Dans un contexte africain marqué par l’intensification des défis sécuritaires, climatiques, sanitaires et technologiques, la gestion des risques s’impose progressivement comme un pilier essentiel de la gouvernance des Etats, des entreprises et des institutions. Pleinement conscient de l’enjeu, le Réseau Ivoirien de Management des Risques et Assurances d'Entreprise (RIMRAE), tiendra la 7e édition des Rencontres Africaines du Risk Management (RARM) les 2 et 3 juillet 2026, à Abidjan. Placé sous le thème : « Risk Management, pilier d’une Afrique résiliente, transformée et durable », l’évènement réunira plus de 500 décideurs, assureurs, banquiers, industriels et experts. Dans cette interview accordée à C’Finance, le Président du RIMRAE, Sandé O. Fatola, revient sur les ambitions de cette édition, le programme d’activités et les innovations prévues. Il y analyse également les mutations profondes du Risk management, ainsi que les défis liés à la professionnalisation de la gestion des risques sur le continent. Pour lui, « le Risk management n’est plus une contrainte administrative, mais un levier stratégique de performance et de résilience ».

C’Finance (C.F) : La 7e édition des Rencontres Africaines du Risk Management (RARM) se tient les 2 et 3 juillet 2026, à Abidjan. Sous quel signe placez-vous cette édition ?

Sandé O. Fatola (S.O.F) : Les Rencontres Africaines du Risk Management (RARM) constituent aujourd’hui un rendez-vous panafricain majeur qui réunit les acteurs du risk management et du financement des risques : décideurs publics, assureurs, réassureurs, banques, courtiers, auditeurs et experts. L’objectif est de créer un espace de réflexion et de solutions autour des risques complexes auxquels sont confrontées les économies africaines.

Cette 7e édition est placée sous un double symbole : d’une part les dix ans du RIMRAE, et d’autre part, une maturité accrue du secteur. Nous passons clairement d’une phase de sensibilisation à une phase d’action structurée. Le programme de cette année mobilise plus de 50 intervenants et s’articule autour de 8 grands panels couvrant l’ensemble des enjeux stratégiques du continent.

C.F : Quels seront les principaux temps forts de cette édition 2026 ? Y a-t-il des innovations comparativement aux précédentes éditions ?

S.O.F : Le programme de cette édition est particulièrement riche et structuré autour de deux journées complémentaires. Le 2 juillet sera consacré à la gouvernance publique et privée. Il s’ouvrira par une conférence inaugurale du ministre Diarrassouba sur le PND 2026-2030, suivie de keynotes de dirigeants de groupes panafricains. Le Grand Panel 1 portera sur le partenariat État-secteur privé et la mobilisation des 114 000 milliards FCFA nécessaires aux ambitions de développement, avec une réflexion sur le rôle des champions nationaux.

Le 3 juillet sera dédié aux enjeux opérationnels. Le Grand Panel 2 abordera le financement et l’assurance des mégaprojets, avec la participation de Ouattara Djagana, DGA de SanlamAllianz. D’autres panels traiteront des assurances climatiques, de la cybersécurité et de la digitalisation des services assurantiels, notamment avec la contribution du ministre Abou Bamba.

Les innovations sont multiples et comprennent deux master classes pratiques sur la cartographie des risques et la continuité d’activité, un village d’exposition réunissant assureurs, banques, réassureurs et InsurTech, un RARM Challenge dédié à l’innovation en risk management, ainsi qu’un Gala des Africa Risk Management Awards couplé à la célébration des 10 ans du RIMRAE.

C.F : Qu'est-ce qui justifie le choix du thème de cette 7e édition des RARM : « Risk Management, pilier d'une Afrique résiliente, transformée et durable » ? 

S.O.F : Ce thème reflète une réalité incontournable :  celle que l’Afrique ne peut plus envisager son développement sans intégrer pleinement la gestion des risques dans ses modèles de gouvernance. Le risk management est devenu un facteur de transformation structurelle. Il ne s’agit plus seulement de protéger, mais de permettre aux organisations et aux États de se projeter dans la durée malgré l’incertitude.

Les sous-thèmes couvrent la gouvernance publique et privée, le financement des infrastructures via la synergie banque-assurance, la cybersécurité et la souveraineté numérique, les assurances climatiques et les mécanismes de mutualisation, la digitalisation des services avec l’intelligence artificielle, et le rôle des conseils d’administration dans la culture du risque. Des cas concrets issus de la Côte d’Ivoire, du Maroc et du Rwanda viendront illustrer ces dynamiques. Ils traduisent notre ambition.

Le Président du Réseau Ivoirien de Management des Risques et Assurances d'Entreprise (RIMRAE), Sandé O. Fatola : « l’Afrique ne peut plus envisager son développement sans intégrer pleinement la gestion des risques dans ses modèles de gouvernance. »

 

 C.F : Quels sont les acteurs attendus à ce rendez-vous continental sur le Risk management et quelles sont les conditions de participation, ainsi que vos objectifs en termes de participation ?

S.O.F : Nous attendons plus de 500 participants issus de l’ensemble de l’écosystème : directeurs généraux, risk managers, auditeurs, banquiers, assureurs, industriels et représentants d’institutions publiques. Plusieurs organisations professionnelles seront également présentes, notamment les associations du secteur financier et assurantiel (FANAF, ASA-CI, APBEFCI, CGECI, CCI).

L'inscription est ouverte à tous sur www.rimrae.com,  selon le nombre de places disponibles. L’objectif est double : atteindre une forte participation qualitative et positionner les RARM comme la plateforme continentale de référence sur les enjeux de gestion et de financement des risques.

C.F : Les RARM sont aujourd'hui considérées comme le principal rendez-vous africain consacré à la gestion et aux métiers du risque. Quels résultats concrets souhaitez-vous voir émerger de ces deux jours de réflexion et d'échanges ?

S.O.F : Nous attendons des engagements concrets et opérationnels. Il s’agit de l’adoption de clauses de révision des capitaux garantis, la création de comités risques dans les boards, et le lancement d'une formation pour adresser les écarts de couverture dans les programmes d'assurance.

Le Gala des Africa Risk Management Awards viendra récompenser les meilleures pratiques, tandis que le RARM Challenge mettra en lumière les projets les plus novateurs en matière de gestion des risques. Un rapport de synthèse sera publié et diffusé aux décideurs et les recommandations alimenteront les travaux de la FARMA de la FANAF et de la CIMA pour une harmonisation continentale.

C.F : À une semaine de l'événement, où en êtes-vous avec les préparatifs ? Le budget est-il bouclé ?

S.O.F : Tous les panels et intervenants sont confirmés (ministres, directeurs généraux, experts internationaux). Le budget est bouclé grâce à nos partenaires et sponsors. Le village d'exposition est complet, avec une vingtaine de stands. Les inscriptions battent leur plein avec déjà plus de 350 participants enregistrés. Le RARM Challenge a reçu une quarantaine de candidatures que nous sommes en train d'évaluer.

C.F : Les investisseurs accordent une attention croissante à la qualité des dispositifs de gestion des risques avant d'engager leurs capitaux. Dans quelle mesure le Risk management influence-t-il aujourd'hui l'attractivité économique des entreprises et des pays africains ?

S.O.F : Les investisseurs scrutent la qualité des dispositifs de gestion des risques avant d'engager leurs capitaux. Une entreprise ou un pays qui pilote ses risques est plus crédible, plus transparent et plus fiable. C'est un atout majeur pour attirer les financements, notamment dans le cadre du PND 2026-2030. Le Grand Panel 2 sur la synergie banque-assurance démontrera comment le risk management sécurise les mégaprojets et rassure les bailleurs. Le RARM Challenge illustrera cette dynamique en mettant en avant des projets qui allient innovation et maîtrise des risques.

C.F : Dans un contexte marqué par des crises multiples, peut-on dire que le Risk management est devenu une condition du développement africain ?

S.O.F : Oui, sans ambiguïté. Le Risk management est désormais une condition de résilience économique. Sans capacité d’anticipation et de gestion des risques, les États et les entreprises deviennent vulnérables aux chocs externes. À l’inverse, une bonne maîtrise des risques permet de maintenir l’investissement, de sécuriser les projets et de garantir la continuité des activités économiques.

C.F : Pendant longtemps, la gestion des risques a été perçue, surtout en Afrique, comme une simple fonction de conformité ou de contrôle, alors qu'elle est un véritable levier stratégique de gouvernance et de création de valeur. Cette perception réductrice a-t-elle évolué sur le continent ?

S.O.F : Elle évolue, mais pas assez vite. Les crises récentes et l'ambition des PND ont accéléré la prise de conscience : le Risk management n'est plus une fonction de conformité, mais un levier de gouvernance et de création de valeur. Les boards commencent à poser les bonnes questions, comme le montreront les panels sur la gouvernance stratégique et le rôle des Conseils d'administration animés par des experts de haut niveau.

C.F : Cette édition coïncide également avec les dix ans du RIMRAE. Quel bilan faites-vous de cette décennie d'existence de l'Association ?

S.O.F : En dix ans, nous sommes passés d'une petite association à un écosystème panafricain, avec la création de la FARMA (Fédération des Associations Africaines de Gestion des Risques), la formation de centaines de risk managers, auditeurs et chargés d'assurance, et l'organisation des RARM devenues le rendez-vous de référence.

La professionnalisation est en marche, mais nous devons encore essaimer vers les PME et les États. Cette édition anniversaire est l'occasion de célébrer ce chemin parcouru avec nos partenaires et de fixer le cap pour les dix prochaines années, avec des initiatives comme le RARM Challenge pour encourager l'innovation et la créativité des nouvelles générations.

C.F : Un dernier message à l’endroit des participants aux RARM 2026 ?

S.O.F : Cette édition est une étape charnière. Elle marque à la fois une décennie d’action et un nouveau cycle stratégique pour le Risk management en Afrique. Notre message est simple : il est temps de passer de la conscience du risque à la maîtrise du risque, et de la théorie à l’action. Les RARM 2026 doivent être un espace de décisions, d’engagements et de transformation réelle des pratiques.

Interview réalisée par la

Rédaction de C’Finance

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