La Chambre de Commerce et d’Industrie du Burkina Faso (CCI-BF) organise la 2e édition des Journées Régionales de la Logistique (JRL) du 21 au 23 mai 2026 dans la capitale burkinabè, sous le thème : « Compétitivité logistique de l'hinterland ouest-africain à l'aune de la Zone de libre-échange continental africaine (ZLECAf) ». Entre coûts de transport élevés et opportunités, dans un contexte d’intégration continentale, organisateurs, autorités et experts du secteur privé ont appelé à transformer les contraintes géographiques en atouts stratégiques.
C’est dans un contexte de reconfiguration des échanges sous-régionaux et internationaux que s'est ouverte, ce jeudi 21 mai 2026, à Ouagadougou, la 2e édition des Journées Régionales de la Logistique (JRL) sous le thème : « Compétitivité logistique de l'hinterland ouest-africain à l'aune de la Zone de libre-échange continental africaine (ZLECAf) ». Organisée par la Chambre de Commerce et d’Industrie du Burkina Faso (CCI-BF), cette rencontre réunit du 21 au 23 mai des délégations du Bénin, de Côte d’Ivoire, de Guinée, du Ghana, du Mali, du Niger, du Sénégal et du Togo.
Les enjeux financiers et économiques des chaines logistiques ont d’emblée été posés dès la cérémonie d'ouverture. En effet, le constat dressé est interpellateur. Les coûts logistiques en Afrique représentent encore entre 30 % et 40 % du prix final des marchandises, alors qu'ils ne pèsent que pour 8 % à 10 % dans les économies plus compétitives.
Le parrain des 2èmes JRL, Lassiné Diawara a insisté sur la nécessité de développé des chaines logistiques intégrées afin de profiter des avantages de la ZLECAf.
Une disparité qui réduit considérablement la marge de manœuvre des entreprises locales et leur capacité à s'insérer dans les chaînes de valeur régionales pendant que la ZLECAf ouvre de nouvelles perspectives d’échanges intra-africains et d’opportunités pour les acteurs de la chaine logistique.
Pour le parrain de cette 2ème édition des JRL, Lassiné Diawara, par ailleurs Président du Conseil d’Administration d'Imperial Brands, la ZLECAf représente bien une opportunité historique pour le continent qui dispose d’un marché intégré de plus de 1,3 milliard de consommateurs, avec un PIB cumulé supérieur à 3 400 milliards de dollars. Mais ce potentiel de croissance demeure freiné par la faiblesse des échanges intra-africains qui ne représentent que 15 % à 17 % du commerce total du continent, contre 68 % à 72 % en Europe et 40 % en Asie. Pour l'année 2026, les projections indiquent que le commerce intra-africain devrait atteindre 230 milliards de dollars, soit une progression de 10 % par rapport à 2025, portée essentiellement par la dynamique de la ZLECAf.
Un enjeu de survie économique
Le Directeur Général de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Burkina Faso (CCI-BF) et Président du Comité d’Organisation (PCO), Seydou Tou a mis l'accent sur la transformation structurelle de la logistique régionale et la nécessité d’agir sur les structures des coûts.
Les pays de l'hinterland, comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger, subissent des contraintes structurelles lourdes tenant, entre autres, à l’éloignement des ports, la dépendance portuaire, la multiplicité des intervenants et les lourdeurs administratives. Il faut donc trouver les moyens de surmonter ces défis afin de transformer la position géographique des pays enclavés en un véritable « atout stratégique.
Considérant que la logistique n'est plus seulement une nécessité fonctionnelle, mais le « moteur principal » de l’intégration commerciale africaine, Seydou Tou a souligné que pour les pays de l'hinterland, notamment les membres de la Confédération de l'Alliance des États du Sahel (AES), la logistique est un enjeu de survie économique.
Le Président de la Délégation Spéciale Consulaire de la CCI-BF, Roland Achille Sow, a appelé à poursuivre et à diversifier ses efforts d’amélioration de la compétitivité des secteurs privés Ouest-Africain.
Ces défis commandent de l’innovation et une mutualisation des efforts afin de réussir à bâtir des systèmes logistiques mieux intégrés et surtout résilients. Selon le directeur général, des structures comme la CCI-BF ont leur partition à jouer dans la gestion des plateformes logistiques et la promotion du dialogue public-privé pour lever les freins à la compétitivité. Et la tenue de ces JRL entre en droite ligne de cette mission. « Si la première édition de 2022 était axée sur la résilience face aux crises, celle de 2026 se place sous le signe de l'accélération de la ZLECAf », a expliqué le président du comité d’organisation.
Dans ce contexte d’opérationnalisation du libre échange continental, le président de la Délégation Spéciale Consulaire de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Burkina Faso, Roland Achille Sow, a noté que la capacité à livrer les marchandises dans les meilleurs délais et à coûts compétitifs constitue un avantage concurrentiel décisif. C’est pourquoi, il encourage l’administration de CCI-BF, à poursuivre et à diversifier ses efforts d’amélioration de la compétitivité des secteurs privés Ouest-Africain.
Le renforcement de la coopération comme alternative
Représentant le ministre en charge du Commerce, Gnanodiem Serge Poda, le Directeur de Cabinet, Zakaria Gyengani, a, pour sa part, mis en lumière les enjeux stratégiques de la logistique pour le Burkina Faso et la sous-région. Plus qu’une problématique technique, la logistique est « éminemment stratégique et souveraine ». « Maîtriser sa logistique, c'est maîtriser ses approvisionnements, ses débouchés et en définitive son destin économique. Cela signifie que les nations qui ne contrôlent pas efficacement leurs chaînes logistiques s'exposent à des formes de dépendance structurelles », a-t-il soutenu.
Il a donc lancé un appel au renforcement de la coopération au sein de la Confédération de l'Alliance des États du Sahel (AES) et invité la CCI-BF à collaborer étroitement avec ses homologues de l'AES pour lever les contraintes logistiques communes dans un esprit de solidarité.
Comme leviers de modernisation pour inverser la tendance, le représentant du ministre en charge du Commerce a identifié la digitalisation des procédures douanières, la promotion de la conteneurisation pour fluidifier le transit, le développement de plateformes multimodales et de corridors efficaces, ainsi que la professionnalisation des acteurs, notamment via le lancement d’un certificat en logistique de transport international par l’Académie Aigle de la CCI-BF.
Durant trois jours, les panels et échanges devront aboutir à des propositions pertinentes pour orienter les investissements stratégiques et faire de la logistique le véritable moteur de l’intégration commerciale africaine. Plus qu’une rencontre de discussions théoriques, la CCI-BF se fixe des objectifs concrets clairs au terme de ces 72 heures d’échanges : la formulation de « recommandations fortes » pour orienter les politiques publiques et les investissements stratégiques, l'identification de solutions pratiques et adaptées aux réalités du terrain, et l'étude des tendances du commerce international.
Mouni N’GOLO





