A l’occasion des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), tenues du 25 au 29 mai 2026 à Brazzaville, un dialogue de haut niveau a réuni la Banque, la Société civile, les Philanthropies et la Diaspora du continent le 28 mai 2026. L’événement a abouti à un engagement des partenaires stratégiques de la société civile, de la diaspora et des philanthropes dans la mise en œuvre de la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD).

A la suite des engagements pris à Abidjan le 4 mai dernier pour la réalisation de la Nouvelle Architecture Financière Africaine pour le Développement (NAFAD), le groupe de la Banque Africaine de Développement (BAD) a mis à profit la tenue de ses Assemblées annuelles 2026 du 25 au 29 juin à Brazzaville, pour tenir une rencontre de Haut niveau avec de la Société civile africaine, de la Diaspora et des Organismes philanthropes du  continent pour adopter la feuille de route visant à organiser l’implication et l’engagement citoyen de ces acteurs clés proches des communautés  dans la mise de  la NAFAD. Pour ce faire, ce cadre de dialogue a porté sur le thème : « optimiser le rôle de la Société civile, de la Diaspora et des Philanthropies pour accroitre le financement du développement en Afrique à grande échelle dans un monde fragmenté ».  

Cette rencontre de haut vol a servi de cadre pour entendre des voix  d’acteurs de premier plan dont le Conseiller spécial du Président de la BAD et Coordonnateur de la NAFAD, Didier Acouetey, la directrice exécutive de One Campaign, Serah Makka, la Cheffe de division Société civile et Engagement communautaire du Groupe de la BAD, Zéneb Touré et la Co-fondatrice du Think Tank Manssah, Fatoumata Sidibé Diarra  et le Conseiller technique Souleymane Nabolé, représentant le ministre burkinabè de l’Economie et des Finances, Dr Aboubakar Nacanabo ; avec la modération engagée du Chargé en chef politique et plaidoyer du Groupe de la BAD, Luther Yaméogo. 

Pour le Président de la BAD Sidi Ould Tah, la société civile est une « vigie bienveillante » indispensable pour corriger les actions de la Banque. 

 

La session a été introduite à travers une allocution du Président Sidi Ould Tah qui a souligné la résilience de l'Afrique avec une croissance projetée à 4,3 % en 2026 et défini sa vision du financement du développement à travers la NAFAD, devant se traduire par la mise en œuvre des instruments financiers répondant au contexte du continent. « Notre Afrique ne peut se transformer et transformer son destin qu’avec des instruments conçus pour nos propres réalités », a-t-il souligné.

Changer le narratif

Cette transformation du continent repose sur vision du développement du continent articulée autour des principes clés : complémentarité, subsidiarité, coordination et transformation des risques. Et pour le Président, la société civile est une « vigie bienveillante » indispensable pour corriger les actions de la Banque.

Les quatre experts ont ensuite approfondi leurs analyses sur l'opérationnalisation de cette vision au cours du panel. Le Coordonnateur de la NAFAD, Didier Acouetey, a rappelé que l'Afrique dispose de 4 000 milliards de dollars d’épargne, mais manque de relais pour les acheminer vers les investissements productifs pour le bonheur des populations. Il a insisté sur la nécessité de mettre en place des mécanismes de garantie permettant de rassurer les banquiers, car, le besoin de financement des PME, s’élevant à plus de 300 milliards de dollars, est d’une urgence capitale.

Le panel de haut niveau a été animé par d’acteurs de premier plan, à savoir le Conseiller spécial du Président de la BAD et Coordonnateur de la NAFAD, Didier Acouetey (milieu), la directrice exécutive de One Campaign, Serah Makka (2e gauche), la Co-fondatrice du Think Tank Manssah, Fatoumata Sidibé Diarra (2e à droite)  et le Conseiller technique du ministre burkinabè de l’Economie et des Finances, Souleymane Nabolé 1er à gauche), sous la modération engagée du Chargé en chef politique et plaidoyer du Groupe de la BAD, Luther Yaméogo (1er à droite).

 

La NAFAD doit aussi revoir le narratif du financement pour l’adapter au continent, selon la directrice exécutive de One Campaign, Serah Makka. Elle a dénoncé une architecture mondiale héritée de 1945 qui ne « marche pas pour l'Afrique » ; car elle définit le risque selon des normes européennes. Pour elle, il y a lieu de « changer le narratif par rapport à ce que l'Afrique fait pour elle-même ». Quant à la Co-fondatrice du Think Tank Manssah, Me Fatoumata Sidibé Diarra, l'Afrique doit enfin mettre en place un système portant ses propres ambitions. Pour elle, la NAFAD se distingue par son caractère holistique, car elle inclut les enjeux sociaux du développement du continent comme la santé, l’éducation, l’emploi. Elle a donc appelé à « repenser l'Afrique [...] pour inspirer le monde ».

La société civile, une vigie de souveraineté

Cas concret, en parfaite cohérence avec les ambitions portées par la BAD et susceptible d’inspirer des mesures novatrices devant permettre la réussite de la NAFAD, les « Diaspora Bond » du Burkina Faso ont été présentés par le Conseiller technique du ministre de l’Economie et des finances, Souleymane Nabolé. Cette ’initiative des « Diaspora Bonds » vise à lever 240 milliards de FCFA en deux opérations successives à travers l’émission d’obligations d’une valeur nominale de 10 000 FCFA à l’intention de la diaspora burkinabè mais aussi africaine. Mr Nabolé a présenté également d’autres initiatives de mobilisation financière endogène telles que le Fonds de soutien patriotique qui a permis de réunir plus d’un milliard de dollars en trois ans de mise en œuvre, soit environ 500 milliards F CFA, pour le financement de la lutte contre le terrorisme.

Les clés de réussite de telles innovations ambitieuses demeurent l’engagement citoyen favorisé par la transparence dans la gestion des finances publiques et la lutte contre la corruption. Et le succès du modèle d’architecture financière burkinabè repose également sur le choix des autorités burkinabè de miser sur la digitalisation, les réformes législatives, réglementaires et institutionnelles pour optimiser la gestion des ressources publiques. Sur le rôle de la société civile, Souleymane Nabolé a indiqué que le continent a besoin d’une « veille citoyenne patriotique » afin d'aider les politiques à opérer des choix audacieux, productifs, à impact.

Le panel a pris fin avec la Déclaration de Brazzaville, un engagement de co-construction par lequel la société civile, la Diaspora et les organisations philanthropiques entérinent la NAFAD comme cadre structurant de développement du continent. Elles s'engagent à diffuser l'information au plus près des communautés et demande à la BAD d'associer les acteurs civils dès la conception des projets, et appellent également à une analyse fine des flux de la diaspora pour les orienter vers l'émergence africaine.

Mouni N’GOLO

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