Sur 10 pays africains ayant pris part aux phases finales de la Coupe du monde 2026 qui se joue actuellement au Canada, aux États-Unis, et au Mexique, seuls l'Égypte et le Maroc sont encore dans la compétition après le stade des 16es de finale. En attendant le match des Pharaons Égyptien face à l’Argentine de Lionel Messi en 1/8e de finale, les Lions de l'atlas eux ont déjà pris rendez-vous vous dans l’avant-dernier carré où ils croiseront le fer avec la France pour une place en demi-finale. La même France qui avaient stoppé le parcours du Maroc quatre ans plus tôt au Qatar en demi-finale. Après une demi-finale au mondial 2022 au Qatar, une victoire à la coupe des pays arabes en 2025, une finale à la CAN 2025 et à présent un quart au mondial 2026, les Marocains démontrent que leurs derniers résultats sportifs dans tous les grands rendez-vous continentaux et mondiaux ne sont pas un fruit du hasard. Et c’est ce que Mohamed El Aichouni, expert en développement international, doté d’une solide expérience dans la gestion, le suivi et la coordination de projets financés par les partenaires techniques et financiers (PTF), notamment les institutions du Groupe de Coordination Arabe (GCA), et d’une double expertise technique, issue d’une formation en ingénierie agronomique,  et institutionnelle, acquise à travers des fonctions stratégiques au sein d’organisations internationales et d’administrations publiques, décrypte dans cette tribune qu’il consacre à la montée en puissance du football marocain sur la scène sportive internationale.

Introduction

Depuis la performance historique des Lions de l'Atlas lors de la Coupe du monde du Qatar en 2022, le football occupe une place sans précédent dans la vie politique, économique et sociale du Maroc. Première nation africaine et arabe à atteindre les demi-finales d'une Coupe du monde, le Royaume a vu son équipe nationale devenir un puissant symbole de fierté nationale et de rayonnement international.

Cet engouement populaire soulève néanmoins une interrogation plus profonde : le football constitue-t-il principalement un exutoire collectif face aux difficultés socio-économiques ou représente-t-il désormais un véritable levier de développement, d'attractivité économique et d'influence diplomatique ?

L'analyse ci-après montre que ces deux dimensions ne sont pas contradictoires. Le football joue simultanément un rôle social majeur tout en s'inscrivant dans une stratégie publique de long terme visant à transformer l’économie du pays et à renforcer son positionnement international.

1. Un puissant facteur de cohésion sociale

Dans un contexte marqué par les disparités territoriales, le chômage des jeunes, les tensions liées au pouvoir d'achat et les attentes sociales, le football constitue l'un des rares espaces capables de fédérer l'ensemble de la population.

Lors des grandes compétitions internationales, les appartenances sociales, régionales ou politiques tendent à s'effacer au profit d'un sentiment collectif d'unité nationale. Les célébrations mobilisent également la diaspora (les marocains du monde), renforçant ainsi les liens entre les marocains résidant au pays et ceux établis à l'étranger.

Les sciences sociales montrent que les succès sportifs contribuent à renforcer (i) le sentiment d'appartenance nationale, (ii) la confiance collective, (iii) la cohésion sociale et enfin (iv) l’image positive du pays.

Dans le cas du Maroc, les performances des Lions de l'Atlas ont produit un véritable phénomène de mobilisation nationale rarement observé depuis plusieurs décennies (Marche verte, 1975).

2. Un exutoire... mais temporaire

Le football permet également d'offrir un espace temporaire de détente collective.

Face aux difficultés économiques, aux préoccupations liées au coût de la vie, au logement, à l'emploi ou aux services publics, les victoires sportives procurent un sentiment de satisfaction et de fierté susceptible d'améliorer momentanément le moral des populations.

Toutefois, la littérature scientifique souligne que ces effets demeurent essentiellement conjoncturels. Une fois l'événement terminé, les préoccupations économiques et sociales réapparaissent rapidement.

Le football ne saurait donc se substituer aux politiques publiques destinées à améliorer durablement les conditions de vie des citoyens. Cette distinction est essentielle afin d'éviter une surestimation de l'impact réel des succès sportifs.

3. Le football au cœur de la stratégie de soft power du Maroc 

Depuis une quinzaine d'années, le Royaume a fait du football un instrument majeur de sa stratégie d'influence internationale. Cette politique repose sur plusieurs piliers :

  • Modernisation des infrastructures ;

  • Professionnalisation des clubs ;

  • Développement de la formation ;

  • Soutien au football féminin ;

  • Diplomatie sportive renforcée.

Les résultats obtenus sont significatifs :

  • Demi-finale historique de la Coupe du monde au Qatar, 2022 ;

  • Titres continentaux remportés par plusieurs clubs marocains ;

  • Qualification régulière des sélections nationales ;

  • Organisation de la CAN 2025 ;

  • Co-organisation de la Coupe du monde 2030 avec l'Espagne et le Portugal ;

  • Et enfin, qualification des Lions de l’Atlas au quart de final de l’actuel coupe du monde avec trois buts propres contre le Canada (Samedi 4 juillet à Houston, USA).

Le football est ainsi devenu un puissant instrument de soft power, renforçant la visibilité internationale du Royaume, son attractivité et son influence diplomatique.

4. Une véritable industrie sportive 

Le Maroc a engagé plusieurs dizaines de milliards de dirhams pour moderniser ses infrastructures footballistiques :

  • Environ 20 milliards de dirhams (2,14 milliards de dollars américains) pour la rénovation de six grands stades et la construction du nouveau Stade Hassan II d’envergure mondiale avec une capacité de 115 mille spectateurs.

  • Une convention Etat–Fédération Royale Marocaine de Football prévoit 9,5 milliards de dirhams (un milliard de dollars) pour les projets liés à la Coupe d'Afrique des nations 2025 et à la Coupe du monde de la FIFA 2030.

Au niveau de la formation, un investissement massif a été engagé pour financer :

  • Les académies régionales ;

  • Les centres de préformation ;

  • Les compétitions de jeunes ;

  • La formation des entraîneurs et des arbitres ;

  • Le développement du football féminin.

A ce titre, le Complexe Mohammed VI représente un centre d'excellence aux normes internationales. Inauguré en 2019, il a couté plusieurs centaines de millions de dirhams d'investissement et comprend :

  • Des terrains de dernière génération ;

  • Un centre médical et de rééducation ;

  • Des installations d'hébergement ;

  • Des espaces de formation des entraîneurs et arbitres ;

  • Un pôle dédié aux sélections nationales masculines et féminines.

Au Maroc, le football ne représente plus uniquement une activité sportive c’est aussi un instrument de développement, générant :

  • Des investissements publics et privés ;

  • Des emplois directs et indirects ;

  • Des revenus touristiques ;

  • Des contrats publicitaires ;

  • Des droits audiovisuels ;

  • Des activités liées à la construction, aux transports, à l'hôtellerie et à la communication.

L'organisation de la Coupe du monde 2030 devrait accélérer ces effets, notamment grâce aux investissements dans les infrastructures et à la visibilité internationale du pays.

5. Le modèle footballistique marocain : une singularité africaine

Comparativement à de nombreux pays africains, le football marocain se distingue par une approche intégrée reposant sur :

  • Une vision stratégique de long terme ;

  • Une gouvernance relativement stable ;

  • Une continuité des investissements ;

  • Une forte implication de l'Etat ;

  • Une coordination étroite entre sport, diplomatie, tourisme et développement territorial.

Le football n'est donc pas considéré comme une simple politique sportive mais comme un instrument de transformation économique et de rayonnement international.

Cette stratégie contribue également à renforcer l'image du Maroc comme plateforme régionale pour les investissements, les grands événements et la coopération sud-sud.

6. Les limites du modèle marocain 

A niveau des priorités de développement, une partie de l'opinion publique s'interroge sur l'équilibre entre les investissements consacrés aux infrastructures footballistiques et ceux destinés à l'éducation, à la santé, au logement et à l'emploi. Il ne s'agit pas nécessairement d'une opposition directe, car ces budgets relèvent souvent de logiques différentes, mais la question de la priorisation des dépenses publiques alimente le débat.

Le principal enjeu réside dans la capacité à transformer l'événement sportif en héritage durable à travers des infrastructures polyvalentes, des emplois pérennes, le développement du tourisme, l’amélioration de la mobilité urbaine et la dynamisation des territoires, en particulier ceux du monde rural. 

Enfin, le succès footballistique du Maroc peut donner l'image d'un pays en plein essor, sans que tous les citoyens ne perçoivent ses bénéfices économiques. Le défi consiste donc à faire du football un catalyseur de développement plutôt qu'une simple vitrine internationale.

Conclusion

Qualifier le football d'exutoire serait réducteur. Il remplit certes une fonction sociale importante en offrant des moments de communion et de fierté collective dans un contexte où persistent des défis économiques et sociaux majeurs. Mais il constitue aussi un levier de politique publique, de diplomatie, d'attractivité économique et de développement territorial.

La véritable question n'est donc pas de savoir si le football détourne les marocains de leurs préoccupations, mais s'il peut contribuer durablement à améliorer leurs conditions de vie. Si les investissements réalisés à l'occasion des grandes compétitions se traduisent par davantage d'emplois, de compétences, d'infrastructures et de croissance inclusive, le football dépassera son rôle d'exutoire pour devenir un véritable instrument de développement. Dans le cas contraire, il risque de demeurer principalement un puissant facteur de mobilisation émotionnelle, sans transformation significative sur les plans économique et social.

Le football marocain en dix chiffres clés

Indicateur

Chiffre

Commentaire

Classement mondial FIFA (2026)

Parmi les meilleures sélections mondiales (6ème rang)  

Le Maroc s'est durablement installé parmi les grandes nations du football

Coupe du monde 2022

Demi-finaliste

Première sélection africaine et arabe à atteindre ce niveau de la compétition

Coupe d'Afrique des Nations 2025

Pays organisateur (Finaliste en attendant le verdict du TAS)

Première CAN organisée au Maroc depuis 1988

Coupe du monde FIFA 2030

Co-organisateur avec l'Espagne et le Portugal

Première Coupe du monde organisée simultanément sur deux continents (Europe et Afrique)

Futur Stade Hassan II

Environ 115 000 places

Destiné à devenir l'un des plus grands stades de football au monde.

Investissements pour les stades

Environ 20 milliards de dirhams

Modernisation de six grands stades et construction du Stade Hassan II.

Convention État–FRMF

9,5 milliards de dirhams

Financement de projets liés à la CAN 2025 et au Mondial 2030.

Complexe Mohammed VI de Football

Inauguré en 2019

L'un des centres techniques les plus modernes d'Afrique, dédié à la formation, à la préparation et à la médecine sportive.

Retombées économiques attendues

Plusieurs dizaines de milliers d'emplois temporaires et permanents

Les effets concernent notamment le BTP, le tourisme, les transports, l'hôtellerie, les services et l'événementiel.

Vision stratégique

Plus de quinze années d'investissements continus

Le football est devenu un pilier de la stratégie de rayonnement international, de diplomatie sportive et d'attractivité économique du Maroc.

     

Mohamed EL AICHOUNI

 

Principales sources

  • FIFA : Classement mondial et documents officiels sur la Coupe du monde 2030.

  • Fédération Royale Marocaine de Football : rapports annuels et communications officielles.

  • Gouvernement du Royaume du Maroc : conventions relatives à la CAN 2025 et au Mondial 2030.

  • CAF : documents relatifs à l'organisation de la CAN 2025.

  • Banque mondiale, : Morocco Economic Monitor (éditions récentes).

Dans la même rubrique Développement

☎ Appel : (226) 77 67 52 16 / 78 46 33 10 

WhatsApp  : (226) 61 33 97 14

Mail : secretariat@cfinance.news 

LE CHOIX DE L'ÉDITEUR

ACTUALITÉS