La Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) a soumis à consultation, mardi 23 juin 2026, un projet de règlement destiné à renforcer la gestion de la liquidité des établissements de microfinance de la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC). Le texte introduit de nouvelles modalités de calcul du ratio de liquidité, impose un suivi plus rigoureux de la trésorerie et prévoit des tests de résistance pour évaluer la capacité des institutions à faire face aux tensions de financement. Cette réforme intervient dans un contexte de progression des performances du secteur qui a dégagé un bénéfice net cumulé de 22 milliards de FCFA en 2024, mais reste exposé à des fragilités en matière de gouvernance, de conformité et de gestion des risques.

À l’heure où les établissements de microfinance occupent une place croissante dans le financement de l’économie et l’inclusion financière en Afrique centrale, la question de leur solidité financière devient un enjeu prudentiel majeur. C’est dans cette logique que la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC) poursuit le renforcement de son arsenal réglementaire en soumettant à la profession bancaire et financière de la Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC) un projet de texte consacré à la liquidité des établissements de microfinance. L’objectif affiché est clair : s’assurer que ces institutions disposent, en permanence, des ressources nécessaires pour honorer leurs engagements vis-à-vis des déposants et absorber d’éventuels chocs de trésorerie.

Réunis autour de ce projet, le mardi 23 juin 2026, les acteurs du secteur ont examiné les principales innovations du dispositif qui s’inscrit dans le prolongement de la réforme prudentielle engagée depuis plusieurs années par le régulateur sous-régional.

Mesurer la capacité des EMF à faire face à leurs engagements

Au cœur du projet figure la refonte des modalités de calcul du ratio de liquidité, un indicateur central pour apprécier la capacité d’un établissement à faire face à ses obligations à court terme. Les discussions ont porté sur la définition des actifs rapidement mobilisables, notamment l’argent en caisse, les dépôts à la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) ou encore certains placements liquides, ainsi que sur les passifs exigibles à brève échéance, tels que les dettes et autres engagements à court terme.

Le texte prévoit également un encadrement plus strict de la gestion de trésorerie. Chaque établissement de microfinance devra mettre en place des procédures de suivi quotidien des flux financiers, afin d’anticiper les besoins de financement et de mieux gérer les périodes de tension. Les travaux ont aussi abordé le traitement des opérations comptables en attente de régularisation, ainsi que les modalités d’ouverture de comptes par les établissements de microfinance auprès de la BEAC.

Des stress tests pour éprouver la résilience du secteur

Autre innovation majeure, c’est l’introduction de stress tests de liquidité. Ces simulations doivent permettre d’évaluer la capacité d’un établissement à résister à des scénarios de tension, notamment en cas de retraits massifs de dépôts par les clients ou de choc sur les flux de trésorerie. En d’autres termes, la COBAC veut passer d’une logique de simple conformité comptable à une approche plus prospective de la supervision, fondée sur l’anticipation des risques et la prévention des crises de liquidité.

À l’issue des échanges, plusieurs ajustements techniques ont été apportés au projet, notamment sur les catégories d’actifs et de passifs à retenir dans le calcul du ratio, ainsi que sur les échéances de référence.

Cette réforme intervient alors que la microfinance en zone CEMAC affiche une amélioration de ses résultats. En 2024, les établissements de la sous-région ont enregistré un bénéfice net cumulé de 22 milliards de FCFA, soit environ 38 millions de dollars. À eux seuls, le Congo et le Cameroun ont concentré près de 80 % de ce résultat. Avec 13,2 milliards de FCFA de bénéfice net, en hausse de 32 %, le Congo s’est classé au premier rang, devant le Cameroun qui a dégagé 5,24 milliards de FCFA, en progression de 54,5 %. Le Cameroun demeure par ailleurs le principal marché de la microfinance de la sous-région, avec 384 établissements agréés sur les 521 recensés dans la CEMAC, soit 73,7 % du total.

Un secteur rentable, mais encore vulnérable

Mais derrière cette dynamique, le secteur continue de faire face à des défis structurels en matière de gouvernance, de contrôle interne, de conformité et de gestion des risques. Les nouvelles dispositions sur la liquidité s’inscrivent ainsi dans une stratégie plus large d’assainissement et de professionnalisation d’un secteur devenu un maillon important du financement de proximité et de l’inclusion financière dans la sous-région.

En parallèle du projet de règlement sur la liquidité des établissements de microfinance, la COBAC a également soumis à consultation huit autres projets de textes portant notamment sur les services de paiement, le service bancaire minimum garanti, le traitement des impayés de crédit, la supervision des établissements de microfinance de première catégorie, l’encadrement des caisses de dépôts et consignations ainsi que la gestion des comptes inactifs et des avoirs en déshérence.

Estelle KONKOBO

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