L’agence panafricain de notation financière, Bloomfield Investment Corporation, a maintenu la note souveraine de long terme de la Guinée Équatoriale à « BBB » (note d’investissement) avec une perspective stable. Le pays sort de la récession, cependant, sa forte dépendance aux hydrocarbures et le poids du service de la dette restent des points de vigilance majeurs, selon l’Agence.
À l’issue de son dernier comité de notation, Bloomfield Investment Corporation, a décidé de confirmer les notes de la Guinée Équatoriale en monnaie locale. Le pays conserve donc la note de BBB à long terme et de A2 à court terme, toutes deux assorties d’une perspective stable. Ce maintien en catégorie d'investissement s'appuie sur des facteurs de protection jugés appropriés pour des investissements prudents, malgré une variabilité liée aux cycles économiques.
L’agence fondée par Stanislas Zézé souligne plusieurs points positifs, notamment un endettement public modéré dominé par la dette domestique, un excédent commercial contenu et la poursuite de réformes structurelles visant à améliorer la gestion des finances publiques.
Après une année 2023 marquée par une récession de -5,1 %, l’économie équato-guinéenne amorce un redressement progressif avec une croissance établie à +3,4 % en 2024. Toutefois, cette reprise reste timide en raison de la faible performance du secteur pétrolier (+0,4 %), pénalisé par le déclin naturel des champs matures.
Bloomfield considère particulièrement la structure des revenus de l'État équato-guinéen qui reflète cette vulnérabilité. En effet, bien que la part des revenus non pétroliers soit passée de 14 % à 19 % entre 2023 et 2024, le secteur des hydrocarbures domine toujours les ressources budgétaires à hauteur de 81 %. Cette situation illustre l’impact encore limité des politiques de diversification économique engagées depuis 2019, analyse l’Agence.
S’agissant des signes d’alerte, Bloomfield met le curseur sur des tensions dans le paysage budgétaire. Les ressources budgétaires à fin 2024 ont reculé de 15 %, principalement en raison de la chute de 51 % des recettes fiscales pétrolières, portant le solde budgétaire dans une marge déficitaire à -0,56 % du PIB, contre un excédent de 2,38 % en 2023. Ce déficit reste néanmoins conforme aux critères de convergence de la zone CEMAC.
Vigilance accrue sur le service de la dette
Le point d'attention majeur concerne la soutenabilité de la dette. Si le ratio dette/PIB est en baisse à 33,5 %, le service de la dette absorbe désormais 71,1 % des recettes fiscales. Cette hausse significative, par rapport aux 52,82 % de 2022, fait peser un risque sur la capacité de financement de l'État.
L’agence de notation ne perd pas de vue pour autant les mesures mises en place par les autorités pour assainir le cadre financier, notamment le plan d’apurement des arriérés intérieurs, estimés à plus de 536 milliards de FCFA, s’étalant sur dix ans dès 2025, avec une priorité accordée au secteur bancaire pour relancer le crédit à l’économie.
Malgré ces défis, la Guinée Équatoriale bénéficie d'un regain de confiance sur les marchés financiers de la CEMAC. En 2024, le taux de souscription aux titres publics a bondi à 85,4 %, contre seulement 43,2 % l'année précédente. De plus, de grandes compagnies pétrolières manifestent un intérêt renouvelé à travers la renégociation de contrats d’exploration.
Le pays poursuit aussi son Agenda 2035 avec le soutien du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque Africaine de Développement (BAD). Les réformes en cours, telles que le nouveau Code Général des Impôts et l’interconnexion des régies financières, sont des signaux positifs en matière de transparence qui vont stimuler des secteurs clés comme l'agro-industrie, le tourisme et l'énergie, selon Bloomfield.
Pour l'agence panafricaine de notation, la trajectoire future de la Guinée Equatoriale dépendra de la capacité de l'État à transformer ces réformes en résultats concrets pour réduire l'exposition du pays aux chocs pétroliers et à consolider la gestion de sa dette.
Mouni N’GOLO






