L’agence de notation panafricaine Bloomfield Investment Corporation a annoncé, ce 26 mai 2026, une révision majeure de la perspective associée à la notation financière du Sénégal. Si la note de long terme est maintenue à BBB+, elle est désormais assortie d'une perspective négative et placée sous surveillance.

La crise politique actuelle au Sénégal au sommet de l’Etat influe négativement sur la notation financière du pays. Ce mardi 26 mai 2026, l'agence de notation panafricaine Bloomfield Investment Corporation, fondée par l’Ivoirien Stanislas Zézé, a introduit une révision majeure dans la perspective associée à la note BBB+ du pays. Celle-ci est désormais négative. Le changement de cap de l'agence de notation fait suite à une détérioration de l'environnement politique et institutionnel au Sénégal, avec de potentielles implications économiques et financières. Le facteur déclencheur majeur relevé par Bloomfield est la révocation du Premier ministre, Ousmane Sonko par le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, un acte qui a provoqué une montée significative des tensions institutionnelles.

L'élection, ce jour même 26 mai, de l'ex-Premier ministre au perchoir de l'Assemblée nationale fait craindre une paralysie du fonctionnement des institutions, bien que Ousmane Sonko dans ses premiers mots de Président de l’hémicycle ait souligné son intention de ne pas utiliser sa nouvelle position pour exercer une vendetta personnelle ou entretenir un blocage institutionnel systématique. Mais du point de vue de l'agence, cette situation pourrait gravement affecter la continuité des politiques publiques ainsi que la capacité de l'État à coordonner ses actions économiques et budgétaires.

Des indicateurs macroéconomiques sous pression

La décision de Bloomfield décrit un contexte sénégalais caractérisé par des contraintes de liquidité sévères et à des besoins de refinancement importants sur les marchés domestiques et internationaux, avec des données financières révélant des fragilités structurelles : un stock de la dette ayant atteint 119,0 % du PIB en 2024, un déficit budgétaire global qui reste élevé, s'établissant à 13,4 % du PIB en 2024 et une forte exposition à la dette extérieure, qui représentait 73,4 % de la dette totale en 2024.

En conséquence, l'agence avertit que la capacité de l'État à honorer ses engagements financiers dans les délais est désormais soumise à des risques renforcés. L'éventualité de tensions sur le service de la dette souveraine, y compris pour certaines obligations internationales, n'est plus exclue à court ou moyen terme. Bien que la note de long terme demeure à BBB+ et celle de court terme à A3 (échelle de notation en monnaie locale), leur maintien est fragile. Bloomfield Investment place le pays sous surveillance étroite, scrutant particulièrement quatre facteurs, à savoir, l’évolution de la crise politique, la stabilité du cadre de gouvernance, la préservation des équilibres macroéconomiques, les conditions d'accès aux financements.

L'agence prévient qu'une nouvelle révision à la baisse de la notation pourrait intervenir si l'instabilité politique s'aggrave ou si les indicateurs de liquidité continuent de se dégrader. À l'inverse, un retour à un environnement institutionnel stable et des mesures de consolidation budgétaire crédibles pourraient conduire à une stabilisation de la perspective.

Mouni N’GOLO

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