Le gouvernement burkinabè a acté la création d’un fonds souverain minier d’investissements dénommé « Siniyan-Sigui ». Par cette innovation majeure, l’exécutif burkinabè veut se donner les moyens de mettre à profit la manne minière pour financer la réalisation d‘investissements structurants qui profiteront aussi bien aux générations actuelles qu’à celles futures.
Au Burkina Faso, un pont entre générations présentes et futures se construit autour des ressources minières. Le Pays disposera d’un fonds souverain minier ; sa création a été actée le jeudi 21 mai 2026 par le Conseil de ministres. C’est l’option stratégique prise par le gouvernement burkinabè en vue de financer des investissements structurants profitables aussi bien à la génération actuelle que future.
Les premiers investissements financés par ce fonds devront débuter dès l’année 2027 selon les instructions du Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré.
Cette réforme part du constat de la place stratégique du secteur des mines dans l’économie nationale et de l’impératif de doter le pays d’un fonds souverain adossé aux ressources minières. L’objectif étant de financer de manière autonome des infrastructures stratégiques et la relance industrielle nationale ; de renforcer la souveraineté financière du Burkina Faso et améliorer sa notation souveraine, à travers la transformation des rentes minières en levier de développement durable et de souveraineté économique au profit des populations.
« Transformer une rente conjoncturelle en un levier de développement durable »
Le rapport des travaux du Conseil des ministres justifie cette décision à travers une analyse contextuelle de l’évolution de la valeur de l’or sur le marché international : « Depuis plusieurs mois, le cours de l’or connaît une hausse historique, franchissant le seuil de 4000 dollars américains (USD) l’once, soit environ 78 000 F CFA le gramme. Cette conjoncture exceptionnelle génère des revenus miniers excédentaires considérables pour l’Etat, dont la capitalisation structurée permettrait de transformer une rente conjoncturelle en un levier de développement durable ».
L’intérêt de ce Fonds souverain réside, notamment, dans la faculté de captation et de gestion des recettes minières excédentaires et de l’épargne intergénérationnelle permettant aux générations futures de bénéficier des rentes minières actuelles.
« Il est ressorti la nécessité de faire en sorte que les recettes qui sont issues de la production minière puisse profiter non seulement aux générations présentes mais aussi aux générations futures à travers la réalisation d’investissements structurants », note le ministre de l’Economie et des Finances, Dr Aboubakar Nacanabo.
Concrètement, le fonds souverain minier d’investissements du Burkina Faso sera alimenté par le supplément de ressources dégagées au niveau de l’activité minière en tenant compte d’un niveau de cours des minéraux de références. Au-delà de ce cours, tout excédent réalisé dans l’exploitation de ressources minières sera reversé dans ce fonds souverain afin de permettre de financer des investissements stratégiques dans le domaine des infrastructures et de l’industrie.
Rupture avec « une longue tradition de consommation immédiate des revenus miniers »
« Ce Fonds va être créé sous forme d’un compte d’affectation spéciale (…) cela va permettre d’avoir une épargne inter générationnelle parce que les investissements qui vont être réalisés aujourd’hui vont profiter aux générations futures, ce sera véritablement des investissements structurants », précise le ministre Nacanabo.
La décision est applaudie au sein de la société civile où l’on salue une rupture avec « une longue tradition de consommation immédiate des revenus miniers. » Le directeur des programmes de l’ONG Organisation pour le renforcement des capacités de développement (ORCADE), Jonas Hien souligne que l’idée d’un fonds souverain minier « avait été portée depuis longtemps par des organisations de la société civile qui estimaient qu’un pays dont les ressources minières sont épuisables ne pouvait raisonnablement pas tout consommer dans le présent sans préparer l’avenir ». Car, estime-t-il, les ressources minières constituent un patrimoine national non renouvelable appartenant autant à la génération actuelle qu’aux générations futures.
De son avis, la création de ce fonds souverain permet d’éloigner le spectre de la « malédiction des ressources naturelles », que subissent bien de pays riches en ressources naturelles extractives qui sont demeurés dans une logique d’économie de consommation.
Convaincu qu’un fonds souverain bien gouverné permet de transformer une richesse temporaire en actifs durables, Jonas Hien se satisfait d’une mesure qui représente un levier de souveraineté économique. Le militant de la société civile spécialisé dans la gouvernance minière appelle de tous ses vœux une gestion transparente intégrant des mécanismes de contrôle citoyen ainsi que des investissements de qualité.
Du point de la gouvernance, les autorités annoncent des garde-fous avec la mise en place d’un comité de pilotage présidé par le Premier ministre et qui va définir les orientations claires en termes d’investissement et veiller à la bonne adéquation entre ces réalisations et l’intérêt des générations futures.
Mouni N’GOLO





