Porté par une progression de plus de 51 % du trafic passagers en moins de dix ans, un carburant aéronautique parmi les moins chers de la sous-région et un vaste programme de modernisation de ses infrastructures, le Burkina Faso dispose d'importants atouts pour capter une part de la croissance mondiale du transport aérien. C'est la principale conclusion du rapport de la Société des aéroports du Faso (SAFA) intitulé : « Croissance mondiale du transport aérien : le Burkina Faso dispose d'atouts majeurs pour capter une part de la nouvelle dynamique africaine », élaboré par le Directeur général de la SAFA, Malegdibkièta Saturnin Théophile Bikyenga, et le spécialiste en économie à la SAFA, Ibrahima Ouédraogo.
La croissance du transport aérien mondial redistribue progressivement les cartes de la compétitivité entre les plateformes africaines. Portée par la reprise des voyages internationaux, l'essor du commerce intra-africain, le développement du tourisme et l'accélération des échanges économiques, cette dynamique ouvre de nouvelles perspectives aux pays capables de renforcer leur connectivité et d'offrir un environnement attractif aux compagnies aériennes et aux investisseurs. Selon le rapport de la Société des aéroports du Faso (SAFA) intitulé : « Croissance mondiale du transport aérien : le Burkina Faso dispose d'atouts majeurs pour capter une part de la nouvelle dynamique africaine », le Burkina Faso fait désormais partie des États qui disposent des fondamentaux nécessaires pour tirer profit de cette évolution. Le document, élaboré par le Directeur général de la SAFA, Malegdibkièta Saturnin Théophile Bikyenga, et le spécialiste en économie à la SAFA, Ibrahima Ouédraogo, indique que « le Burkina Faso présente aujourd'hui des indicateurs particulièrement encourageants », tout en rappelant que la concurrence entre plateformes aéroportuaires africaines sera de plus en plus forte.
Le fret aérien, un potentiel encore largement inexploité
Le premier indicateur mis en avant concerne la progression du trafic passagers. Selon les statistiques de l'Agence nationale de l'aviation civile (ANAC), l'aéroport international de Ouagadougou est passé de 494 710 passagers en 2016 à 750 188 passagers en 2025, soit une hausse de plus de 51 % en moins d'une décennie. Après les effets de la crise sanitaire, le secteur a retrouvé une trajectoire ascendante avec une progression de 17,5 % entre 2023 et 2025.
L'analyse du trafic révèle également que plus de 52 % des voyageurs utilisent les liaisons régionales tandis que plus de 30 % des passagers sont en transit. Pour les auteurs, ces performances démontrent l'existence d'un potentiel réel de développement des fonctions de correspondance régionale et confortent l'ambition du Burkina Faso de devenir un hub aérien en Afrique de l'Ouest. Le rapport met également l'accent sur les perspectives du transport de marchandises. En 2025, les plateformes aéroportuaires burkinabè ont traité 8 680 tonnes de fret, dont près de 7 360 tonnes à l'importation contre seulement 1 320 tonnes à l'exportation. Si ce écart traduit la faiblesse des exportations aériennes, il constitue aussi une opportunité économique importante. « Ce déséquilibre constitue un défi, il révèle également l'existence d'importantes marges de progression pour les exportations aériennes », soulignent les auteurs. Les filières du sésame, de l'anacarde, du karité, des mangues fraîches et séchées, des produits horticoles, des produits pharmaceutiques ainsi que le commerce électronique figurent parmi les secteurs susceptibles d'alimenter durablement le développement du fret aérien.
L'un des principaux avantages comparatifs du Burkina Faso réside dans le coût du carburant aéronautique. Depuis l'arrêté conjoint du 30 avril 2026, le litre de Jet A1 est commercialisé à 655,92 FCFA pour la consommation intérieure et à 601,87 FCFA pour la réexportation. Entre 2023 et 2026, son prix a diminué d'environ 53,8 %, passant d'environ 1 300 FCFA à près de 600 FCFA par litre. Cette baisse résulte notamment de la stratégie d'approvisionnement mise en œuvre par la SONABHY et du renforcement de ses capacités de stockage.
Une stratégie qui dépasse le seul transport aérien
Le rapport soutient que cette évolution « place aujourd'hui le Burkina Faso parmi les plateformes les plus compétitives de la sous-région en matière d'avitaillement aéronautique ». Ils rappellent qu'à titre de comparaison, certains pays d'Afrique de l'Ouest et d'Afrique centrale affichent encore des prix atteignant 1 480 FCFA et 1 944 FCFA par litre pour les vols internationaux. Le différentiel atteint ainsi respectivement 59 % et 69 %, et constitue « un argument commercial particulièrement attractif » pour attirer de nouvelles compagnies aériennes et développer les activités de fret.
Au-delà des performances du secteur, le rapport souligne que les autorités burkinabè portent une vision plus globale de développement. « L'objectif poursuivi dépasse largement le cadre du transport aérien » ; l’'ambition est de mettre en place « un véritable écosystème aéroportuaire, logistique, industriel, commercial, touristique et de services capable de soutenir durablement la croissance économique nationale ».
Cette stratégie repose sur le développement coordonné des aéroports internationaux de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso, la modernisation des aérodromes de Fada N'Gourma, Dori, Gaoua et Ouahigouya ainsi que sur un vaste programme d'investissements comprenant des hubs cargo, des plateformes logistiques multimodales, des infrastructures hôtelières, des centres de maintenance aéronautique, une Académie des métiers de l'aviation, des zones économiques spéciales et des zones franches destinées à attirer les investisseurs. Ces projets structurants s'inscrivent dans des schémas directeurs couvrant les cinquante prochaines années.
Une stratégie qui dépasse le seul transport aérien
Pour les auteurs, la position géographique du Burkina Faso, au cœur de l'Afrique de l'Ouest, constitue un atout supplémentaire dans un contexte marqué par la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et du Marché unique du transport aérien africain (SAATM). Associée à la compétitivité du carburant, à la progression du trafic, au potentiel du fret et aux investissements engagés, cette situation pourrait renforcer l'attractivité du pays auprès des opérateurs économiques.
« Le Burkina Faso dispose aujourd'hui des fondamentaux nécessaires pour tirer pleinement profit de la nouvelle dynamique mondiale du transport aérien », concluent Malegdibkièta Saturnin Théophile Bikyenga et Ibrahima Ouédraogo. Les deux experts estiment que si cette dynamique est soutenue par une politique proactive de développement des routes aériennes, de la logistique et de l'investissement, le pays « pourrait progressivement s'affirmer comme l'un des principaux pôles aéronautiques, logistiques et économiques de l'Afrique de l'Ouest et Centrale ». Une ambition qui, si elle se concrétise, pourrait faire du secteur aérien un nouveau moteur de croissance, de création d'emplois et de compétitivité pour l'économie burkinabè.
Estelle KONKOBO




