Réunies à Ouagadougou pour la 2e édition du Salon International de la Bourse Africaine (SIBA), les experts et acteurs du marché financier sous régional ont porté la réflexion sur les opportunités qu’offre le numérique de briser les barrières de l’accessibilité à la bourse. Entre plateformes de trading en direct, souscriptions par mobile money et éducation financière en ligne, les sociétés d’investissement boursier, entourés d’experts ont présenté, ce 5 juin, au cours du premier atelier du SIBA 2026, des solutions innovantes mais aussi les défis qui continuent d’entraver l’inclusion financière, par le marché boursier.
Et si investir à la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) devenait aussi simple que gérer son compte de monnaie électronique ! Longtemps perçue comme élitiste et accessible à un public restreint, capable de comprendre des informations financières complexes, la bourse, , sous l’impulsion des autorités et des acteurs du marché boursier et à la faveur du développement technologique, s'ouvre de plus en plus au grand public. A l’occasion de la 2e édition du Salon International de la Bourse Africaine (SIBA), qui se tient les 5 et 6 juin 2026, à Ouagadougou, un atelier a été consacré à la digitalisation de l'investissement boursier, mettant en réflexion le processus de transformation numérique au sein du marché financier régional en lien avec le thème de l’édition 2026 : « Marché financier et inclusion financière, comment rapprocher la bourse de la population ? ».
Modérateur de l'atelier et promoteur de la plateforme RICHEBOURSE, Briand Idossou, a planté le décor en faisant la distinction entre simple dématérialisation et véritable digitalisation. Cette dernière doit transformer l'expérience utilisateur de bout en bout, de la compréhension du marché à l'analyse du portefeuille, en passant par la réception d'alertes en temps réel. Sa plateforme, RICHEBOURSE, s'inscrit dans cette dynamique en offrant des articles pédagogiques et des données historiques permettant aux investisseurs de suivre l'évolution du cours des actions, avant de faire un choix d’investissement.
L’amélioration de l’expérience d’utilisateur est aussi une option stratégique pour les Sociétés de Gestion et d'Intermédiation (SGI) et les sociétés de Gestion d’Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières (SGO) ; et deux d’entre elles ayant pris part à l’atelier, notamment la Société Africaine d’Ingénierie et d’Intermédiation Financière (SA2IF) et Afrique Asset Management (AFRICAM), ont exposé au public du SIBA les solutions digitales qu’elles implémentent pour faciliter l’investissement en bourse.
La SA2IF affiche des ambitions claires en matière de digitalisation de ses process. Son directeur des opérations, Aziz Traoré, a présenté un parcours d'ouverture de compte désormais possible en 24h à 72h. La SGI a développé une plateforme intégrée permettant aux clients, même à distance, de suivre leur dossier de création de compte en temps réel. L'innovation phare reste l'approvisionnement du compte via mobile money, facilitant l'investissement pour ceux qui ne sont pas forcément à l'aise avec les virements bancaires classiques. Et par le biais d'une démonstration en direct, M. Traoré a montré la simplicité d’acheter des actions et de suivre ses gains en un clic sur un espace client sécurisé.
Digitalisation, mais transparence et confiance d'abord
A côté des SGI, les SGO offrent une alternative simplifiée. Gestionnaire de compte chez AFRICAM, Yanne Kaboré, a expliqué la différence entre l’investissement direct en bourse à travers les SGI et le placement collectif dans des fonds communs de placement (FCP). « Au lieu d’investir de façon individuelle, vous investissez dans un panier déjà composé d’actions et d’obligations », a-t-il précisé. La révolution numérique chez AFRICAM passe par une procédure de souscription 100 % en ligne, ciblant particulièrement la diaspora et les épargnants des provinces. L’autre barrière brisée est celle du coût, et cette SGO est accessible dès 1 000 FCFA, afin de permettre à toutes les couches sociales d’épargner à leur rythme.
Le chef de service Suivi-évaluation à l’ANPFI, Aimé Tiemtoré a indiqué que l'agence veille à ce que l'innovation digitale se traduise par une utilisation réelle et sécurisée pour les populations.
Toutefois, en dépit de ces avancées, la technologie seule ne suffit pas. Le spécialiste de la finance digitale, Dr Jean Noël Bonkoungou, a ainsi souligné que la digitalisation doit servir l'inclusion financière des populations les plus vulnérables. Il préconise une « bourse hybride » avec des outils numériques de pointe pour les jeunes urbains connectés, mais aussi des systèmes accessibles sans internet (via le code USSD) pour les zones rurales. Pour lui, l'éducation financière est le pilier indispensable pour réduire le « coût psychologique » et la peur du risque.
Cette vision est partagée par l'Agence nationale de promotion de la finance inclusive (ANPFI). Chef de service Suivi-évaluation à l’ANPFI, Aimé Tiemtoré a rappelé que la mission de l'agence est de renforcer les capacités de financement et de protéger les consommateurs face aux nouveaux produits financiers. L'ANPFI veille à ce que l'innovation digitale se traduise par une utilisation réelle et sécurisée pour les populations. En clair, au sortir de cet atelier, les intervenants ont relevé que si la technologie ouvre la porte du marché financier, c’est la transparence et la pédagogie qui instaureront une confiance durable. Et c’est à cette condition que la bourse de demain, connectée et inclusive, sera désormais à portée de main pour chaque citoyen de l'espace UEMOA.
Mouni N’GOLO




