Dans l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), la dynamique d’inclusion financière observée depuis près de deux décennies révèle une mutation structurelle du système financier régional, selon une étude réalisée par les chercheurs Abdoulaïtif Sawadogo, Alassane Ouattara du Centre Africain d'Etudes Supérieures en Gestion (CESAG) et Mouhamed El Bachir Wade de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD). Cette recherche, publiée  dans  la Revue Africaine de Gestion (RAG), vol. 8, n°2, juin 2025, s’appuie sur les statistiques officielles de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Les travaux montrent que la progression du taux global d’inclusion ne repose plus principalement sur la bancarisation classique, mais sur l’essor de la monnaie électronique, sous l’impulsion des fintechs.

Au cours des deux dernières décennies, sous l’effet de divers facteurs, l’accès des populations de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) aux services financiers connait une avancée significative. Le Taux Global d’Utilisation des Services Financiers (TGUSF), indicateur de référence de l’inclusion financière, est passé de 14,1 % en 2006 à 72,3 % en 2023, selon les travaux de recherche de Abdoulaïtif Sawadogo, Alassane Ouattara du Centre Africain d'Etudes Supérieures en Gestion (CESAG) et Mouhamed El Bachir Wade de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), publiés dans la Revue Africaine de Gestion (RAG). En dix-sept ans, le taux a ainsi été multiplié par plus de cinq.

À fin décembre 2023, au moins sept adultes sur dix dans l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) disposent d’un compte formel bancaire, de microfinance ou de monnaie électronique. Malgré cette progression qualifiée de « fulgurante » par la RAG, le taux de 72,3 % reste légèrement inférieur à l’objectif de 75 % fixé pour 2020 par la Stratégie Régionale d’Inclusion Financière (SRIF).

L’analyse de la structure du TGUSF met en évidence un basculement numérique. Le Taux d’Utilisation des Services de Monnaie Électronique (TUSME) atteint 47,62 % en 2020, puis 55,89 % en 2023. L’objectif de la SRIF pour 2020 était fixé à 37,70 %, ce qui signifie que la cible a été dépassée de près de 10 points dès 2020 et de plus de 18 points en 2023.

En 2023, plus d’un adulte sur deux dans l’UEMOA détient un compte de monnaie électronique (mobile money). La contribution de la monnaie électronique au taux global d’inclusion a explosé, passant d’environ 40,08 % en 2014 à 75 % en 2020, pour atteindre 77,30 % en 2023. En clair, plus des trois quarts de l’inclusion financière observée dans l’Union proviennent désormais des services de monnaie électronique.

Un taux de bancarisation strict établi à 25,60 % en 2023

Pour ce qui est de  la bancarisation traditionnelle, elle évolue à un rythme moins  soutenu. En effet, le Taux de Bancarisation Strict (TBS) est passé de 15,70 % en 2014 à 25,60 % en 2023, indique la RAG. La progression est réelle, mais demeure nettement inférieure à celle de la monnaie électronique.

Quant au Taux de Bancarisation Élargi (TBE), incluant la microfinance, il est passé de 34,5 % en 2014 à 47,70 % en 2023, contre un TUSME de 55,89 % enregistré la même année. Au niveau des systèmes financiers décentralisés, le Taux d’Utilisation des Services de Microfinance (TUSM), atteint 22,10 % en 2023, soit environ deux adultes sur dix, traduisant une croissance plus lente.

L’écart entre le TBS (25,60 %) et le TUSME (55,89 %) en 2023 met en évidence une transformation structurelle : la place de plus en plus dominante du mobile money dans l’accès des populations aux services financiers, et partant dans l’inclusion financière, devant les guichets bancaires classiques et les institutions de microfinance.

L’essor de l’écosystème FinTech et la densification du réseau

La montée en puissance de la monnaie électronique s’inscrit dans un écosystème FinTech en forte expansion. Selon la Revue Africaine de Gestion, l’espace UEMOA comptait 10 FinTech en 2006 contre 222 en 2023. Sur la même période, le taux d’inclusion financière est passé de 14,1 % à 72,3 %, suggérant une corrélation étroite entre innovation technologique et inclusion financière.

La pénétration géographique confirme cette mutation. En 2020, le taux global de pénétration géographique des services financiers a atteint 238 points de services pour 1 000 km², contre une prévision initiale de 45 points.

« Globalement, on observe une présomption de corrélation positive entre l'expansion géographique des FinTech et l'amélioration de l'inclusion financière, bien que l'intensité de cette relation varie d'un pays à l'autre », souligne l’étude.

La pénétration démographique s’est établie à 113 points de services pour 10 000 adultes, alors que la cible était de 32, selon la RAG. Ces progrès remarquables  sont attribués à la densification des réseaux d’agents et à la diffusion des solutions numériques.

« Les résultats robustes, assurés par la méthode de Driscoll-Kraay (1998), obtenus de cette étude confirment le rôle fondamental des FinTech dans la promotion de l'inclusion financière dans l’Union », conclut l’étude.  

Toutefois, l’inclusion financière demeure hétérogène au sein de l’Union. Selon la Revue Africaine de Gestion (RAG), en 2023, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Togo ont dépassé les 80 % d’inclusion financière. Le Burkina Faso affiche 79 % et la Guinée-Bissau 76 %. Le Niger constitue un cas atypique, avec une progression plus lente de l’inclusion financière et de la monnaie électronique.

Estelle KONKOBO

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