Malgré un contexte international hautement volatil marqué par un baril de pétrole brut Brent qui a culminé à 120 dollars, le Burkina Faso dispose de stocks de carburant solides et d'un approvisionnement sécurisé. Toutefois, le pays subit durement les actions d’acteurs externes. Interviewé par nos confrères de la télévision nationale, le dimanche 9 août 2026 au journal de 20 h, le Directeur Général de la Société nationale burkinabè d'hydrocarbures (SONABHY), Patrice Forogo, a révélé que le principal danger pesant sur l'autonomie énergétique du pays n'est pas logistique, mais financier. Entre subventions massives et fuites de carburant subventionné vers les pays voisins à travers une fraude à grande échelle, la SONABHY doit manœuvrer avec rigueur pour préserver l'équilibre économique national.

Le Burkina Faso, pays enclavé sans accès direct à la mer, est contraint de s’approvisionner en produits pétroliers en transitant par les pays côtiers, entraînant d'importants frais supplémentaires de transport et de stockage. Ce défi permanent s'est alourdi ces dernières années avec la flambée du baril de pétrole brut Brent, qui a bondi de 60-70 dollars à près de 120 dollars en avril 2026 en raison des tensions géopolitiques mondiales (opération spéciale en Ukraine, tensions USA-Iran).

Pourtant, le pays ne souffre d'aucun problème de stock ni de ravitaillement, soutient le Directeur général de la Société nationale burkinabè d'hydrocarbures (SONABHY). La stabilité des prix affichés à la pompe, qui a jusqu'ici été préservée des fluctuations mondiales, repose entièrement sur l'effort financier exceptionnel consenti par l'État.

« Ce qui a permis au Burkina de maintenir cette situation, c'est principalement la subvention de l'État. Donc il faut dire que c'est l'État qui subventionne le prix à la pompe. Si on devait facturer le prix réel à la pomme, ça va dépasser largement ce montant », souligne le DG Forogo.

En termes de chiffres, le gazole seul a nécessité plus de 100 milliards de FCFA de subvention publique au cours de l'année 2025. Pour le premier semestre de l'année 2026, la subvention étatique s'est déjà établie à environ 82 milliards de FCFA. Ces capitaux colossaux pèsent lourdement sur le budget de l'État alors qu'ils auraient pu financer des investissements structurants dans le contexte de la reconquête du territoire et de la souveraineté nationale.

Le pays sous pression de la contrebande transfrontalière

Mais le véritable défi de l'approvisionnement national se situe au niveau de la fuite massive des stocks hors des frontières. En effet, soutient le DG de la SONABHY, en raison de la différence de prix avec les pays voisins, la contrebande de l’hydrocarbure s'est intensifiée, en particulier dans la zone du Grand Ouest. A titre de comparaison, le gazole se vend à 940 FCFA le litre au Mali, 750 FCFA au Bénin et plus de 756 FCFA au Ghana contre seulement 675 FCFA au Burkina jusque-là.

Des dizaines de millions de litres de carburant fortement subventionné par le contribuable burkinabè sortent donc frauduleusement du pays. Cette fuite des stocks pèse lourdement sur la SONABHY et fausse les données financières nationales.

« C'est des dizaines de millions de litres malheureusement qui sortent du territoire burkinabè et c'est des produits qui sont subventionnés par l'État. Donc ça impacte le budget de l'État », déplore le DG.

Les conséquences statistiques de cette contrebande sont édifiantes. Sur les six derniers mois (de janvier à juin 2026), le Burkina Faso a enregistré une hausse spectaculaire de près de 40 % de la consommation de gazole. Cette augmentation n'est pas le reflet d'une hausse réelle des besoins de la population burkinabè, mais bien l'impact direct des réseaux illégaux d'exportation, insiste le DG de la SONABHY, relevant l'urgence de prendre des mesures de régulation fortes.

C’est dans cette veine que, pour pérenniser la sécurité énergétique du pays à long terme, la SONABHY met en œuvre une stratégie d'autonomie à travers le renforcement de ses infrastructures de stockage. L'entreprise publique mène actuellement des travaux d'envergure pour ouvrir de nouveaux dépôts régionaux, avec l'ambition ultime d'établir un site de stockage de carburant dans chaque région du Burkina Faso, garantissant des produits de qualité accessibles à tous.

Mouni N’GOLO

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