À l'occasion de l'ouverture de la 16e Assemblée générale annuelle de la Fédération Interafricaine des Assureurs Conseils (FIAC), l’Administrateur Directeur Général de Raynal Assurance, Osée Gaëtan Quenum, expert reconnu du secteur avec plus de 25 ans d'expérience, a livré une communication inaugurale sur le thème central de ces assises : « Inclusion financière en Afrique : rôle du courtage d’assurance dans l’élargissement de l’accès et l’amélioration du taux de pénétration », le 10 juin 2026 à Ouagadougou. Son exposé a permis d’explorer les enjeux de l'inclusion financière, présenter les limites de la perception réductrice qui occulte l'importante place de l'inclusion assurantielle et de tracer une feuille de route pour les courtiers du continent.
L’inclusion financière va bien au-delà du compte bancaire pour prendre en compte l’accès à l’ensemble de l’écosystème des services financiers, y compris les produits d’assurance, pour toutes les couches sociales. C’est par la démonstration d’une telle évidence que les débats de l’Assemblée générale annuelle de la Fédération Interafricaine des Assureurs Conseils (FIAC) qui se tient dans la capitale burkinabè du 10 au 13 juin 2026, ont été introduits, à travers une conférence inaugurale présentée par le Directeur général de Raynal Holding, Osée Gaëtan Quenum. Selon cet expert et praticien du secteur des assurances qui cumule un quart de siècle d’expérience, cette clarification sémantique s’imposait dans la mesure où l’inclusion financière est très souvent réduite à la simple possession d'un compte bancaire. Une présentation réductrice qui est malheureusement présente même les documents de politiques nationales et régionales.
Dès l'entame de son propos, le conférencier a donc levé les ambiguïtés entourant le concept d'inclusion financière. Pour M. Quenum, reprenant la définition de la Banque mondiale, l'inclusion financière, doit permettre aux individus et entreprises d'accéder à une gamme complète de services (paiements, épargne, crédit, assurance) qui soient abordables, utiles et adaptés. Il a insisté sur les trois piliers essentiels définis dans les stratégies régionales de l’UEMOA et de la CEMAC. Il s’agit notamment de l'accès en termes de proximité géographique, de commodité et de prix, de la régularité dans l'utilisation qui implique d’avoir la capacité financière et enfin de la qualité du service, c’est-à-dire que le produit financier doit être adapté aux besoins du clients et proposé de manière responsable et durable.
Le diagnostic posé met en lumière le contraste saisissant, en Afrique surtout dans sa partie subsaharienne où en 2021, 57 % des adultes n'avaient pas de compte bancaire, contre une moyenne mondiale de 24 %. « A la faveur des actions réalisées par les Etats et la BCEAO, dans le cadre de la Stratégie régionale d’inclusion financière, adoptée en juin 2016, la proportion des adultes détenant un compte auprès des institutions financières de l’Union (taux d’inclusion financière) est passée de 47 % en 2016 à 72,3 % à fin 2023, se traduisant par 196,4 millions de nouveaux comptes bancaires, de microfinance et de monnaie électronique », a-t-il relevé.
Une évaluation réductrice du rôle de l’assurance dans l’inclusion financière
Mais, si le taux d'inclusion financière est passé de 47 % en 2016 à 72,3 % en 2023, le conférencier a déploré que cette progression soit essentiellement portée par le secteur bancaire et le mobile money. Le nouveau référentiel de politique et stratégie d’inclusion financière de l’espace UEMOA précise en effet que malgré un nombre élevé d’assureurs dans la zone, le secteur demeure peu concurrentiel, avec un système de tarification peu avantageux pour la clientèle et une faible qualité de prestations. Le conférencier a souligné notamment la faible contribution du secteur des assurances à l’inclusion financière, avec une offre encore peu compétitive et une qualité de prestation jugée insuffisante. « Dans un contexte, particulièrement marqué par les effets du changement climatique, l’offre des sociétés d’assurance demeure faible en ce qui concerne le secteur agricole et le développement de la micro-assurance agricole au regard de ses potentialités en faveur de l’inclusion financière », a-t-il relevé.
Le conférencier a invité les Assureurs conseils à sortir de leur zone de confort pour aller à la rencontre des populations marginalisées et briser les obstacles de l’inclusion.
Les chiffres de la zone CEMAC (Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale) sont encore plus criants, avec des taux de pénétration de l'assurance dérisoires de 0,91 % au Cameroun, 0,2 % au Tchad, bien en deçà de la moyenne africaine de 2,8 % et encore loin de la moyenne mondiale de 7,2 %. Relevant les barrières à l'inclusion dans ces parties du continent, le DG Quenum a identifié plusieurs obstacles majeurs dont le manque de moyens financiers qui affectent 81 % des populations, le coût élevé des services (22 %), le manque de documentation officielle avec 28 % de la population n'ayant pas de pièces d'identité, la distance avec les institutions financières (29 %) et enfin la confiance envers les institutions bancaires et certaines croyances religieuses.
Le conférencier a également porté la réflexion sur la manière de mesurer l’apport de l'assurance. Il a relevé la tendance à n'évaluer la pénétration que par le ratio primes/PIB, ce qui favorise les gros risques industriels au détriment de l'assurance individuelle et de la protection des populations vulnérables. De son avis, pour que le courtage apporte une contribution significative en jouant un rôle prépondérant dans l’inclusion financière en Afrique, il importe de dépasser la réduction qui est généralement faite en ramenant l’inclusion financière à une histoire de taux de bancarisation et de détention de comptes bancaires. Ce, d’autant plus que « l’assurance joue un rôle fondamental dans l’inclusion financière, puisqu’elle apporte une protection essentielle contre les risques financiers imprévus ». Et, a-t-il précisé, tous les acteurs du secteur sont théoriquement outillés pour apporter leur contribution à l’inclusion financière.
Le courtier, un mandataire au service de l'inclusion
Le clou de son intervention a porté sur le rôle cardinal du courtier qu’il a qualifié d'« acteur fondamental de l’inclusion financière ». En effet, en tant que mandataire de l'assuré, le courtier a la noble mission d'aller vers les populations exclues pour sensibiliser et créer l'intérêt pour des produits souvent méconnus, négocier des clauses adaptées aux spécificités des clients à revenus modestes, garantir la qualité du service, notamment lors du règlement des sinistres. « Ce rôle fondamental justifie à bon escient le thème choisi pour cette 16ème Assemblée Générale de la FIAC : le courtier doit effectivement apporter sa contribution à l’élargissement de l’accès et l’amélioration du taux de pénétration de l’assurance. Et je vous assure qu’il y a de la marge en la matière », a-t-il clamé.
C’est au regard de toutes considérations que Osée Gaetan Quenum a exhorté les membres de la FIAC à « sortir de leur zone de confort » pour aller vers les populations marginalisées. Et pour ce faire, il a proposé plusieurs axes de réflexion qui seront au cœur des panels de l'Assemblée générale. Entre autres pistes à développer, le conférencier a souligné la digitalisation et le recours aux Fintech pour réduire les coûts de distribution, le renforcement de l'éducation financière et de la formation des acteurs, le développement de la micro-assurance et de l'assurance embarquée, qui consiste à intégrer l’assurance directement dans une transaction non assurantielle au moment de l’achat.
Optimiste sur la capacité réelle du courtage de briser les obstacles à l'inclusion pour le bénéfice de tous, aussi bien des populations, des assureurs que des États, le conférencier a conclu en saluant l'ingéniosité et la pertinence des thématiques choisies pour ces 16e assises de la FIAC.
Mouni N’GOLO