Les 61e Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) se sont achevées le 29 mai 2026 à Brazzaville, sur des notes optimistes vers une souveraineté financière accrue pour le continent. Sous le leadership du président de la BAD, Dr Sidi Ould Tah, les gouverneurs ont validé une feuille de route visant à mobiliser les ressources internes et à restructurer l’architecture financière africaine.
Fini les déclarations d’intention, place à l’action ! « Au-delà des chiffres, ce que nous avons bâti ici est plus profond : nous avons enclenché une dynamique d’action, une dynamique de transformation, une dynamique d’intégration ». Ces propos du Président Sidi Ould Tah expriment un satisfecit général à l’issue des 61e Assemblées annuelles du Groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD) tenues du 25 au 29 mai 2026 à Brazzaville au Congo. La décision majeure de ces assises est l’approbation par le Conseil des gouverneurs de la mise en œuvre de la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le développement (NAFAD), en alignement avec le consensus d’Abidjan.
Ce nouvel instrument financier de grande portée stratégique pour le continent s'appuie sur la vision des « Quatre points cardinaux » du Président de la BAD, Dr Sidi Ould Tah, destinée à réarticuler les priorités de développement du continent autour de l’amélioration de l’accès au capital, de la réforme et de la consolidation des systèmes financiers en vue de renforcer l'influence de l'Afrique dans un système mondial fragmenté, de l’exploitation de la transformation démographique pour le développement économique, de la construction des infrastructures résilientes au climat.L'objectif de la NAFAD est donc de fournir des outils concrets pour répondre aux défis et urgences de financement par une action rapide et coordonnée sur le terrain.
Briser le paradoxe des 4 000 milliards de dollars d’épargne
« Le mandat a été donné à la Banque pour mettre en place rapidement les mesures nécessaires pour que la NAFAD devienne une réalité », a confié Dr Sid Ould Tah, tout en précisant que les riches conclusions ce conclave sur l’avenir financier du continent représenteront dorénavant les lignes directrices de son action à la tête de la BAD. « Je tiens à vous assurer ici que vos orientations stratégiques ont été pleinement écoutées, comprises et entendues. Elles constituent désormais la boussole de mon mandat », a-t-il rassuré. Et comme actions sur le terrain, la BAD entend désormais accélérer la numérisation pour formaliser le secteur informel et intensifier les investissements dans le capital humain, ciblant prioritairement l'emploi des jeunes et l'autonomisation des femmes.
Le Premier ministre congolais, Anatole Collinet Makosso, et le Dr Sid Ould Tah ont tous deux souligné le paradoxe saisissant d'une Afrique qui fait face à un déficit de financement des infrastructures de 400 milliards de dollars, alors qu’elle dispose de 4 000 milliards de dollars d'épargne dormante. Pour canaliser ces ressources vers le développement, la BAD mise sur deux leviers, à savoir la réforme réglementaire consistant à travailler avec les régulateurs pour permettre aux fonds de pension africains d'investir au-delà de leurs frontières nationales et l’atténuation des risques. Sur ce dernier point, le conseil d'administration de la BAD a décidé d'augmenter la participation de la Banque dans le capital de l'ATD (African Trade & Investment Development Insurance). En devenant l'actionnaire majoritaire, la BAD renforce les mécanismes de couverture des risques pour sécuriser les investissements des fonds de pension dans des projets structurants sur le continent.
« Ce sont nos décisions politiques courageuses qui feront la différence sur le terrain »
L'une des conclusions fortes de Brazzaville est le refus de voir l'Afrique continuer à exporter ses matières premières sans valeur ajoutée. Le Président de la BAD a illustré ce défi par l'exemple de la bauxite, exportée à 63 dollars (environ 38 430 FCFA) la tonne, alors qu’en produit fini, il se négocie à 3 500 dollars, soit environ 2 135 000 FCFA, la tonne. « Nous allons garder la valeur en Afrique. C'est l'idée centrale derrière l'appel aux capitaux privés pour transformer nos ressources sur place », a-t-il martelé.
En plus des décisions sur l’opérationnalisation de la NAFAD, cette rencontre de haut niveau a débouché sur des résultats concrets. L’on note parmi les acquis, la 17e reconstitution du Fonds Africain de Développement (FAD-17), avec l'annonce d'une contribution de 6,5 millions d'euros (4,26 milliards de FCFA) par l'Angola qui porte à 25 le nombre de pays africains co-investisseurs, pour un total dépassant les 190 millions de dollars, soit 115,9 milliards de FCFA. Autre succès tangible, le Fonds Bleu pour le Bassin du Congo a permis une mobilisation historique de plus de 3,5 milliards de dollars (environ 2 135 milliards de FCFA) pour la protection de l'environnement et le développement local, au profit de 17 pays directement bénéficiaires « Le Bassin du Congo n’est pas seulement un sanctuaire écologique ; c’est un actif stratégique pour le continent et pour le monde », a souligné Dr Sidi Ould Tah.
L’Afrique est donc à un tournant décisif de son histoire et les instruments stratégiques pour bien négocier ce virage, pour peu qu’il y ait de la volonté politique. « L’Agenda 2063 nous fixe un cap : celui d’une Afrique unie, prospère et souveraine. La ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine) nous offre l’outil macroéconomique pour concrétiser cette ambition. Mais ce sont nos décisions politiques courageuses qui feront la différence sur le terrain », a-t-il soutenu.
« L'Afrique ne doit plus demander, elle doit mobiliser »
Autre temps fort de ses Assemblées, le Dialogue de haut niveau avec les organisations de la société civile, les acteurs philanthropiques et la diaspora africaine. Pour le Président du Groupe de la BAD, le rôle de ces acteurs est « irremplaçable », car le « développement ne se conçoit pas uniquement dans les salles de réunion ; il se construit au cœur des communautés, avec celles et ceux qui agissent chaque jour sur le terrain ». C’est pourquoi, il a réaffirmé l’engagent de l’institution panafricaine à travailler avec ces forces vives pour cibler des priorités absolues en termes d’autonomisation des femmes, d'emploi des jeunes, de soutien aux PME et d’accès universel aux services essentiels.
A l’actif de ces 61e assises, l’on note le signal fort du Président congolais, Denis Sassou Nguesso, en faveur de la libre circulation en Afrique, à travers sa décision de supprimer les visas dès le 1er janvier 2027 pour tous les citoyens africains entrant au Congo. Cette décision a été salué par le Président de la BAD comme le passage « des discours à la réalité » de l'intégration africaine.
Pour la réussite de la NAFAD, le ministre congolais en charge du Plan et Président sortant du Conseil des gouverneurs de la BAD, Ludovic Ngatsé, a insisté sur la nécessité d'une « culture de l'exécution et de l'impact ». « L'Afrique ne doit plus demander, elle doit mobiliser », a conclu le Premier ministre Makosso, résumant cette nouvelle « doctrine de Brazzaville » qui place le continent en architecte de son propre destin.
Mouni N’GOLO