En l'espace de quelques mois, le cours de Coris Banque International (CBI) a connu une hausse spectaculaire à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) avec une progression fulgurante de 98,80 %. Pr Somlanare Romuald Kinda, enseignant-chercheur en économie, actuelleement Research Fellow à Afreximbank en Egypte, et Promoteur de l’Académie des Investisseurs (ADI), livre ici aux lecteurs de C'Finance une lecture pragmatique de cette flambée, en confrontant gains latents et dividendes pérennes. Sa tribune propose une analyse fondée sur un cas pratique et des scénarios concrets entre vente totale, vente partielle ou conservation, en vue d'aider l’investisseur à prendre ses bénéfices sans sacrifier la poule aux œufs d’or.
En quelques mois, le cours de Coris Banque International (CBI) a connu une hausse spectaculaire à la BRVM. En effet, entre le 2 janvier et le 29 mai 2026, l’action est passée de 10 845 à 21 560 francs CFA. Cela correspond à une progression fulgurante de 98,80 % en seulement cinq mois.
Face à cette plus-value soudaine, de nombreux investisseurs hésitent sur la stratégie à adopter. Pour les guider dans leur prise de décision, analysons un cas pratique et concret.
1. Le cas pratique
Imaginons qu’un investisseur détienne 100 actions CBI acquises à un coût moyen pondéré (CMP) de 14 000 FCFA :
- Capital initial investi: 1 400 000 FCFA
- Valeur actuelle du portefeuille : 2 156 000 FCFA (au cours du 29 mai 2026)
- Plus-value latente : +756 000 FCFA
Trois options stratégiques s'offrent à l’investisseur : la vente totale, la vente partielle ou la conservation des titres.
2. Évaluation des options stratégiques
2.1 Option 1 : La vente totale
Cette option, appelée « sécurisation maximale », consiste pour l’investisseur à liquider l’intégralité de sa position afin de matérialiser ses gains. Il encaissera la somme totale de 2 156 000 FCFA (capital + plus-value).
- Quand la choisir ? Si l’investisseur a un besoin urgent de liquidités, ou identifie une meilleure opportunité d'investissement (arbitrage), ou encore estime que le titre a atteint son sommet historique.
- Avantage : Sécurisation absolue des gains et libération totale du capital.
- Inconvénient : Manque à gagner important si le cours continue de progresser.
2.2 Option 2 : La vente partielle
La vente partielle, appelée approche hybride, permet à l’investisseur d'encaisser une partie de la valeur du portefeuille tout en laissant le reste investi pour capter la croissance future. Deux sous-stratégies s'appliquent ici :
2.2.1 Sécurisation de la plus-value latente
L’investisseur vend le nombre d'actions nécessaire pour récupérer uniquement la plus-value de 756 000 FCFA.
- En pratique : il vend environ 36 actions et encaissera la somme de 776 160 francs CFA.
- Le reste en portefeuille : il conserve 64 actions qui continueront de fructifier et de générer des dividendes futurs.
2.2.2 Récupération du capital de départ
Dans ce cas, l’investisseur vend une partie de ses titres pour récupérer l'intégralité de sa mise initiale (1 400 000 FCFA), neutralisant ainsi le risque sur l’investissement de départ.
- En pratique : il vend environ 64 actions et encaisse la somme de 1 379 840 FCFA.
- Le reste en portefeuille : Il conserve 36 actions entièrement financées par le marché (plus-value pure), qui continueront à générer des dividendes.
2.3 Option 3 : La conservation des titres
L’investisseur décide de ne vendre aucune action car il est confiant dans la trajectoire de l'entreprise.
- Quand la choisir ? Si la société affiche d'excellents fondamentaux, distribue des dividendes solides, et l’investisseur inscrit dans une stratégie de valorisation à long terme.
- Avantage : plein effet des intérêts composés. Les dividendes perçus peuvent être réinvestis sur l’entreprise CBI ou sur d'autres lignes pour faire grossir le portefeuille.
- Inconvénient : Exposition totale au risque de marché. Si le marché se retourne ou si l'entreprise traverse des difficultés, le titre peut subir une correction brutale et effacer votre plus-value.
3. Tendances : Qu'en pensent les investisseurs ?
Pour mesurer le sentiment du marché, la question suivante a été posée à des investisseurs de la BRVM ayant tous bénéficié d’une formation sur l’investissement à la Bourse de BRVM auprès de l’Académie Des Investisseurs (ADI).
Supposons que vous soyez en plus-value sur CBI (ayant le portefeuille de l’investisseur 1 avec le coût moyen pondéré et la plus-value identique). Que ferez-vous ?
Le tableau ci-dessous présente les choix des répondants.
|
Option de réponse |
Part en % |
|
Je ne fais rien (Conservation totale) |
42,37 % |
|
Je vends une partie pour récupérer mon capital de départ |
40,67 % |
|
Je vends une partie pour récupérer ma plus-value latente |
16,95 % |
|
Je vends et j'encaisse tout (Vente totale) |
0,0 % |
|
Total |
100 % |
Plusieurs résultats émergent du tableau ci-dessus. D’abord, les résultats révèlent qu’environ 42,37% des investisseurs interrogés choisissent l’inaction/conservation du titre. Ils semblent avoir compris que CBI n'est pas un titre spéculatif mais un actif de rendement et de croissance. Vendre 100 % de sa ligne, c'est s'exclure du jeu et prendre le risque de ne jamais retrouver un point d'entrée aussi bas si le marché continue de monter.
Ensuite, les approches prudentes de vente partielle (récupération du capital ou des gains) séduisent également une large part de l'échantillon (57,63 % ). Cela signifie que la majorité absolue des investisseurs enquêtés choisit de matérialiser une partie de leurs gains. C’est un signe qu’ils respectent la règle d’or des marchés selon laquelle « Prenez vos bénéfices sans jamais tuer la poule aux œufs d’or ». Enfin, le fait qu'aucune des personnes enquêtées ne choisisse de liquider totalement sa position est la preuve d'une grande confiance dans la valeur intrinsèque de CBI.
4. Conclusion
L'analyse de ce cas pratique met en lumière une réalité fondamentale de l’investissement boursier (BRVM) : la performance boursière ne se résume pas à l'art d'acheter au plus bas, mais réside surtout dans la discipline de gérer les hausses. La hausse fulgurante du cours de Coris Bank International (BCI) en seulement cinq mois a agi comme un révélateur comportemental. Loin de céder à l'euphorie spéculative d'une liquidation totale, les investisseurs formés par l’Académie Des Investisseurs (ADI) font preuve d'une rationalité remarquable. En se partageant massivement entre l'inaction stratégique (42,37%) et les approches hybrides de vente partielle (57,63%), ils démontrent une compréhension fine des mécanismes de création de richesse à long terme.
Ce comportement confirme que la formation est le meilleur garde-fou contre les biais émotionnels. Elle transforme le spéculateur d'opportunité en un investisseur averti, capable de sécuriser ses gains ou son capital initial sans jamais sacrifier son exposition aux dividendes futurs de ce fleuron de la finance burkinabè.
Pr Somlanare Romuald KINDA
enseignant-chercheur en économie,
aResearch Fellow à Afreximbank en Egypte,
et Promoteur de l’Académie des Investisseurs (ADI).




