À l’approche de la deuxième édition des BOAD Development Days, la Banque Ouest-Africaine de Développement a tenu une conférence de presse pour détailler sa stratégie visant à répondre à l’urgence de l’habitat. Face à une croissance démographique de 3 % par an et à une population urbaine qui devrait atteindre 300 millions d’habitants d’ici 2050 dans la zone UEMOA, la Banque de développement veut impulser un changement de modèle économique et social.

Pour répondre aux besoins cruciaux en logement en Afrique de l’Ouest, estimés par la Banque Mondiale un déficit criant de près de 4 millions d’unités de logement, avec un besoin de 250 000 nouvelles unités chaque année, la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) veut changer de paradigme et associer habitat durable accessible aux ménages moyens et énergie.

En prélude à la tenue des BOAD Development Days, l’institution a organisé une conférence de presse le vendredi 5 juin 2026 au cours de laquelle les directeurs sectoriels en charge du logement, de l’énergie et du développement durable de l’institution ont présenté les grandes lignes de l’évènement qui se tient les 11 et 12 juin prochains à Lomé au Togo, les attentes de la BOAD et les perspectives.

La conférence a été animée par trois directeurs sectoriels au cœur des travaux des BOAD Development Days de cette année. Il s’agit du Directeur du département des énergies et des ressources naturelles, Oumar Tembely, le Directeur du département santé, éducation et immobilier, Emmanuel Cheik Oumar Barry et le Responsable du département financement du développement durable, Mubarak Mukaila.

Entre autres points d’échanges avec la presse, les différents responsables ont relevé le caractère transversal de l’énergie pour les populations de l’espace sous-régional. Pour la BOAD, construire des logements sans garantir une solution énergétique viable est un non-sens. Le directeur en charge du secteur énergétique, Omar Tembely a rappelé que 75 millions de personnes dans l'Union n’ont toujours pas accès à l'électricité.

Selon le responsable du département  immobilier de la BOAD, Emmanuel Cheik Oumar Barry, l'institution communautaire a investi plus de 100 milliards dans des programmes de logements sociaux au Bénin et en Côte d'Ivoire.

 

Cette démarche de l’organisme communautaire intègre des solutions pour les zones rurales, par le biais d’investissements dans des programmes énergétiques hors réseau, notamment les mini-centrales et les kits solaires.

La question de l'accès à l’eau a également été soulevée et il est ressorti que la BOAD déploie actuellement des solutions de forages multi-villages alimentés par énergie solaire, comme c’est le cas en Côte d’Ivoire, pour alléger notamment la corvée d’eau des femmes.

Au-delà des chiffres, des solutions concrètes

La conférence de presse a servi aussi de cadre pour que la Banque précise ses capacités réelles d'action. Le Directeur du département Immobilier de la BOAD, Emmanuel Cheik Oumar Barry, a cité en exemple le projet emblématique de Ouedo au Bénin, où la BOAD a investi plus de 100 milliards de FCFA.

Pour éviter les écueils des programmes de logements sociaux, la Banque mise sur quatre « clés de succès » essentielles : la qualité des études techniques pour maîtriser les coûts, l'indemnisation juste des personnes affectées par les projets, la viabilisation complète (accès à l'eau, électricité, assainissement), l'accessibilité aux transports pour désenclaver les nouvelles cités.

Le financement du logement a été également au cœur des échanges. La BOAD a détaillé son mécanisme de mixage, qui consiste à mobiliser des ressources concessionnelles auprès de fonds internationaux à l’image du Fonds Vert pour le Climat pour les combiner avec des ressources de marché. Ce mélange permet de proposer des taux d'intérêt bonifiés et des maturités plus longues, indispensables pour le secteur immobilier. De plus, il y a la synergie avec la Caisse Régionale de Refinancement Hypothécaire de l’UEMOA (CRRH-UEMOA).

En agissant sur l'offre (construction de logements) et sur la demande (refinancement des crédits acquéreurs), la BOAD a déjà permis à plus de 120 000 bénéficiaires, dont 30 % de femmes, d'accéder à la propriété.

Collectivités territoriales et durabilité

Une attention a été portée en outre au rôle des collectivités locales. Ces acteurs locaux sont jugés cruciaux pour la planification urbaine et la maîtrise foncière. Bien que la BOAD ne finance pas toujours directement les collectivités locales, elle met en place des solutions de garanties partielles pour leur permettre de lever des fonds sans peser sur la dette souveraine des États.

Et pour assurer la durabilité des programmes de logements sociaux, la Banque applique des normes strictes. Chaque projet est soumis à des études d'impact environnemental et social avec un suivi rigoureux pour s'assurer que le développement présent ne compromette pas les générations futures.

Interrogée sur ses perspectives en lien avec les conclusions de la première édition des BOAD Development Days, l’institution assure qu’elles « n’ont pas fini dans un tiroir ». Les dernières conclusions ont servi de socle à l’élaboration du nouveau plan stratégique « Djoliba… la suite » (2026-2030). Ce plan prévoit d'injecter 6 500 milliards de FCFA dans l'économie régionale, doublant ainsi les ambitions de la Banque, notamment dans les secteurs de l'immobilier et du développement social.

Les BOAD Development Days visent à sortir de la théorie pour formuler trois ou quatre actions phares par panel, que la Banque s'engage à implémenter immédiatement pour transformer le visage urbain de l'Afrique de l'Ouest.

Mouni N’GOLO

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