Créée en 2016, l'association Leadership Innovation et Entrepreneuriat (LIEN) célèbre cette année son dixième anniversaire sous le signe de l'excellence et de la solidarité entrepreneuriale. Pour marquer cette décennie d'impact, elle organise, du 30 juillet 2026 au 1er août 2026, les « 72 heures du LIEN », un événement majeur de réflexion et de célébration. Dans cette interview accordée à C’Finance le 21 juillet 2026, son Président, Achille W. Ouédraogo, par ailleurs promoteur du Groupe Interface évoluant dans le BTP et les prestations minières, et membre du Bureau National Exécutif du Patronat burkinabè, dresse le bilan de la décennie de parcours de ce réseau d’entraide de cadres et d’entrepreneurs burkinabè, présente les objectifs et les activités inscrites au programme de ces trois jours de commémoration de cet anniversaire. Il y décline également les ambitions du LIEN pour les dix prochaines années et sa ferme volonté de contribuer à bâtir un secteur privé résilient, engagé pour la souveraineté économique, le développement endogène du Burkina Faso et tourné vers l'accompagnement de la jeune génération d’entrepreneurs.
C'Finance (C.F) : L’Association Leadership Innovation et Entrepreneuriat (LIEN) célèbre cette année une décennie d'existence. Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru et quels étaient les objectifs qui avaient motivé sa mise en place ?
Achille W. Ouédraogo (A.W.O.) : Le LIEN est un réseau d’entrepreneurs et de cadres burkinabè, créé en 2016. Notre mission est de créer des « liens » entre les acteurs économiques, de promouvoir l'excellence, et de contribuer au développement socioéconomique du Burkina Faso. C’est un cadre de partage d'expériences, d'échange et de solidarité entre les membres. Nous mettons donc notre énergie au service de cette vision collective que le LIEN porte depuis 10 ans pour contribuer à bâtir une économie nationale forte et durable. Nous sommes partis d’un petit noyau de personnes animées par cette volonté commune de créer un réseau d’entraide au service du développement de notre pays.
Les objectifs de départ étaient donc simples : se connaître, s'entraider, se former et peser positivement dans l'économie nationale. Dix ans après, le LIEN se porte très bien ! Nous constatons que les fondations tiennent et portent des fruits. Le bilan est donc très positif. Nous avons grandi, tant en nombre qu’en expérience. Aujourd'hui, nous comptons environ une cinquantaine de membres intervenant dans presque tous les secteurs d’activité. Sous réserve d'une mise à jour, le chiffre d'affaires cumulé de nos membres tourne autour de 500 milliards F CFA. Nous continuons de travailler à nous structurer, à nous former pour créer de l'impact sur notre économie. Dieu faisant, aujourd'hui, nous sommes une force de proposition au sein de l'économie du pays. En résumé, le chemin parcouru durant ces dix ans est une fierté pour nous !
C.F : Au cours de ces dix dernières années, quelles ont été les actions ou initiatives phares menées par l’Association LIEN ?
A.W.O. : Ces dix années ont été rythmées par des rencontres de networking, des échanges et des panels de haut niveau. L'une de nos activités phares a été la mission d'immersion à Istanbul, en Turquie, qui a été extrêmement productive, et bien appréciée par l’Etat burkinabè. Elle a permis à nos membres de nouer des contacts directs et de signer des contrats d'affaires avec des industries turques.
Ce voyage a été d'autant plus marquant que nous avons été accompagnés par le ministère du Commerce et l'ambassade de Turquie. L'enthousiasme des membres était tel que chacun a pris en charge ses frais voyages pour y participer. Cette immersion nous a permis de comprendre que, même pour des pays développés, la recherche de nouveaux marchés reste une priorité. Fort du succès de ce voyage d’affaires, nous projetons déjà de futures missions en Inde et en Guinée. Le bilan de ces dix ans est très positif, car au-delà de ces activités, il y a eu également des échanges de bonnes pratiques, des partenariats et relations d’affaires entre nos membres !
C.F : Quel a été l'impact de ces initiatives sur vos membres et, plus largement, sur l'économie nationale ?
A.W.O. : Le LIEN est devenu une famille et une véritable école : un cadre de partage d'expériences où l'on se conseille, se confie des marchés. Au niveau du LIEN, notre crédo c’est « s’unir pour réussir ». Nous travaillons à structurer nos entreprises pour qu'elles soient compétitives à l'international et, surtout, qu'elles soient générationnelles. Personnellement, cela fait bientôt 20 ans que nous sommes dans l'entrepreneuriat. Nous avons commencé comme une entreprise individuelle, puis une entreprise SARL (Société à Responsabilité Limitée) ; et aujourd’hui nous sommes une SA (Société Anonyme), avec une ouverture sur la Côte d'Ivoire, un peu sur le Gabon.
Notre objectif au niveau du LIEN, c’est de faire ce partage de vécu entrepreneurial afin d’aider les autres à développer leurs entreprises, à s’ouvrir à l’international. C’est pourquoi, nous mettons un point d'honneur sur la formation pour éviter les faillites dues à une mauvaise gestion ou à des difficultés fiscales. A cet effet, nous organisons de nombreux panels avec des institutions comme la Direction Générale des Impôts, la Douane ou l'ARCOP pour la commande publique. En maîtrisant les lois et les rouages de l'économie, l'entrepreneur prépare mieux sa pérennité. Dans le même élan, durant les 72 heures du LIEN, 48 heures sont consacrées aux panels sur des thématiques en lien avec le développement de nos activités, de nos entreprises.
Le Président de l'Association LIEN, Achille W. Ouédraogo : « le LIEN se porte à l’image du pays, très résilient ».
Nous organisons ces panels en partenariats avec le ministère de l’Economie et des Finances, à travers ses services techniques. Nous sommes également en train de travailler avec le ministère en charge du commerce sur les difficultés que nous rencontrons en matière d’importations, d’accès aux financement…Toutes ces activités concours à la culture de la structuration des entreprises que nous voulons inculquer aux entrepreneurs. Car, qui veut aller loin prépare bien sa monture ! Aujourd'hui, en tant qu'entrepreneur, si tu veux durer et perdurer, tu dois être efficace. Et pour y arriver, il faut connaître rouages, les lois…
C.F : Sur le plan de la préparation de la relève, que fait le LIEN pour soutenir les jeunes entrepreneurs ?
A.W.O. : Nous avons mis en place « LIEN Académie ». C’est un projet qui nous tient à cœur pour former les jeunes. Dans le cadre de cette académie, nous avons organisé un appel de projets où, sur une centaine de candidats, une douzaine a été retenue pour bénéficier d'une formation poussée en gestion financière et structuration d'entreprise, car ces questions sont fondamentales en entrepreneuriat ! Par exemple, beaucoup font l'erreur de commencer à consommer l'avance de démarrage de 30 % du marché qu’on leur donne, au lieu de les structurer pour investir dans le travail, après en faire des décomptes pour se faire payer à la fin et se faire du bénéfice ; alors que c’est de l’argent qu’on vous donne avant que vous n’ayez posé le moindre mètre carré de prestation.
Il y a aussi cette expérience qu’ils n’en ont pas et que nous partageons avec eux. Car, pour être entrepreneur aujourd’hui, il faut avoir un certain nombre de connaissances avec une vue de 360% sur les difficultés que nous traversons ! Entre le marché que tu as eu, son exécution et le paiement, si tu n’as pas assez de connaissances, le risque de passer à côté est très élevé. Le message que nous passons aux jeunes entrepreneurs c’est d'être donc patients et rigoureux, de savoir structurer leurs besoins et ne pas vouloir brûler les étapes ou vouloir imiter un tel entrepreneur qui a déjà un certain niveau d’accomplissement. Car les richesses que véhiculent les entrepreneurs sont beaucoup plus des outils de travail que pour paraitre. En plus, le patrimoine se bâtit dans la durée, sur des décennies.
C.F : Toute vie, qu’elle soit humaine ou associative, rencontre des obstacles, on suppose donc que les 10 ans passés n’ont pas toujours été un fleuve tranquille pour le LIEN. Quels sont les défis auxquels vous avez eu à faire face au cours de cette première décennie d’existence de votre association ?
A.W.O. : Fédérer 50 chefs d'entreprise, qui sont par nature des esprits très libres et émancipés, n’est pas chose aisée. Il a fallu travail à ramener certains qui ne se retrouvaient pas dans le format, afin que nous puissions tous adhérer à cette vision commune que nous avons. La difficulté majeure a été de faire comprendre l'esprit de solidarité à l'entrepreneur burkinabè, pour que la l’entraide l'emporte sur l’esprit de concurrence. Nous avons pris du temps pour arriver à assoir cette vision des choses. Et aujourd’hui, nous sommes plus solidaires des uns des autres que concurrents ! La preuve, il arrive qu’un membre cède un marché à un autre parce qu’il est assez débordé !
Il y a aussi le contexte national de crise sécuritaire qui impacte énormément nos activités. Certains de nos membres ont été directement touchés, et l'association a dû jouer un rôle de corridor de solidarité pour les aider à tenir. Dans les périodes de turbulence, les gens ont parfois moins de temps pour la vie associative, il faut donc des thématiques fortes pour les mobiliser.
C.F : Comme vous venez de le souligner, le Burkina Faso traverse une période difficile de son histoire, marquée par des défis sécuritaires. Comment votre Association et ses membres participent-ils à cette résilience du pays ?
A.W.O. : Comme le dit souvent le Président du Faso, en temps de crise, les entreprises doivent rester debout. C’est le mot d’ordre qu’il a lancé ! Nous y adhérons pleinement et nos membres continuent d’investir. En tant qu’acteurs économique de ce pays, nous avons des emplois à sauvegarder et nous avons adopté pour le format de résilience, basé sur une gestion financière rigoureuse et une concentration sur l'essentiel pour pouvoir traverser cette zone de hautes turbulences. Chez nous, l’échec n’existe pas, d’où notre slogan : « S’unir pour réussir » ! Nous continuons d’exister à travers donc cette capacité de résilience, qui est à féliciter, au regard des difficultés que les entreprises traversent !
Nous acceptons donc de souffrir, de consentir des sacrifices, ce qui est une qualité très burkinabè, et qui est bien appréciée à l’extérieur. Lors de nos voyages à l’étranger, les gens ne manquent pas de nous le signifier, de saluer cette résilience ! Le LIEN se porte donc à l’image du pays, très résilient. Il y a un engagement personnel des uns et des autres, avec une grande dose de fibre patriotique, pour accompagner la vision et la politique de développement de la Révolution Progressiste Populaire (RPP). Il y a des entrepreneurs qui ont pris des risques pour exécuter des marchés dans des zones à fort défis sécuritaires et qui témoignent de leur attachement à leur pays qu’est le Burkina Faso !
Malgré les difficultés, nous participons donc à la résilience de notre pays. Nous menons par exemple des actions de responsabilité sociétale (RSE), comme le soutien aux personnes déplacées internes (PDI), aux communautés impactées. Au LIEN, nous croyons qu’un secteur privé qui tient débout est un pilier essentiel pour la résilience nationale.
C.F : Pour marquer ce dixième anniversaire de l’Association, vous avez choisi le format « 72 Heures du LIEN », prévues du 30 juillet au 1er août 2026. Quels seront les principales articulations de cet événement ?
A.W.O. : A travers ces « 72 heures du LIEN », nous voulons marquer un arrêt pour réfléchir, apprendre, célébrer et projeter. Notre objectif, c’est de faire le bilan, renforcer les liens entre nos membres et ouvrir davantage le LIEN au grand public et à nos partenaires stratégiques. En termes de projection, il s’agit de poser les bases des 10 prochaines années. Nous avons voulu marquer ces 10 ans, pas seulement par un diner gala mais aussi par des moments de réflexions à travers des tables rondes, des panels, d’où le format « 72 heures du LIEN ». Les 30 et 31 juillet 2026 seront consacrés à des panels avec les acteurs clés de l'économie nationale, tant publics que privés. Nous aborderons des sujets cruciaux comme la fiscalité, la nouvelle loi de finances et ses innovations, la commande publique, l'accès au financement, les importations.
Le 1er août 2026, nous clôturerons par une activité de reboisement pour marquer notre engagement en tant qu'« entrepreneurs verts ». Initialement, nous avions prévu un match de football pour le troisième jour, mais quand nous avons vu le Président du Faso (ndlr : le capitaine Ibrahim Traoré) planter son arbre, nous avons donc reconsidéré notre programme pour y inscrire la plantation d’arbres en lieu et place du match ! Au cours de ces 72 heures, nous attendons des délégations étrangères de la sous-région qui viendront de la Côte d'Ivoire, du Mali, du Niger et du Togo pour des partages d'expériences. L'événement se terminera par un dîner gala avec des remises de trophées pour mettre nos hommes d'affaires en lumière.
C.F : A quelques jours de l’évènement, où en êtes-vous avec les préparatifs ?
A.W.O. : A la date d’aujourd’hui, 21 juillet 2026, notre programme est bouclé à 90%, les partenaires ont répondu présents, car ils croient à notre événement. Beaucoup continuent d’appeler pour y prendre part. Certaines personnes que nous avons omis d'inviter ont appris, et ont appelé pour y participer, à travers un partenariat gagnant-gagnant en termes de visibilité, car les « 72 heures du LIEN » seront médiatisées sur les chaines du pays et sur les différents canaux. L’évènement constitue également un espace pour la promotion de l'entrepreneuriat. Il s’adresse donc aussi à la jeunesse.
C.F : Quelles sont vos attendes à l’issue de ces 72 heures, mais aussi vos ambitions pour les dix prochaines années ?
A.W.O. : En résumé, à l'issue des 72 heures, nous voulons un LIEN plus renforcé, plus unifié et plus ambitieux, des partenariats concrets signés pendant l'événement, mais aussi que nous sortons de ce 10e anniversaire avec une feuille de route claire pour une projection sur les dix prochaines années. Notre ambition est de devenir le premier réseau d'impact national pour l'entrepreneuriat au Burkina Faso, quand bien même qu’aujourd'hui, avec beaucoup de modestie, nous sommes l'un des réseaux associatifs les plus influents. Nous travaillons aussi à la création d'un fonds de solidarité, le grossir, pour aider les jeunes à entreprendre. Nous souhaitons également renforcer notre implantation dans la sous-région à travers nos ambassadeurs déjà présents en Côte d'Ivoire, au Ghana, au Mali et au Niger. Notre objectif final est de passer de 50 à 1000 membres actifs et de qualité, créateurs de richesse et d’emplois.
C.F : Dans un contexte régional et international marqué par des tensions géopolitiques et des velléités de remise du multilatéralisme, les autorités burkinabè ont fait le choix du développement endogène et de la souveraineté économique. Comment LIEN joue-t-il ou compte-t-il jouer sa partition pour accompagner la mise en œuvre de cette orientation politique ?
A.W.O. : Cette question de souveraineté économique et de développement endogène est au cœur de l'ADN du LIEN. Nous accompagnons et encourageons nos membres à investir à travers la mise en place d’industries. Beaucoup de transformations locales ont été opérées : des produits qu’on importait ne sont plus importés, des produits qu’on ne transformait pas, sont aujourd’hui transformés sur place ; on privilégie de plus en plus les compétences locales à travers l’innovation sur ce que nous avons. Beaucoup de nos membres se sont déjà lancés dans l'industrie, la transformation des céréales, l'élevage et l'agriculture. Le LIEN se veut aussi une plateforme de solutions burkinabè pour des problèmes burkinabè.
Nous sommes donc des ambassadeurs de ce développement endogène. Et sans réserve, au cours des prochaines années, nous allons travailler à accentuer la promotion de l’investissement local. Beaucoup de nos membres ont déjà des industries, d’autres en développent toujours ! Nous profitons de votre micro pour saluer cette vision du gouvernement, car un pays ne peut se développer en étant très dépendant de l'extérieur. Plus on est moins dépendant, plus on se développe !
C.F : Pour conclure cet entretien, quel message souhaiteriez-vous adresser aux différents acteurs de l'économie ?
A.W.O. : Aux pouvoirs publics, nous demandons de continuer à créer un environnement favorable aux affaires. Nous, acteurs du secteur privé, nous prenons l’engagement de continuer à créer de l’émergence dans notre pays. Aux partenaires techniques et financiers, de continuer à investir dans nos entreprises et de prendre des risques avec nous, car c’est la garantie d’un impact durable. Enfin, à nos frères acteurs du secteur privé, notre message est celui-ci : unissons-nous, formons-nous. Notre force sera dans le collectif ! Produisons local, transformons local, consommons local, et bâtissons local ! Pour terminer, nous souhaitons joyeux anniversaire à notre Association, à tous nos membres, à tous ceux qui ont nous portés dans durant cette première décennie d’existence !
Interview réalisée par la
Rédaction de C’Finance




