Mobiliser davantage de ressources publiques ne suffit plus. Pour le gouvernement burkinabè, les établissements publics de l’Etat (EPE) doivent désormais démontrer leur capacité à transformer leurs résultats financiers en services de qualité, en création de richesses et en impacts concrets sur les conditions de vie des populations. C'est le message central porté par le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, à la 27e Assemblée générale des EPE (AG/EPE), tenue ce vendredi 31 juillet 2026, à Ouagadougou.

L'exercice 2025 confirme une progression des performances financières de ces établissements publics. Les 88 EPE classiques ont mobilisé 518,6 milliards FCFA de recettes, en hausse de 9,02 % par rapport à 2024. Leurs dépenses se sont élevées à 405,6 milliards FCFA, en progression de 5,38%, tandis que leur trésorerie finale atteint 172,3 milliards FCFA, correspondant à un taux de variation positive de 21,29%. Leur taux d'autofinancement ressort à 27,88 %, au-dessus de la norme minimale fixée à 20 %.

Quant aux 18 Fonds nationaux (FN), ils affichent également des résultats significatifs, avec des recettes propres qui ont progressé de 10,71% pour s’établir à 371,8 milliards F CFA en 2025, contre 420,2 milliards F CFA, en hausse 97,50%. Cette « hausse des dépenses des FN est induite pour l'essentiel par les Fonds d’Etat (+123,06%), dont les financements accordés ont progressé fortement en 2025 ».

Aller au-delà des équilibres financiers

Les FN ont injecté 314,7 milliards FCFA directement dans l'économie nationale, soit une augmentation de 153,52%, et présentent un taux moyen d'autofinancement de 111,27 %, soit plus de cinq fois le seuil de référence.  Leur Solde final de trésorerie a régressé de 37,10% pour s’établir à 54,8 milliards F CFA en 2025.  Malgré ce repli, la trésorerie de l’ensemble des Fonds assure une couverture de 124,57% du cumul de leurs dettes. Pour le Premier ministre, l’ensemble de ces résultats globalement satisfaisants traduisent les efforts consentis par les responsables des établissements publics et témoignent de leur capacité croissante à mobiliser les ressources nécessaires à l'exécution de leurs missions.

Mais, ils restent insuffisants s'ils ne produisent pas des effets tangibles pour les citoyens. « La véritable performance d'un établissement public ne se mesure pas uniquement à l'équilibre de ses comptes. Elle s'apprécie également à sa capacité à créer de la valeur ajoutée, à répondre efficacement aux attentes des citoyens et à contribuer à la transformation économique et sociale de notre pays », a-t-il affirmé.

Et d’ajouter qu’ils doivent contribuer à sécuriser nos approvisionnements stratégiques, accompagner l'industrialisation du pays, soutenir la transformation locale des ressources nationales, promouvoir l'innovation, développer le capital humain et renforcer la résilience de l’économie burkinabè. Cette nouvelle approche s'inscrit dans la dynamique de la Révolution Progressiste Populaire (RPP), qui appelle les EPE à devenir des instruments de souveraineté.

Des insuffisances persistant malgré les progrès

Le rapport présenté par le Secrétariat permanent relève toutefois plusieurs défis. Si les rapports de gestion de la précédente session ont été approuvés pour 109 établissements, seulement 66,04 % des EPE disposent effectivement d'un plan de recrutement. Par ailleurs, 32 établissements ne disposent toujours pas d'un comptable principal des matières. Les charges de personnel représentent encore 63,25 % des dépenses des établissements classiques, bien au-dessus de la norme de 50 %. Du côté des Fonds nationaux, malgré une progression de 153,52 % des financements accordés, les impayés atteignent 73,565 milliards FCFA, en progression de 35,14%, conduisant le Secrétariat permanent à recommander un renforcement des mécanismes de recouvrement.

Au terme des travaux, l'Assemblée générale a proposé l'adoption des rapports de gestion 2025 et le quitus aux administrateurs des 106 EPE et FN. Elle recommande également la rationalisation des charges, la maîtrise des effectifs, le renouvellement des mandats des administrateurs, la généralisation de la télécollecte des recettes via les comptes FASO ARZEKA, ainsi que la poursuite de la rationalisation du périmètre des établissements publics, passé de 109 à 106 structures.

Mettre en œuvre les recommandations

En clôturant les travaux, le Premier ministre a appelé les responsables de ces structures à franchir une nouvelle étape. « Le temps n'est plus seulement à la bonne gestion administrative et financière de nos établissements publics. Il est impératif d'en faire de véritables instruments de souveraineté économique, de création de richesses, de transformation structurelle de notre économie et de satisfaction des besoins fondamentaux de nos populations », a-t-il déclaré.

Il a également insisté sur la mise en œuvre effective des recommandations adoptées. « Les résolutions et recommandations adoptées au cours de cette session ne doivent pas demeurer de simples actes administratifs. Elles constituent désormais une véritable feuille de route pour renforcer durablement la gouvernance, la performance et l'efficacité de nos établissements publics », a conclu le chef du Gouvernement.

Estelle KONKOBO

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