À compter de ce lundi 10 août, le prix du gazole à la pompe connaîtra un réajustement de 75 F CFA au Burkina Faso, passant de 675 à 750 FCFA le litre. Cette décision économique difficile mais jugée nécessaire a été annoncée par le Secrétaire général du Premier ministère et Président du Comité interministériel de détermination des prix des hydrocarbures, Abdoul-Salam Gampéné. Il a expliqué que face à la flambée du pétrole brut sur le marché mondial et au poids financier des subventions publiques qui menacent la stabilité nationale, l'État burkinabè a dû trancher pour assurer la continuité de l'approvisionnement du pays.

Un gel des prix pendant quatre ans compromis par la crise mondiale. Le gazole burkinabè n'avait pas subi de hausse tarifaire depuis août 2022. Pendant quatre ans, le prix est resté bloqué à 675 FCFA le litre, une stabilité artificielle voulue et maintenue par les plus hautes autorités de l'État, au premier rang desquelles le chef de l'État, afin de protéger le pouvoir d'achat des ménages grâce à des mécanismes de subvention. Mais à partir de ce lundi 10 août 2026, les Burkinabè devront débourser 75 F CFA de plus pour acheter le litre de Gazole à la pompe. Une hausse annoncée la veille 9 août au 20 h de la télévision nationale par le Secrétaire général du Premer minstère, Abdoul Salam Gampéné, également Président du Comité interministériel de détermination des prix des hydrocarbures (CIDPH).

La hausse trouve son justificatif dans la dégradation de la conjoncture internationale avec les crises successives au Moyen-Orient qui ont provoqué une flambée du prix du pétrole brut. À cela se sont ajoutés une hausse significative des coûts de transaction, notamment le fret terrestre et maritime, ainsi qu'une réévaluation importante du dollar américain par rapport au franc CFA. Si bien qu’à un moment donné, le coût réel non subventionné du gazole s'est envolé pour atteindre environ 1 050 FCFA le litre.

Comme l'explique le SG Abdoul-Salam Gampéné, « si le prix est resté fixé à 675 francs CFA, c'est parce que les plus hautes autorités à commencer par le chef de l'État ont insisté pour privilégier une politique de stabilité des prix à travers les mécanismes de subvention. Aujourd'hui il est question de revoir ce prix à la hausse parce que certaines réalités qui ne dépendent pas de nous mettent à l'épreuve la soutenabilité financière de cette politique et surtout compromettent dangereusement la stabilité de notre pays en terme d'approvisionnement d'hydrocarbures. »

60 milliards de FCFA de subventions en six mois

Des explications du président du CIDPH, la différence entre le tarif payé à la pompe par le consommateur et le coût réel d'acquisition sur les marchés mondiaux a créé un gouffre financier considérable pour les finances publiques. En seulement six mois, les moins-values accumulées par l'État pour soutenir le prix du gazole se sont élevées à environ 60 milliards de FCFA. Si aucune mesure correctrice n'avait été prise, ce déficit de subvention aurait franchi la barre des 135 milliards de FCFA d'ici la fin de l'année 2026, uniquement pour ce carburant.

Autre facteur majeur ayant précipité cette augmentation, l'écart de prix régional. Hormis les pays producteurs comme le Niger et le Nigeria, l'ensemble des pays de la sous-région (Togo, Bénin, Côte d'Ivoire, Mali, Sénégal, Ghana) affichent des prix du gazole largement supérieurs à 675 FCFA le litre. Cette situation a créé une incitation une pratique pernicieuse pour le système d’approvisionnement burkinabè. Les transporteurs étrangers préfèrent venir se ravitailler massivement au Burkina Faso pour repartir avec des réserves de carburant subventionné.

 

Situation des prix des hydrocarbures avant la hausse des prix du gasoil le 10 août 2026 au BF
PAYS SUPER GASOIL GAZ 6 Kg GAZ 12 Kg

Burkina Faso

850 675 2 000 5 500

Mali

875 940 7 075 14 737,5

Niger

499 618 1 800 3 750

Bénin

725 750 4 500 10 000
Côte d'Ivoire 875 700 2 000

5 200

Togo 680 695 4 780

9 825

Sénégal 920 680 2 885

6 250

Ghana 514,438 756,511 -

-

Nigéria 448,267 600,116 -

-

 

En juin, la consommation globale de gazole atteignait déjà plus de 365 millions de litres, projetant une consommation annuelle de 730 millions de litres si la tendance se poursuivait, alors que la consommation moyenne réelle de la population burkinabè ne tourne qu'autour de 500 millions de litres par an. La différence de 230 millions de litres représente « un détournement indirect » de la subvention nationale d'environ 70 milliards de F CFA au profit d'intérêts étrangers. Pour un pays en guerre, cette situation est inacceptable, a déploré M. Gampéné.

« C'est comme si notre pays subventionnait les pays voisins dans lesquels le gazole coûte plus cher. Subventionner les transporteurs des pays voisins à hauteur de 70 milliards F CFA dans un contexte de guerre où chaque franc compte, vous convenez avec moi qu'il est impératif de faire quelque chose », a-t-il souligné.

Appel à la responsabilité citoyenne

L'augmentation annoncée ne concerne strictement que le gazole. Le gouvernement a choisi de maintenir inchangés les tarifs des autres produits de grande consommation. Le super 91 reste à 850 FCFA (alors qu'il coûterait 920 FCFA sans subvention) et le gaz butane demeure subventionné (2 000 FCFA la bouteille de 6 kg au lieu de 4 300 FCFA au prix réel, et 5 500 FCFA la bouteille de 12 kg au lieu de 8 960 FCFA).

Pour clore son intervention, le Secrétaire général a appelé à la compréhension des consommateurs, à la lutte collective contre la contrebande. Mais il a aussi adressé une mise en garde stricte aux acteurs économiques face à toute hausse tarifaire sauvage du transport de marchandises ou de passagers.

« Nous invitons les acteurs économiques, surtout les transporteurs à ne pas tout de suite céder à des velléités inflationnistes. Autrement dit, il leur conseillé de ne pas procéder à une augmentation des prix de quelque manière que ce soit de façon unilatérale », a prévenu le SG de la Primature, tout en rassurant la disposition du gouvernement au dialogue, soucieux de ne pas non plus asphyxié le tissu économique national.

Mouni N’GOLO

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