Dans le cadre de la deuxième édition du Salon International de la Bourse Africaine (SIBA), un panel s’est tenu le 6 juin 2026 autour d’une thématique cruciale : « Création d’entreprise et ouverture du capital : quels enjeux pour le développement de nos entreprises ? » Sous la modération de l’ancien Directeur général de la Maison de l’entreprise, Lancina Ki, des experts financiers, du droit et des praticiens ont décortiqué les mécanismes permettant aux entreprises de passer du stade artisanal à des champions nationaux, voire sous régionaux.

Conformément à ses objectifs d’être un cadre de sensibilisation sur la bourse et une force de propositions pour le développement du marché financier régional, la deuxième édition du Salon International de la Bourse Africaine (SIBA), organisée les 5 et 6 juin 2026 à Ouagadougou, a consacré un panel au financement des entreprises à travers le thème : « Création d’entreprise et ouverture du capital : quels enjeux pour le développement de nos entreprises ? » La session a réuni autour du modérateur en la personne de l’ancien directeur général de la Maison de l’Entreprise, Lancina Ki, Consultant en développement du secteur privé, des spécialistes du droit des affaires et du milieu entrepreneurial.

Pour planter le décor, l’expert-comptable et associé gérant de FIDALLI SARL, Boureima Sawadogo, a défini l’ouverture du capital comme l’acte de mobiliser de nouveaux actionnaires qui prennent une participation lors d'une augmentation de capital, devenant ainsi copropriétaires de la société. Selon ce spécialiste en audit et gouvernance financière, ce processus est souvent dicté par des besoins de croissance que l’entrepreneur ne peut plus porter seul ou par des impératifs de conformité réglementaire exigeant un relèvement des fonds propres. M. Sawadogo a souligné que la diversification de l'actionnariat renforce la crédibilité de l'entreprise auprès des institutions financières.

Renforcement de la gouvernance, gain en expertise ..

A la suite de cette introduction, l’avocat d’affaires Maître Régis Bonkoungou, a insisté sur la rigueur procédurale dictée par l’acte uniforme OHADA. L’ouverture du capital exige la tenue d'une assemblée générale, la modification des statuts et leur enregistrement au Registre du Commerce et du Crédit Mobilier (RCCM). Le praticien du droit a particulièrement conseillé d’éviter le « copier-coller » de statuts trouvés sur internet, préconisant l'usage de mécanismes tels que le pacte d'actionnaire ou le droit de préemption pour éviter une dilution subie et préserver la vision du fondateur.

Le Sénior Manager Consulting chez Forvis Mazars, Djibril Bayala, a rappelé que l'apport de nouveaux investisseurs ne doit pas être perçu uniquement sous l'angle financier. Ces acteurs apportent leur expertise, leurs réseaux et imposent une gouvernance rigoureuse, gage de résilience et de pérennité pour l'entreprise. Toutefois, il a souligné que cela implique une perte de liberté pour le dirigeant, qui ne peut plus désormais gérer l'entité selon son bon vouloir. Au demeurant, les promoteurs d’entreprises peuvent bénéficier de l’accompagner de certaines structures dans leur ambition d’opérer de tels choix stratégiques de gouvernance.

Cadre à la Maison de l’Entreprise du Burkina Faso Alban Traoré, a réaffirmé la mission de son institution dans l'appui au secteur privé. Il a précisé que la Maison de l'Entreprise accompagne les entrepreneurs de la création à la croissance, en offrant des conseils gratuits et des formations pour structurer les projets afin qu'ils soient « bancables » ou prêts pour la bourse.

L’exemple inspirant de la SCOOP-CA/ Burkina Mine

Témoignage marquant de ce panel, le DG de la Société coopérative avec Conseil d’Administration Burkina Mine (SCOOP-CA/ Burkina Mine), Abdou Razak Kaboré, a illustré les bénéfices concrets de cette stratégie. Grâce à l'ouverture du capital de sa structure, il a pu mobiliser plus de 5 milliards de FCFA pour des projets miniers d'envergure, un montant inatteignable seul. Il a toutefois conseillé aux jeunes entrepreneurs de ne pas se précipiter sur l'argent qui « peut devenir un poison si la gouvernance et la feuille de route ne sont pas clairement balisées ». Abdou Razak Kaboré a également plaidé pour des réformes à la BRVM afin de faciliter l'accès des startups au marché financier.

Au sortir de ce panel qui a consisté en un partage d’expériences riches en enseignements, les conseils des experts peuvent être résumés en ces points clés : maturité et confiance, respect des règles, l’ambition mesurée et vision stratégique. En clair, l'ouverture du capital doit s'intégrer dans une stratégie globale de résilience. Et si cette ouverture pourrait s’apparenter à un exercice périlleux exigeant un accompagnement spécialisé, elle demeure une voie royale pour transformer les PME locales en géants de l'économie africaine.

Mouni N’GOLO

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