Face aux répercussions économiques du conflit en cours au Moyen-Orient, Afreximbank a annoncé la mise en place d’un programme d’intervention d’urgence d’un montant de 10 milliards de dollars. Baptisé Gulf Crisis Response Programme (GCRP), ce mécanisme vise à protéger les économies africaines et celles de la région des Caraïbes contre les chocs provoqués par l’escalade des tensions dans le Golfe. La décision a été approuvée par le conseil d’administration de la banque en fin mars 2026.
Le conflit déclenché le 28 février 2026 au Moyen-Orient qui oppose les Etats Unis et l’Israel à l’Iran a déjà provoqué des perturbations importantes dans l’économie mondiale, en raison du rôle stratégique de la région dans l’approvisionnement international en pétrole, en gaz naturel liquéfié et en engrais. Le détroit d’Ormuz, couloir maritime essentiel pour le commerce énergétique mondial, constitue également un point névralgique dont la stabilité influence directement les flux commerciaux internationaux.
Pour les économies africaines et celles de la Caribbean Community, ces tensions représentent un risque significatif. De nombreux pays du continent et des Caraïbes restent fortement dépendants des importations de carburant, d’engrais et de denrées alimentaires. Les perturbations logistiques ou la hausse des prix internationaux peuvent ainsi rapidement se traduire par des pressions inflationnistes et des tensions sur les balances de paiement.
Assurer la continuité des importations stratégiques
Le programme d’intervention d’urgence d’Afreximbank, d’un montant de 10 milliards de dollars, dénommé Gulf Crisis Response Programme (GCRP)vise en priorité à assurer la continuité des importations stratégiques. La banque prévoit notamment de fournir des devises et des liquidités à court terme, afin de permettre aux États membres les plus vulnérables de financer l’achat de carburant, de gaz naturel liquéfié, de produits alimentaires, d’engrais ou encore de produits pharmaceutiques.
Au-delà de cette dimension d’urgence, le mécanisme prévoit également un soutien aux entreprises et aux institutions financières, afin de limiter les perturbations commerciales et préserver la stabilité économique.
Dans le même temps, Afreximbank entend permettre aux pays exportateurs africains d’énergie et de minerais de tirer parti de la hausse des prix mondiaux et de la réorientation des flux commerciaux. À travers des financements pré-exportation, du fonds de roulement ou des mécanismes de financement des stocks, la banque souhaite accroître les capacités de production et d’exportation de matières premières stratégiques des Etats.
Le programme prévoit également une assistance spécifique aux pays dont les secteurs du tourisme et de l’aviation sont particulièrement exposés aux conséquences économiques du conflit. Les perturbations des flux internationaux de voyageurs et l’augmentation des coûts énergétiques peuvent en effet peser lourdement sur ces activités.
Renforcer la résilience structurelle
Pour le Président d’Afreximbank et du Conseil d’administration de la banque, Dr George Elombi, cette initiative s’inscrit dans la mission même de l’institution. « Ce programme d’intervention face à la crise est en phase avec notre ADN. Nous comprenons le fonctionnement de nos économies et les difficultés liées à ces crises transitoires. Il aidera les pays africains à s’adapter à la crise tout en renforçant leur résilience face aux chocs futurs », a-t-il déclaré.
Au-delà de la réponse immédiate à la crise, le programme vise également à renforcer la résilience structurelle des économies africaines et caribéennes. Afreximbank prévoit ainsi d’accélérer la mise en œuvre de projets d’infrastructures énergétiques, portuaires et logistiques dont l’achèvement a été retardé par les tensions géopolitiques.
Cette stratégie s’appuie sur l’expérience de la banque dans la gestion de crises économiques internationales. Au cours des dernières années, Afreximbank a déjà déployé plusieurs mécanismes d’urgence pour soutenir ses États membres face à des chocs majeurs, notamment la crise des matières premières de 2015-2016, la pandémie de COVID-19 et les perturbations liées à la guerre en Ukraine.
L’institution prévoit également de coordonner sa réponse avec plusieurs partenaires internationaux, notamment la Commission économique de Nations Unies pour l’Afrique (CEA), la Commission de l’Union africaine le secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf)et celui de la CARICOM, afin de renforcer la coopération régionale en matière de sécurité énergétique, de résilience commerciale et de diversification des chaînes d’approvisionnement.
Estelle KONKOBO






