Les acteurs économiques publics et privés de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) examinent, du 19 au 21 mai 2026, à Ouagadougou, dans le cadre d’un atelier de validation, les conclusions d’une étude régionale stratégique sur le secteur informel. Commanditée par la Chambre consulaire régionale de l’UEMOA (CCR-UEMOA), l’objectif affiché est de construire une approche harmonisée de la formalisation progressive des activités économiques dans une région où l’informalité concentre encore l’essentiel des emplois et une part importante de la richesse produite.
À Ouagadougou, les regards des acteurs économiques sont tournés vers une problématique caractéristique des économies ouest-africaines : le poids du secteur informel et les défis liés à sa transition vers une économie davantage formalisée, inclusive et compétitive. Ern effet, la capitale burkinabè abrite, du 19 au 21 mai 2026, l’atelier de validation de l’étude globale sur l’état des lieux du secteur informel dans les États membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et au niveau sous-régional.
Organisée par la Chambre consulaire régionale de l’UEMOA (CCR-UEMOA), la rencontre réunit des représentants des institutions communautaires, des chambres consulaires, des experts, des partenaires techniques et financiers ainsi que des représentants des États membres autour d’un enjeu devenu central dans les politiques économiques régionales. Cette étude s’inscrit dans le cadre du plan stratégique 2020-2030 de l’institution et vise à proposer un plan d’action quinquennal destiné à accompagner progressivement la transition vers une économie plus formalisée.
L’informalité demeure la principale réalité économique et sociale dans l’Union. « Dans notre espace communautaire, neuf travailleurs sur dix exercent dans l’économie informelle », a déclaré le directeur de cabinet, représentant le commissaire chargé du Département du développement de l’entreprise, des mines, de l’énergie et de l’économie numérique (DEMEN) de l’UEMOA, Guynand Maxime-Thierry Kouamé.
Une économie informelle à structurer plutôt qu’à combattre
Selon les résultats de l’enquête régionale intégrée sur l’emploi et le secteur informel conduite par AFRISTAT entre 2017 et 2018, le taux d’emploi informel dans la zone UEMOA atteint 92 % et demeure à 89,6 % même hors agriculture. « Ce e n’est pas une anomalie en voie de correction. C’est la réalité constitutive de nos marchés du travail depuis des décennies », a-t-il laissé entendre.
Au-delà de sa dimension sociale, l’informalité constitue également un enjeu macroéconomique majeur. Citant les estimations de la Banque mondiale, le représentant de la Commission de l’UEMOA a rappelé que les pays à forte informalité perdent entre cinq et douze points de PIB en recettes publiques potentielles, limitant les capacités de financement des services sociaux de base et des politiques publiques.
Tous les acteurs sont unanimes que la formalisation du secteur informel ne peut être pensée sous le seul prisme fiscal, administratif ou coercitif. L’enjeu désormais est d’organiser une transition progressive permettant d’intégrer les acteurs informels dans une dynamique de croissance durable. « La question n’est donc pas de supprimer l’informalité, mais d’organiser une transition progressive et équitable vers une économie davantage formalisée », a soutenu M. Kouamé, qui voit dans ce secteur « un gisement réel d’entrepreneuriat, de résilience et de dynamisme productif ». Le coût de cette informalité est réel et documenté, avec les femmes et les jeunes qui demeurent les catégories les plus exposées à la vulnérabilité économique dans ce système.
Entre 49 et 92 % du produit intérieur brut
Même lecture du côté de la Chambre consulaire régionale de l’UEMOA. Représentant la présidente de la CCR-UEMOA, le vice-président Adama Ouédraogo a rappelé que le secteur informel représente, selon les estimations de l’étude, entre 49 et 92 % du produit intérieur brut selon les pays et absorbe entre 70 et 90 % des emplois. « Derrière ces chiffres se trouve une réalité humaine et sociale profonde. Des millions de femmes, d’hommes et de jeunes tirent quotidiennement leurs revenus d’activités exercées dans le commerce, l’artisanat, l’agriculture, les transports ou les services », a-t-il souligné.
Pour sortir de cette informalité, le rapport provisoire met notamment l’accent sur la simplification administrative, l’accès au financement, la digitalisation des services, le renforcement de la protection sociale et le développement des capacités entrepreneuriales. « La formalisation ne doit pas être perçue comme une contrainte, mais plutôt comme une opportunité d’amélioration des conditions d’activité et de vie des acteurs économiques », a soutenu le représentant du ministre burkinabè de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, Seydou Tou, par ailleurs Directeur général de la Chambre de Commerce et d’industrie du Burkina Faso (CCI-BF).
Produire un véritable outil de politique publique
Au-delà du diagnostic, les participants sont appelés durant ces trois jours à enrichir les recommandations de l’étude afin d’aboutir à un document opérationnel susceptible d’orienter les politiques publiques régionales. L’ambition affichée par la CCR-UEMOA est de faire émerger, à l’horizon 2035, un environnement des affaires capable d’accélérer la transition progressive du secteur informel vers le secteur formel dans l’espace communautaire.
Invite a été faite aux experts d’examiner les conclusions du rapport avec rigueur, d'enrichir les recommandations pour qu'elles soient directement opérationnelles.
Car l’enjeu dépasse la seule formalisation administrative. Il s’agit de renforcer la compétitivité des économies ouest-africaines, d’élargir l’assiette fiscale, d’améliorer la protection sociale des travailleurs et de créer des mécanismes plus inclusifs de financement et d’accompagnement des petites activités économiques.
Estelle KONKOBO





