Le financement des entreprises et la formalisation restent des enjeux importants pour la consolidation du tissu entrepreneurial. En outre, l’accès des femmes aux ressources financières demeure au cœur des débats sur l’entrepreneuriat féminin. Le poids des responsabilités familiales, les insuffisances en matière d’éducation financière, l’informalité et la faiblesse de l’accompagnement, sont des facteurs qui réduisent l’accès aux financement des femmes.
Gérante de la Société d’investissement et de financement ILYANA (SIFI), créée en 2015, Fatoumata Bintou BADO née MAÏGA accompagne les entreprises et les particuliers dans la formalisation de leurs demandes de crédit et la mobilisation des financements. Dans cette interview accordée à C’Finance, elle revient sur son engagement en faveur de l’entrepreneuriat féminin, les obstacles qui limitent encore le développement des entreprises dirigées par des femmes, la gestion des finances personnelles et professionnelles, les difficultés liées à l’accès au financement, mais également l’importance de la formalisation et de l’accompagnement. Elle livre également sa vision sur les réformes nécessaires pour faciliter le financement des entreprises et appelle les entrepreneurs à mieux s’approprier les instruments financiers modernes.
C’Finance (C.F) : Parlez-nous de votre engagement en faveur de l’entrepreneuriat féminin. Quelles sont vos actions dans ce domaine ?
Fatoumata BADO (F.B) : Pour ce qui est de l’entrepreneuriat féminin, nous participons, à travers les formations, les conseils financiers. Nos formations sont focalisées sur la gestion financière, le leadership, le management, l’estime de soi et l’éducation financière. Les femmes sont écoutées et accompagnés dans la gestion de leurs activités. L’accompagnement est personnalisé pour chaque femme. C’est vraiment au travers de la formation, du coaching et puis dans l’accompagnement pour le financement que nous agissons.
C.F : Les femmes demeurent encore sous-représentées parmi les entreprises à forte croissance économique. Comment expliquez-vous cet état des choses?
F.B : En fait, beaucoup de femmes entrepreneures sont mariées. Le poids des coutumes et des habitudes en Afrique fait que certaines femmes n’osent pas se lancer dans certains secteurs d’activité ou dans certains contrats parce que le mari, derrière, représente en fait un frein. Ou il estime que l’activité de la femme ne doit pas dépasser un certain volume.
Il faut se dire la vérité, les hommes ont peur des femmes qui pourraient gagner en termes de salaire beaucoup plus qu’eux. Parce qu’ils se disent que lorsque la femme est mieux rémunérée qu’eux, elle aura tendance à revendiquer des droits qu’ils ne pourraient pas forcément lui accorder.
Cela fait que certaines femmes ont des capacités qui dépassent les capacités actuelles, mais à cause du poids du mariage, des coutumes ou des règles de la société, elles sont obligées de se contenter du peu qu’elles font. Elles n’osent pas franchir certaines barrières.
C.F : Selon vous, en plus du mariage, quels sont aujourd’hui les principaux obstacles qui empêchent les femmes entrepreneurs de développer pleinement leur potentiel économique ?
F.B : Je ne dirais pas que le mariage est un obstacle, parce que le mariage est une bonne chose. C’est plutôt le manque de soutien du conjoint qui est un frein et souvent un obstacle. Il faut avoir un conjoint qui te comprend et qui te pousse à la réussite, qui a confiance en toi. Les femmes doivent aussi comprennent que la réussite dans les affaires ne fait pas d’elle le chef de famille. L’homme est le chef de la famille. Il faudrait que les femmes qui sont dans l’entrepreneuriat gardent ça à l’esprit. Quand l’homme se sent chef dans le foyer, vous aller réussir dans votre ascension professionnelle.
L’autre obstacle majeur c’est le manque de rigueur. Les femmes ont tendance à puiser dans les ressources de la société dès qu’il y a un soucis (santé, scolarité etc…) dans la famille. Le capital de la société devient une propriété familiale. Ce qui empêche l’investissement donc la croissance économique de l’entreprise.
Le dernier c’est le manque de partage d’expérience et de formation.
C.F : Quels sont les freins sur le plan économique ou de l’éducation financière?
F.B : L’éducation financière, c’est surtout faire la part des choses entre ce qui appartient à l’entreprise et ce qui nous appartient. Se fixer un salaire par exemple dans son entreprise et se contenter de ce salaire pour assurer la priorité de développement des activités de l’entreprise. Mettra en place une gestion fiancière adaptée à son activité, pour enfin devenir économiquement stable et bancable.
C.F : L’accès au financement est également une préoccupation des plus importantes des femmes chefs d’entreprise. Pourquoi cette difficulté peut-elle exister malgré le nombre de mécanismes de financement qui sont en place ?
M.B : Je pense que les femmes sont conscientes qu’elles ont accès au financement et même les structures de financement sont plus ouvertes à financer les femmes que les hommes. Au niveau du secteur bancaire, aucune banque n’est fermée au financement des projets des femmes. Ce sont les femmes qui refusent l’endettement, selon elle à cause des conditions de financement. Parmi les conditions il ya la question de la garantie.
Au Burkina la garantie légendaire est le PUH ou le titre de propriété. L’utilisation de cette garantie dans le contexte de certaines femmes pose problème parce qu’il nécessite l’accord du conjoint, même quand le bien appartient à la femme. Ce qui empêchera l’entreprise d’investir à travers le financement bancaire. C’est vrai que l’on peut investir avec ses propres ressources, mais ce n’ait pas toujours évident.
C.F : Les banques sont parfois accusées d’être trop exigeantes envers les femmes entrepreneures. Qu’en dites-vous?
F.B : Moi, je dirais non, les banques ne sont pas exigeantes.
Il y a tellement de subventions, et la plupart des subventions sont dirigées vers les femmes. Et même au niveau des banques, il y a souvent des garanties silencieuses au profit de l’entrepreneuriat des femmes qui ne sont connues des femmes.
Je dirais plutôt que le problème réside dans la volonté et dans l’engagement des femmes dans le crédit. Mais aussi la compréhension du métier de la banque et dans la communication entre les structures de financement et les entreprises. L’engagement va au-delà de la décision d’aller demander un crédit, il inclut la mise en place de bonne gestion des activités de la société encadrée par la rigueur et la discipline.
C.F : Il y a aussi le problème de la formalisation. Beaucoup de très petites entreprises sont gérées de manière informelle. Dans quelle mesure la formalisation constitue-t-elle aujourd’hui un levier indispensable pour accéder aux marchés, aux investisseurs et aux institutions financières ?
F.B : Déjà, les institutions financières, lorsque vous venez avec un projet, que vous avez une entreprise et que vous voulez mobiliser des ressources pour réaliser un projet, elles vont demander de la documentation. Depuis la comptabilité jusqu’auxs contrat que vous avez et même souvent jusqu’au relevé bancaire pour voir si l’entreprise a une vie, si l’entreprise fait des mouvements. L’investisseur va t’écouter, mais ta parole seule ne suffit pas à convaincre un potentiel investisseur d’investir son argent dans ton business. À l’état informel, quand on n’a pas de comptabilité, on fait les contrats de gré à gré, juste verbalement. On ne peut pas convaincre un potentiel investisseur de mettre de l’argent dans son projet. Il faut montrer les preuves de ce que tu dis, de ce que tu fais. D’où la bonne tenue de la comptabilité et l’existence même de la société au niveau légal : avoir un RCCM, un IFU. Là, l’investisseur qui met son argent se dit que s’il y a un problème, je peux faire un recours juridique. Mais, si je m'engage dans un partenariat avec une personne lambda qui n’existe pas juridiquement, en cas de problème, je n’ai pas de recours. Ce qui fait qu’il faut forcément passer au niveau formel pour pouvoir prétendre à certains niveaux.
C.F : Vous avez évoqué plus haut une pratique des entreprises informelles consistant dans la confusion entre patrimoines propre et celui de l'entreprise.. Quel impact cette pratique peut-elle avoir sur la croissance d’une PME dirigée par une femme ?
F.B : Déjà, si vous confondez capital de l’entreprise et caisse de menues dépenses pour la famille, vous allez puiser les ressources qui permettent à l’entreprise de vivre et de générer de la valeur ajoutée. Et à la fin, votre entreprise va faire faillite.
Par exemple, une entreprise qui est dans l’achat-vente, vous allez acheter des biens à hauteur de 200 millions que vous devez revendre, par exemple, à 220 ou 230 millions. En principe, votre bénéfice, c’est 20 ou 30 millions. Lorsque vous vendez ce bien, vous devez d’abord payer les charges de l’entreprise, c’est-à-dire le loyer, les salaires, les taxes au niveau de l’État, les impôts etc.
Après avoir payé toutes ces taxes il vous reste par exemple 15 millions sur le bénéfice. Si les 15 millions sont utilisés pour les dépenses personnelles, de la famille c’est toute la valeur ajoutée que vous avez puisez.
Ça veut dire que, votre entreprise reste toujours au même niveau malgré la vente qui a été réalisée. Vous n’allez avoir que le capital pour continuer à fonctionner, vous ne pouvez pas augmenter la quantité de marchandises à vendre. En cas d’imprévus vous aurez des difficultés. Vous allez toujours vous contenter de 200 millions de marchandises pour pouvoir commercialiser. Et si jamais vous puisé encore dans les 200 millions pour faire face à certaines charges personnelles, vous avez perdu votre capital. Du coup, vous faites marche arrière. Votre entreprise va régresser parce que le fonds de roulement que vous avez, vous avez utilisé pour la consommation personnelle. Ainsi vos activités sont vouées à l’échec.
C.F : Entre informalité, pesanteur sociale,, est-ce qu’on peut dire que les femmes entrepreneures souffrent d’un déficit d’accès à l’information, au mentorat ou au réseau d’affaires ?
F.B : Moi, je ne dirais pas qu’elles souffrent de ce manque. Je dirais qu’elles n’ont pas la volonté. Déjà je remplace le mot mentorat par conseil.
L’information pour le conseil est disponible. Il y a beaucoup de cabinets-conseils, que ce soit au niveau de la comptabilité, du marketing, de la communication, financement, il y a beaucoup de prestataires qui sont là. Mais est-ce que les gens sont prêts, à mettre le prix, pour un impact significatif sur leur entreprise.
C.F : Si vous deviez dresser le portrait de la femme entrepreneure qui inspire aujourd’hui confiance aux partenaires financiers, quelle qualité ou quelle pratique mettez-vous en avant ?
F.B : Je dirais, pour les partenaires financiers, pour une femme, l’organisation, la disponibilité et puis la transparence dans les informations.
Quand je dis organisation, ça va un peu rentrer dans la transparence parce que l’organisation implique, la disponibilité des informations de l’entreprise, de l’activité même de la personne. Donc, il faut être organisé pour avoir toutes les informations dont le partenaire a besoin. Et il faut être disponible. Quand le partenaire a besoin d’une information, il ne faut pas prendre une semaine, deux semaines avant de lui répondre. Parce que ça peut donner, une image négative. C’est valable pour les hommes et pour les femmes.
C.F : La digitalisation transforme progressivement la gestion des entreprises. Dans quelle mesure les outils numériques peuvent-ils devenir un accélérateur de performance pour les femmes et les hommes ?
F.B : Il faut d’abord maîtriser les outils numériques pour que ça ne soit pas un couteau à double tranchant. Parce que ce sont des données personnelles qu’on met sur les plateformes, sur Internet. Il faut d’abord savoir l’utiliser pour que ça puisse avoir un impact positif sur soi.
Je dirais que la digitalisation donne une bonne visibilité sur ce que vous faites. Et ça peut aller au-delà des frontières. Vous pouvez capter, l’attention d’un partenaire qui se trouve même hors de votre territoire, ou bien hors même de votre marché. Je peux produire quelque chose d’exceptionnel et à travers les plateformes, mon site web, ou bien en tout cas à travers les plateformes numériques, quelqu’un qui se trouve en Afrique du Sud peut avoir besoin de ce que je fais. Et ça peut créer, une nouvelle relation et des opportunités d’affaires. Donc, de la visibilité.
C.F : De nombreuses femmes créent leurs activités par nécessité plutôt que par opportunité. Comment favoriser l’émergence d’un entrepreneuriat féminin davantage orienté vers l’innovation, la création de valeur ?
F.B : Vous avez tout dit. La plupart des entreprises de femmes sont créées par nécessité. Je n’ai rien à faire, je veux faire quelque chose, je veux faire du commerce, je me lance dans ce qui est accessible pour moi. Donc déjà, pour qu’il y ait de l’émergence, il faut faire quelque chose dont tu as la maîtrise. Quelque chose que tu aimes faire. I faut être passionné, pour pouvoir être entrepreneur, à cause de nombreuses difficultés que l’on peut rencontrer. Quand on est passionné, l’innovation vient. Parce qu’on va être créatif, on va chercher à s’améliorer. Il ne faut pas aller dans les activités par nécessité, mais plutôt par passion pour créer l’innovation.
Et que cette innovation puisse nous pousser vers la croissance et la création de valeur ajoutée.
C.F : Selon vous, quels sont les secteurs économiques qui offrent aujourd’hui le plus fort potentiel de développement aux femmes entrepreneures au Burkina Faso ?
F.B : Moi, je n’ai pas un secteur en tête. Parce que, vu notre activité, je pense que tous les secteurs au Burkina sont potentiellement des pôles de croissance. Mais la plupart des femmes se retrouvent dans l'agro-alimentaire, dans la transformation. Et vraiment, les femmes qui sont dans l’agro se démarquent et font du bon travail. Sinon, tous les secteurs d’activités sont des potentiels pôles de croissance au Burkina.
C.F : Au-delà de la rentabilité économique, quel rôle les femmes entrepreneures peuvent-elles jouer dans la création d’emplois, le développement local et la réduction de la pauvreté ?
F.B : Déjà, en partageant l’expérience au travers des stages ou bien des coachings. Moi, par exemple, avec mes filles, mes nièces et autres, je partage l’expérience que j’ai avec elles. Je les amène à développer cet esprit d’entrepreneuriat en permettant à chacune de créer son petit projet de vacances. Et de regarder comment est-ce qu’on peut développer ce petit projet qui a l’air banal mais qui peut créer chez l’enfant, la fille comme le garçon, la fibre entrepreneuriale. Donc, je pense que toutes les femmes qui sont déjà dans un secteur d’activité peuvent s’ouvrir, partager leur expérience en offrant des stages à nos filles, à nos nièces, aux enfants de nos amis et autres. Pour communiquer cette passion-là.
C.F : Si davantage de femmes parvenaient à créer des entreprises solides, structurées, etc., quel impact cela aurait sur la croissance économique nationale ?
F.B : Je pense que si les femmes étaient vraiment positionnées dans les secteurs clés du Burkina, on aurait un impact très significatif au niveau de l’emploi. Parce que j’ai remarqué que les entreprises de femmes emploient beaucoup plus que les entreprises des hommes. Les hommes ont tendance à surcharger les employés alors que les femmes sont dans la dynamique du partage et de la spécialisation des employés. Donc, il y aurait aussi un impact au niveau des salaires. Les femmes rémunèrent mieux les employés que les hommes. Et, fort heureusement, les femmes sont moins manipulatrices des chiffres, c’est-à-dire des chiffres d’affaires de la société.
La plupart des entreprises des femmes déclarent effectivement ce qu’elles ont fait comme chiffre d’affaires. Donc, au niveau des impôts, il y a forcément un impact positif. Vous allez très rarement voir des femmes manipuler leurs chiffres, leurs factures, leurs dépenses pour payer moins d’impôts.
C.F : Quelles réformes ou quelles mesures prioritaires devraient être mises en œuvre par l’État, les institutions financières et les partenaires au développement afin de relever durablement les défis auxquels les femmes sont confrontées ?
F.B : Cette question, je l’attendais depuis des années. Déjà, ce n’est pas seulement pour les femmes. Si j’avais eu l’occasion un jour de parler au président du Faso, j’allais lui dire ça.
Après 15 ans d’expérience dans le financement des projets au Burkina et à l’étranger, je pense qu’avec l’avènement de l’AES, il faudrait, lorsque nous allons créer notre monnaie, avoir notre banque centrale, que le gouvernement interdise aux institutions financières, la prise de la garantie hypothécaire pour l’octroi d’un financement.
Pourquoi ? La plupart des entreprises n’ont pas de titres de propriété au Burkina. Les PUH sont des biens personnels qui sont prêter à l’entreprise. Une entreprise qui n’en dispose pas peut être fondamentalement freinée dans son ascension, et être classés comme non bancables. Pourtant elles ont toutes des comptes bancaires et très souvent des potentiels énormes. Même après trois ans de mouvement la banque peut refuser un financement parce qu’il n’y a pas d’hypothèque.
Le PUH comme condition de financement est un frein au développement économique. Il garde les structures de financement dans un confort et ne favorise pas l’expansion des sociétés spécialisées dans les garanties financières.
Je parle, par exemple, de la Société Financière de Garantie Interbancaire du Burkina Faso (SOFIGIB), du Fonds de solidarité Africain (FSA) etc… qui sont en plus dans l’espace AES, mais rarement utilisé pour les PME. Ces sociétés accordent des couvertures financières jusqu’à 80% aux entreprises qui ont besoin d’un financement auprès des banques.
L’entreprise doit présenter une documentation claire et précise, pour convaincre le fonds de garanties. Le coût de la garantie ne dépasse pas 2% du besoin de financement. L’utilisation de ces garanties oblige la banque à une bonne connaissance des entreprises et des activités, à l’utilisation des instruments bancaires en fonction de la PME et surtout à un suivi post financement. De l’autre côté l’entreprise qui est financé est obligée de respecter certaine norme de gestion. Toute chose qui concours à l’amélioration de nos PME et l’accès au financement.
Donc, s’il y a des sociétés de garanties qui sont créées, il faudrait qu’on les utilise. Et il faut qu’on laisse cette garantie légendaire qui est le PUH derrière nous pour aller vers les garanties financières.
Le PUH lui-même est devenu un problème pour les banques qui se retrouvent avec une quantité impressionnante de PUH saisis pour non-paiement des crédits.
L’accès au financement passe par le changement des habitudes à tous les niveaux. La suppression du PUH obligera tous les acteurs à une maitrise des activités, la maitrise réduira le risque et permettra la croissance économique.
C.F : Quel message avez-vous à adresser aux jeunes femmes qui hésitent encore à se lancer dans l’entrepreneuriat, faute de moyens, de confiance ou d’accompagnement ?
F.B : Je leur dirais que la peur, est un frein. Si vous croyez en vous, vous croyez en votre projet, vous pensez que votre projet peut réussir, il ne faut pas avoir peur de se lancer. Si vous avez peur du crédit, c’est parce que quelque part, vous ne croyez pas en votre projet. Souvent, quand on rencontre certaines entreprises, le promoteur lui-même croit tellement en son projet, que cela t’amène à croire en son projet, il est convaincu que ça peut réussir. Et quand on est convaincu que ça peut réussir, on va mettre en place tout ce qu’il faut pour que ça réussisse.
C.F : Quel est votre mot de fin ?
F.B : Je pense qu’il faut avancer avec notre temps, car le monde de la finance a beaucoup évolué. Après mon master obtenu au Maroc en 2010, j’ai constaté, en arrivant au Burkina Faso, un décalage entre les outils et pratiques financières appris à l’université et ceux encore utilisés localement. Certains instruments bancaires permettant de sécuriser les opérations d’import-export restent peu connus, alors qu’ils peuvent protéger les entreprises contre les risques de non-paiement ou de livraison de matériel défectueux. Il faut donc que les entreprises burkinabè osent davantage utiliser ces outils et s’appuyer sur des cabinets spécialisés pour mieux comprendre les pratiques financières internationales.
Nous devons nous aligner sur les standards internationaux pour rester compétitifs. Lorsque j’ai commencé, peu de personnes croyaient à ce que nous pouvions apporter au Burkina Faso. Nous avons d’abord travaillé pendant six à sept ans avec des partenaires à l’étranger avant de gagner la confiance de nos compatriotes. Il faut aujourd’hui sortir de nos habitudes et comprendre que le monde autour de nous évolue.
Entretien réalisé par
Estelle KONKOBO




