Les experts, praticiens et décideurs de l’espace AES engagés dans la lutte contre la fraude, ainsi que des représentants du Togo et du Bénin, réunis à Ouagadougou, du 6 au 8 avril 2026, ont jeté les bases d'une stratégie intégrée de lutte contre la fraude. Entre digitalisation des systèmes et harmonisation juridique, le colloque de Ouagadougou, à l'initiative de la Coordination Nationale de Lutte contre la Fraude (CNLF), a débouché sur une trentaine de recommandations stratégiques qui devront permettre d’assécher les circuits illicites et mobiliser les ressources internes nécessaires à la résilience des États du Sahel et à leur souveraineté économique et financière.

La fraude n’est plus seulement un délit économique, c’est une menace directe contre la survie des États du Sahel. Ce constat sans appel dressé par la Coordination Nationale de Lutte contre la Fraude (CNLF) a été à la base de la tenue, du 6 au 8 avril 2026, du colloque international de Ouagadougou sur la fraude. A la clôture de ce rendez-vous international, le mercredi 8 avril une ambition claire s’est dessinée, celle de transformer la lutte contre les flux financiers illicites en un pilier de la réponse sécuritaire globale.

Dès l’entame des travaux, le représentant du Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, le ministre de l’Economie et des Finances, Dr Aboubakar Nacanabo, a rappelé l'ampleur du défi.  « La lutte contre la fraude est de ces combats silencieux qui, loin du fracas des armes, déterminent la solidité des États et la dignité des nations », a-t-il souligné.

Les travaux ont mis en exergue des chiffres interpellateurs. À l'échelle mondiale, la fraude ampute environ 5 % du PIB. Au Burkina Faso, l'impact est particulièrement critique dans le secteur extractif, où les flux financiers illicites ont été estimés à plus de 3 000 milliards de francs CFA sur la dernière décennie, soit l’équivalent d’une année complète de recettes fiscales. Comme l'a indiqué le ministre Nacanabo, chaque violation de la règlementation se traduit par des infrastructures vitales qui ne voient jamais le jour. « Derrière chaque acte de fraude, ce sont des écoles qui ne se construisent pas, des routes qui se dégradent, des services publics qui s’affaiblissent », a-t-il souligné.

L’originalité de ce colloque réside dans l'analyse de l'interdépendance entre criminalité économique et financement du terrorisme. Dans l’espace AES, l’insécurité favorise la porosité des frontières et l’émergence de circuits illicites comme l‘orpaillage clandestin, le trafic de produits pétroliers, la contrebande, qui alimentent en retour les groupes armés.

Le nexus « Fraude-Insécurité » au cœur des débats

Pour les participants, il est impératif de rompre ce cycle. Le colloque a ainsi préconisé une approche holistique, car dans ce contexte, la fraude « ne se contente plus d’affaiblir les finances publiques, elle alimente et entretient les menaces qui pèsent sur la stabilité de nos États », comme l'a souligné le Coordonnateur national du CNLF, Dr Mohamadi Compaoré.

Le Conseiller technique du ministre en charge de l’Economie, Souleymane Nabolé (milieu) : « la fraude n’est pas une fatalité, elle est un système ; et comme tout système, elle peut être comprise, déconstruite et vaincue ».

 

Les travaux, articulés autour de cinq panels thématiques, ont abouti à l'adoption d'une trentaine de recommandations phares, visant à renforcer la résilience des systèmes financiers. Parmi les points saillants, on retient la transformation numérique et technologique, les experts appelant à l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) et du Big Data pour le traçage des flux financiers complexes. Les experts préconisent en outre la coopération inter-agences, la création de plateformes d'échange de données en temps réel entre les douanes, les impôts et les services de renseignement. Une autre solution réside dans la judiciarisation systématique se traduisant par des poursuites obligatoires pour tous les cas de fraude détectés. D’autres points de recommandations ont trait à la réglementation internationale et au civisme fiscal. Les experts ont souligné la nécessité de « remettre en cause l'impôt minimum de 15% de l'OCDE, au regard de la spécificité des économies africaines » et de mettre en place des régimes fiscaux particuliers pour les entreprises numériques locales, afin de favoriser l'adhésion au système formel.

A l’issue de ses trois jours de travaux, le Conseiller technique du ministre en charge de l’Economie, Souleymane Nabolé, a salué la qualité des échanges et des contributions qui ont permis d’aboutir des diagnostics sans complaisance et à des conclusions fortes qui vont servir de boussole pour l’action publique. « A travers ce colloque, vous avez démontré que face à l’ingéniosité des fraudeurs, nos Etats doivent opposer une intelligence collective, structurée et résolument tournée vers l’action », a-t-il indiqué.

Au-delà d’une simple déclaration d’intention, cette rencontre de haut niveau devrait donc déboucher sur l’élaboration d’un plan d'action ou d'une feuille de route pour intégrer les stratégies de lutte contre la fraude dans le dispositif global de la réponse sécuritaire confédérale de l'AES.

Le Gouvernement burkinabè, par la voix du ministre de l’Economie et des Finances, a insisté sur le fait que les conclusions de ces travaux doivent constituer un « guide stratégique, intégrant des recommandations concrètes, adaptées à notre contexte et porteuses de résultats mesurables ». Il s'agit désormais de traduire ces réflexions en actions opérationnelles pour garantir une souveraineté économique réelle, gage de la stabilité durable de la région.

La Rédaction

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