Partie du quartier Katr_Yaar de Ouagadougou, où elle avait un petit salon de coiffure de fortune, Yasmine Ouédraogo est aujourd’hui propriétaire d’une chaine de salons de coiffure dénommée Yasmin’s Beauty Salon, qui emploie plus de 150 personnes, dans le New-Jersey, aux Etats-Unis d’Amérique (USA). Entrepreneure inspirante, elle fait partie de cette Diaspora qui fait la fierté du Burkina Faso aux USA. Son quatrième salon, d’une capacité d’accueil de plus de 120 personnes, ouvert officiellement le 16 mai 2026, en présence de l’ambassadeur du Burkina Faso aux USA, Kassoum Coulibaly, et du maire de la ville, lui a coûté un investissement de plus d’un million de dollars, soit environ 500 millions F CFA.  Dans cette interview accordée à C’Finance, Mme Ouédraogo revient sur ses débuts dans la coiffure au Burkina Faso et aux USA, les facteurs de sa réussite dans ce métier, et ses projets aussi bien en Amérique que dans son pays natal. Zoom sur le parcours inspirant d’une femme battante, de foi et conviction, qui met Dieu l’humain au centre de tout !

C’Finance  (C.F) : Vous avez officiellement ouvert votre 4e Salon le 16 mai 2026, dans le New-Jersey, aux USA. Pouvez-vous présenter ce nouveau salon ?

Yasmine Ouédraogo (Y.O) : Après mes 1er, 2e et 3e Salon qui refusaient toujours du monde, j’ai décidé d’ouvrir un 4e salon. Mais, au lieu de continuer à ouvrir de petits salons, je me suis dit, pourquoi ne pas faire un grand salon qui va contenir plus de 100 personnes. Et au lieu que je loue un local, avec tous les problèmes qui vont avec, qui peuvent surgir à tout moment (le bailleur peut te dire un jour de partir), j’ai décidé de payer tout le bâtiment. J’ai mis ce projet en prière et Dieu m'a permis d'acheter deux magasins que j'ai cassés, arrangés pour en faire un grand magasin.

Le bâtiment, l'aménagement et les équipements m’ont coûté plus d'un million de dollars, soit environ 500 millions F CFA. Cet investissement était nécessaire pour créer un cadre de travail agréable, confortable pour mes employés mais surtout pour les clients, où tout le monde sera à l’aise. C’est un salon qui peut contenir 122 personnes. Malgré la grandeur de ce quatrième salon, le cinquième salon viendra, s’il plaît à Dieu ! Car, déjà on n’arrive pas à contenir le monde. Pour l’ensemble des quatre salons, j’ai plus de 150 employés. Au niveau de ce dernier salon, c’est plus de 67 personnes qui travaillent : les secrétaires, les coiffeuses, celles qui nettoient, et celles qui font les reçus.

C.F : Quelle est la particularité de ce quatrième salon par rapport aux trois autres ?

Y.O : Le salon est différent des trois premiers, car il est le premier salon que j'ai pu acquérir, avec toutes les formalités administratives qui vont avec. Au niveau des trois premiers salons, c’est comme si j’étais encore dans la débrouillardise. Ce salon est plus spacieux, avec plus de confort, de commodités, pour tout le monde. Il comprend, au niveau du sous-sol, une salle de repos pour les employés, des toilettes, des douches et une mosquée. J’ai aussi investi dans la qualité des équipements, qu’il s’agisse des chaises, des miroirs, des lumières, etc., ce sont des matériels spécifiques, de dernière génération. J’ai un staff devant le salon, chargé d’accueillir les clients, les faire asseoir, leur demander ce qu'ils veulent.  

J’ai également des employés qui ont uniquement pour tâches de rendre le salon permanemment propre. Au niveau de ce salon, le travail est très bien organisé. Tout est fait en sorte que quand un client y met le pied, qu’il n’ait plus envie d’aller voir ailleurs !  

C.F : Quel sentiment vous anime après l’ouverture de ce 4e Salon, surtout devant les autorités Burkinabè, notamment l’ambassadeur du Burkina Faso aux Etats Unis, le maire de la ville et une forte communauté de la Diaspora burkinabè ? 

Y.O : Je ne sais pas comment exprimer cette grande joie qui m’animait ce jour. J’étais très émue, très surprise. Je ne savais pas que ce que je faisais était si grand.

Quand je remonte le temps pour voir d’où je suis venue, de mon petit salon de Katr-Yaar où personne ne me connaissait et voir qu’aujourd’hui tout ce monde, toutes ces personnalités, l'ancien ambassadeur, le maire de la ville, les consuls… avec l’actuel ambassadeur du Burkina Faso aux Etats-Unis en tête, qui a quitté Washington, sont là pour moi, je n’en revenais pas.

L'ensemble des quatre salons de Yasmine Ouédraogo emploie plus 150 personnes. 

 

Ma mère aimait dire que chacun récolte ce qu’il a semé. Depuis Katr-Yaar, j’ai toujours été quelqu’un qui a de l’amour pour son prochain, aime partager avec les autres.

En venant aux Etats-Unis, j’ai fait la promesse que si j’ai la bénédiction de Dieu, je serai toujours au service des autres. Tout ce que j’ai pu réaliser, c’est grâce à la volonté de Dieu, sinon, je ne suis pas plus forte ou la plus intelligente que les autres.

Je suis toujours dans cet élan de partage. Certes, je ne peux pas résoudre tous les problèmes des gens, mais quand je peux contribuer à impacter la vie d’autrui, je n’hésite pas à le faire. Et chaque fois que je partage, Dieu me bénit en retour. C’est tout cela qui m’a permis d’être là où je suis aujourd’hui.

C.F : Après cette ouverture officielle, quelle est l’affluence au niveau de ce nouveau Salon ?

Y.O : Avant l'ouverture officielle, on a fait ce que les Américains appellent soft opening. Et le premier jour de cette  ouverture symbolique, malgré la grandeur du salon, on ne pouvait pas contenir le monde. L’affluence a été ainsi jusqu'à ce qu'on fasse le grand opening, l’ouverture officielle. De la manière dont j'aide les gens en Afrique, c'est la même chose que je fais avec les Américains ici. Les gens me soutiennent, viennent dans mon salon pour ma générosité envers les autres.

Les jours ouvrables, du lundi au jeudi, nous avons entre 60 et 70 clients par jour. Mais au cours des week-end, l’affluence de la clientèle est incalculable. Nous ouvrons de 7 heures à 17 heures, nous ne travaillons pas 24 heures sur 24 comme certains salons. Nous avons des employés qui sont des femmes mariées, qui ont des enfants, il faut leur permettre de se reposer.

C.F : Votre salon est-il ouvert à toutes les couches sociales, à toutes les bourses ?

Y.O : C'est le salon le moins cher. Toute personne qui vient chez nous, quel que soit ce qu’elle a, nous nous occupons bien d’elle.  Même les clients le disent : « quand on vient chez Yasmine, le travail est toujours bien fait, et le prix n'est pas cher » !

J’ai coiffé plein de clients qui venaient avec leurs enfants. Aujourd’hui, ces mêmes enfants ont grandi, se sont mariés et viennent à leur tour au Salon, avec leurs enfants.

C.F :  Quand vous dites que vous n’êtes pas cher, quels sont vos prix ?

Y.O : Le prix minimum par tête est de 200 dollars, soit environ 100 000 F CFA. Le prix maximum par tête est de 400 dollars, soit environ 200 000 F CFA.  Nous sommes spécialisées dans les coiffures africaines, les nattes traditionnelles. Celles qui veulent venir faire la coiffure en Amérique, je leur conseille d’apprendre les coiffures africaines, ce que les femmes font dans les villages, dans les petits marchés.

 C.F : Qui sont vos clients ?

Y.O : Il y des clients qui se constituent en groupes et qui viennent en bus pour se faire natter. 80% de notre clientèle sont des Américaines noires. On a les Espagnols aussi. Les Burkinabè, les Africaines en général, chacune a une amie qui natte et préfère aller là-bas. Cela dit, il y a tout de même des Burkinabè qui viennent, des Ivoiriennes, des Ghanéennes, des Nigérianes… bref, les portes du salon sont ouvertes à toute l’Afrique, à tout le monde.  

Tout comme les employés qui viennent de toute l’Afrique, les clients viennent de partout, de toute l'Amérique : Californie, Las Vegas… Certaines prennent l'avion pour venir se faire coiffer chez moi, de l'aéroport elles prennent des taxis pour venir au salon. Certaines prennent le bus, certaines conduisent depuis d’autres Etats. Tout cela, c’est la grâce de Dieu. Sinon, dans les villes où elles résident, il y a bien des salons de coiffure. Mais elles préfèrent prendre l'avion pour venir se faire coiffer à Yasmin’s Beauty Salon. Quand elles arrivent, elles sont contentes, elles font même des vidéos pour montrer qu’elles viennent de loin.

Je suis étonnée, mais ceux qui me connaissent depuis longtemps disent qu’ils ne sont pas surpris, car ils savaient que ce jour de réussite, de gloire allait venir. Que c’était une question de temps. Je suis honnête et transparent avec mes employés. Je leur remets leurs pourboires comme il se doit. L’éducation que j’ai reçue ne me permet pas d’être injuste, de prendre la part des autres. Mes parents ne sont plus de ce monde, mais de là où ils sont, ils doivent être fiers de moi!

C.F : Après le quatrième salon, quel est le prochain projet ou à quand le cinquième salon ?

Y.O : Si Dieu me donne une longue vie, j'aimerais réaliser un projet pareil au Burkina Faso. Et le projet est déjà en préparation. Comme vous le remarquez à travers les réseaux sociaux, j’aime aider les gens, qui sont en majorité des femmes. Je me suis dis, au lieu de continuer à leur donner du poisson, c’est mieux de leur apprendre à pêcher. Avant un cinquième salon aux Etats-Unis, je compte ouvrir un salon au Burkina. Ainsi, les gens pourront apprendre un métier et se prendre en charge. Mon ambition est de contribuer à créer des emplois pour les jeunes et les femmes en Afrique, au Burkina Faso. Et je demande la bénédiction de tous pour y arriver.

C.F : Revenons maintenant à l’histoire de votre parcours, du Burkina aux USA. Comment êtes-vous arrivées à la coiffure ?

Y.O : Depuis l’âge de 9-10 ans, j’aimais coiffer les têtes de mes camarades de classe, du quartier, surtout les têtes des vielles personnes. Ma mère me frappait pour cela, mais, je continuais. Un jour, j’ai pris un carton où j’ai écrit Yasmine coiffure, que j’ai implanté devant notre cour. Quand mon père est revenu le soir, il m’a frappé en me disant : « au lieu de chercher à devenir docteur (médecin), c’est coiffure, tu veux faire ? ». Mais chaque soir, quand il rentrait à la maison, il trouvait le carton Yasmine Coiffire à sa place. Il était fatigué de me frapper, il a fini par me laisser. J’ai continué mes études, après le BEPC, je suis allé en classe de seconde.

L’ambassadeur du Burkina Faso aux USA, Kassoum Coulibaly (droite), le maire de la New-Jersey (gauche) et Yasmine Ouédraogo à l'ouverture du 4e salon Yasmin's Beauty Salon, le 16 mai 2026. 

 

C’est là que j’ai décidé d’arrêter l’école pour ouvrir un petit salon de coiffure, Yasmine Coiffure, en l’an 2000, au quartier Katr-Yaar, où je payais un loyer mensuel de 6 000 F CFA. Mais j’ai la chance que partout où je suis, les gens sont toujours gentilles avec moi, me comprennent, me soutiennent. Cinq ans après, en 2005, je suis venue aux Etats-Unis. J’ai gardé le même non, Yasmine Coiffure qui m’a porté chance.

A Katr-Yaar, j’ai commencé seule. Après, j’avais cinq employées que j’ai formées. Certaines sont allées ouvrir leurs propres salons. En Venant aux Etats-Unis, j’ai laissé mon salon à une de mes employés !

C.F : Comment vous est venue l’idée de quitter le Burkina pour les USA ?

Y.O : L’idée de partir à l’aventure ne me traversait jamais l’esprit. Un jour, un ami de la famille est passé me voir au salon. Quand il m’a vue en train de travailler, il m’a dit qu’avec ce dynamisme, si j’arrive à partir aux Etats-Unis, ce serait bien pour moi. Je lui ai répondu : « mais qui va m’amener aux USA ?». C’est ainsi qu’il m’a confiée à un monsieur, qui m’a aidée à avoir mon visa, sans rien demander. Il m’a même donné l’argent pour que je paye les frais de visa ! 

C.F : Il semble que vos débuts aux USA n’ont pas été faciles. Pouvez-vous en dire plus ?

Y.O : Je suis arrivée un jeudi aux Etats-Unis, chez mon cousin. Le lendemain , je lui ai demandé de m’emmener là où je pouvais travailler. Il ma dit de me reposer d’abord. Je lui ai répondu que je suis venue pour travailler. Il m’a conduite chez une coiffeuse ivoirienne, qui m'a beaucoup aidée, m'a aimée, conseillée. Le premier jour, elle m’a confiée une cliente comme test. Quand j’ai fini, elle m’a embauchée. Au début, elle me payait 250 dollars par semaine. J’arrivais à économiser, à envoyer de l’argent à mes parents et à mes amis restés au pays.

J’ai travaillé avec elle pendant un an. Au moment où je partais, elle me payait 400 dollars par semaine, ce qui correspond au gain journalier de mes employés aujourd’hui. Après cette première année passée chez elle, je suis allée louer une chaise dans un salon dominicain à 125 dollars par semaine où je faisais les coiffures africaines. J'y ai passé deux années, avant d’ouvrir mon premier salon.  Le nombre de clientes n'a cessé d'augmenter. La demande était si forte que le premier salon est rapidement devenu trop petit. J'ai donc ouvert un deuxième salon, puis un troisième, qui ne désemplissait pas non plus. Avant le 4e salon, il y a eu donc un début, une histoire. A l’époque, j'ai rencontré Saïd, qui était le président des Burkinabè aux Etats-Unis. Il m'a beaucoup conseillée, guidée.

C.F : Peut-on dire qu’aux Etats-Unis, la coiffure est un métier valorisé qui nourrit son homme ?

Y.O : Aux Etats-Unis, la coiffure rapporte bien, mais c’est un métier très fatigant. La coiffure y est très valorisée. La preuve, les Américains se sont formés et font les tresses aujourd’hui, car, ils ont compris qu’il y a de l’argent dedans. Ils ouvrent leurs propres salons.

La Coiffure nourrit bien son homme. C’est avant que l’on disait que l’argent de la coiffure n’était pas béni. C’est archi-faux, tout travail est béni, il t’appartient de savoir t’organiser. Quand, je faisais la coiffure au Burkina, mes camarades de classe qui partaient à l’université se moquaient de moi. Aujourd’hui, je rends grâce à Dieu !

C.F : Avez-vous des projets d’investissements au Burkina, en dehors du domaine de la coiffure ?

Y.O : Oui, en dehors du projet de salon de coiffure, j’ai des projets d’investissements au Burkina Faso. Ce sont des projets privés, je préfère ne pas en parler.

C.F : Quels conseils donnerez-vous aux jeunes filles qui voudraient se lancer dans la coiffure au Burkina ou aux USA ?

Y.O : J’ai toujours conseillé aux jeunes qui commencent à entreprendre de savoir être patient. Rien ne s’acquiert facilement ! Ayez donc cette patience, et soyez une source de bénédiction pour les autres ! Dieu note tout, et vous payera au moment opportun.

C.F : Le Burkina Faso fait face à des défis sécuritaires depuis une dizaine d’années. Comment vous vivez cette situation que connait la mère patrie ?

Y.O : Certes, il y a de l’amélioration aujourd’hui, mais quand on n’est pas au pays, la situation sécuritaire fait toujours peur. Personnellement, je suis quelqu'un de très sensible. Quand je vois les déplacés internes, ces gens ont fui leurs villages, mon cœur saigne. Si j’avais les moyens de faire quelque chose pour impacter la vie de tous ces déplacés, j'allais bien le faire. Nous les portons en prière.

Nous remercions le Président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, pour tous les efforts qu'il fourni chaque jour pour assurer la sécurité du pays. La crise sécuritaire n’a pas commencé un jour, elle ne va pas prendre fin en un seul jour. Nous sommes loin, mais nous apprécions le travail qu’il abat au quotidien.

C.F :  Avez-vous un message à l’endroit des autorités du pays, des Burkinabè de l’intérieur et de l’extérieur ?

Y.O :  Mon message aux Burkinabè de l’intérieur et de l’extérieur est que nous n’avons qu’un seul pays : le Burkina Faso ! Nous ne pouvons pas laisser des étrangers ou des Burkinabè faire du mal à notre pays, nous devons nous armez de courage. La devise du pays : « La patrie où la mort, nous vaincrons » prend tout son sens aujourd’hui.

Nous qui sommes à l’étranger apprécions bien l’importance d’être dans son pays. La liberté que j’ai quand je suis au Burkina Faso, je ne peux l’avoir ailleurs. Quand vous êtes à l’étranger, il y a toujours quelque chose qui montre que vous n’êtes pas chez vous. Il n’y a rien de plus précieux que la mère patrie, qu’il faudrait préserver à tout prix !

Interview réalisée par la

Rédaction de C’Finance

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