Dans son rapport sur la situation économique du Burkina Faso, publiée en mai 2026, la Banque mondiale consacre tout un chapitre spécial à la participation des femmes à la vie économique. Le constat de l'institution de Bretton Woods est sans détour, combler les inégalités de genre n'est pas seulement une question d'équité, mais un véritable levier de croissance pour un pays qui cherche à consolider sa reprise économique.

Les données de l'Institut national de la statistique et de la démographie (INSD), reprises par la Banque mondiale dans sa note sur le Burkina Faso, présentent un contraste saisissant en ce qui concerne la situation des femmes. Le rapport documente un écart persistant sur le marché du travail en révélant qu’au niveau national, 63,4 % des femmes occupent un emploi contre 76 % des hommes, un écart qui se creuse à Ouagadougou (51,5 % contre 64,9 %) et à Bobo-Dioulasso (54,4 % contre 68,5 %). Le rapport souligne que « les femmes affichent systématiquement des taux d'emploi inférieurs à ceux des hommes, quel que soit leur niveau d'éducation », démontrant ainsi que le déficit de qualification n’est pas le seul frein dans l’employabilité des femmes.

Chez les jeunes de 16 à 24 ans, l'écart est encore plus net. 27,8 % des jeunes femmes sont sans emploi, sans formation et sans études, contre 15,7 % des jeunes hommes. Et quand elles travaillent, les femmes sont surreprésentées dans l'emploi vulnérable (89,2 % contre 77 %) et l'aide familiale non rémunérée (30,3 % contre 13,7 %).

Quelques indicateurs clés (Banque mondiale, INSD, 2024-2025)
Indicateur Femmes Hommes
Taux d'emploi national 63,4 % 76 %
Propriété foncière déclarée 8,8 % 51,5 %
Détention d'un compte financier 17,3 % 34,4 %
Emploi informel (hors agriculture) 92,3 % 91 %
Salaire horaire moyen 511 F CFA -


Sur le terrain agricole, où les femmes représentent plus de la moitié de la main-d'œuvre (52,8 %), l'écart de revenu atteint 35,9 % par rapport aux hommes. La faute à l'accès aux ressources, les femmes étant réduites à occuper des parcelles plus petites (0,3 ha contre 1,1 ha), moins irriguées (4,4 % contre 7,7 %) et moins fertilisées.

Des causes profondes

Situant les causes de ces écarts, la Banque mondiale pointe d'abord la charge du travail domestique et des soins non rémunérés. les femmes consacrent en moyenne 3,4 heures par jour au ménage, contre 0,7 heure pour les hommes, un écart qui monte à 5,2 heures chez les femmes de 25 à 34 ans. Selon le rapport cette situation limite les possibilités d'étude, de formation et d'emploi rémunéré.

Les mariages et grossesses précoces jouent également un rôle déterminant. 38,2 % des femmes de 20 à 24 ans ont été mariées avant 18 ans, et le mariage ou la grossesse est cité dans 14 % des cas d'abandon scolaire chez les filles. À cela s'ajoutent des contraintes de sécurité, 21 % des femmes de 15 à 49 ans ont déjà subi des violences physiques ou sexuelles.

Sur le plan financier, seules 17,3 % des femmes détiennent un compte, contre 34,4 % des hommes, avec un accès bancaire quasi inexistant en milieu rural (0,7 %). Beaucoup se tournent vers les tontines (4,6 % des femmes y participent, contre 1,1 % des hommes) mais avec des montants nettement plus faibles (115 888 FCFA en moyenne contre 1,5 million pour les hommes).

Des pistes d'action et un enjeu macroéconomique

A la lumière de ce constat, l'institution de Bretton Woods lance un plaidoyer. La Banque mondiale précise que le fait d'exclure totalement les femmes du marché du travail réduirait le revenu par habitant de près de 40 %, et que les pertes de production liées aux écarts existants se comptent déjà en dizaines de points de PIB dans plusieurs régions en développement.

Le rapport formule des recommandations concrètes : sécurisation des droits fonciers des femmes, développement de services de garde d'enfants abordables, formation technique et professionnelle sensible au genre, extension de l'inclusion financière numérique, et lutte contre les violences basées sur le genre par une meilleure coordination entre services de santé, de justice et de protection.

Ces priorités sont prises en comptes par le gouvernement qui les a intégrées dans le Plan national de développement 2026-2030 (RELANCE), qui vise la parité scolaire complète au post-primaire et au secondaire d'ici 2030 et une réduction de l'emploi précaire féminin de 86,4 % à 65 %. Autre signe encourageant relevé par la Banque mondiale, selon l'Afrobaromètre, 72 % des Burkinabè estiment que l'État devrait redoubler d'efforts pour l'égalité des chances entre les sexes, ce qui constitue un terreau social sur lequel les réformes annoncées pourraient s'appuyer.

Mouni N'GOLO

Dans la même rubrique Economie

☎ Appel : (226) 77 67 52 16 / 78 46 33 10 

WhatsApp  : (226) 61 33 97 14

Mail : secretariat@cfinance.news 

LE CHOIX DE L'ÉDITEUR

ACTUALITÉS