ont été injectés dans l’économie sur les 18 derniers mois.
En outre avec le triplement de son capital social, la BCB se dote de ressources pour accompagner les PME, qui constituent le socle économique de notre pays. Des accompagnements adaptés à travers le financement des logements seront proposés à notre clientèle des Particuliers.
C.F : Après cette augmentation, quelles sont les perspectives, les nouvelles ambitions de la BCB ?
P.F : Cette augmentation de capital est un jalon important de l’histoire de la BCB. Elle pose les bases d’une ambition renouvelée, traduite dans le plan stratégique IMPULSE 2028 qui couvre la période 2026-2028. Avec ce plan, la BCB affirme son ambition : redevenir un acteur de premier plan, porteur d’une dynamique de croissance inclusive et durable, en parfaite cohérence avec les priorités nationales. Elle se projette comme une banque solide, capable de transformer les défis en opportunités et de contribuer activement au développement économique du Burkina Faso. Les prochaines étapes de cette ambition au service de l’économie nationale seront visibles les mois à venir.
Interview réalisée
Par la Rédaction de C’Finance




