À la faveur d’une reprise de l’activité économique et d’une transformation progressive de certains segments productifs, la circulation fiduciaire, c’est-à-dire l’ensemble des billets de banque et pièces de monnaies en circulation, connaît une accélération marquée au Burkina Faso. Avec un montant global du cash en circulation de 1 601,8 milliards F CFA, soit 10,7% du volume d’argent en circulation dans l’UEMOA, le pays des Hommes intègres se classe derrière la Côte d’Ivoire et le Sénégal qui en détiennent respectivement 41,1% et 22,6%.
La circulation fiduciaire ou de l’argent liquide (billets de banque et pièces de monnaie) utilisé dans l’économie burkinabè connait une augmentation continue depuis plusieurs années. « Les dernières données disponibles font état d’un montant global du cash en circulation dans l’économie de 1.601,8 milliards de francs CFA. Elle représente 10,7% du volume de billets en circulation, se plaçant après la Côte d’Ivoire et le Sénégal qui en détiennent respectivement 41,1% et 22,6%. Ce montant a pratiquement doublé en trois ans », a indiqué le Directeur national de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, Armand Badiel, au cours du point de presse qu’il animé, entouré de ses proches collaborateurs, le jeudi 19 mars 2026, à l’issue de la première session du Conseil National du Crédit.
Avant 2014, cette circulation du cash progressait en moyenne entre 12 % et 14 % par an. Entre 2016 et 2022, la croissance de la circulation fiduciaire était ressortie en moyenne à 17,3% et 2023-2025, marquée par une progression d’au moins 24,6% par an, avec une tendance d’accentuation Cette dynamique se reflète également dans les volumes de retraits effectués par les agents économiques aux guichets des agences de la Direction Nationale pour le Burkina. « En valeur, les retraits de billets ont atteint 3771,4 milliards en 2024, puis ont connu une augmentation significative de 23,4% en 2025 pour s'établir à 4 652,2 milliards. Concernant les pièces de monnaie, les retraits en valeur se sont élevés à 1,79 milliard en 2024 et ont atteint 1,82 milliard, enregistrant ainsi une augmentation de 1,5% », a confié M. Badiel.
Les facteurs explicatifs
Cette tendance haussière des retraits, a-t-il ajouté, se confirme au cours des deux premiers mois de l’année 2026, avec une progression en glissement annuel de 35,11% en volume et de 24,98% en valeur pour les sorties en billets toutes coupures confondues. Répondant aux journalistes sur les causes de cette progression de la liquidité en circulation, M. Badiel a indiqué qu’elle tient au dynamise de l’activité économique. « Les billets et les pièces demandés par les populations servent essentiellement aux transactions et aux échanges. Plus la production et l’activité économique augmentent, plus les agents économiques ont besoin de liquidités pour régler leurs opérations », a expliqué. L’exploitation artisanale et semi-industrielle, qui est passée d’une production annuelle de 4 tonnes d’or à 54 tonnes d’or cette année, où les paiements sont majoritairement effectués en cash, participe à cette hausse de la circulation fiduciaire.
Elle s’explique aussi par les habitudes de paiement des populations, l’importance de l’économie informelle et par certaines incertitudes économiques ou sécuritaires qui poussent les agents économiques à privilégier la détention d’espèces pour des raisons de précaution. Pour répondre à cette demande croissante et améliorer la qualité des billets en circulation, la banque centrale a renforcé ses émissions de billets neufs. En 2025, elle a procédé à l’émission de 192,45 millions de billets neufs, toutes coupures confondues, représentant une valeur totale d’environ 1 156 milliards F CFA, soit une augmentation de 80 % par rapport à l’année précédente. « Cet effort exceptionnel fait suite à l'écho des préoccupations des usagers relatives à la qualité de la circulation fiduciaire, déduisant d’éventuelles pénuries de billets de petites coupures et de pièces. Les médias ont joué un rôle clef dans les alertes qui nous sont parvenus. Ces chiffres témoignent des efforts de l'Institut d'Émission pour s'adapter à la demande sans cesse croissante de billets et de pièces de monnaie, indispensables aux échanges », a précisé Armand Badiel.
Les limites du cash
Malgré son rôle central dans les transactions quotidiennes, la prédominance du cash comporte certaines limites pour l’économie formelle. En effet, la liquidité qui circule en dehors du circuit bancaire représente un manque à gagner pour le financement de l’économie. A cela s’ajoute l’absence de traçabilité des transactions en cash, qui affecte la disponibilité des statistiques financières, complique les efforts de lutte contre le phénomène des flux financiers illicites.
Face à l’expansion rapide des services de paiement numérique au Burkina Faso, la banque centrale indique adapter progressivement sa stratégie de gestion de la circulation fiduciaire. La stratégie de l’institution repose notamment sur plusieurs leviers : le développement de l’interopérabilité des paiements numériques à travers la plateforme d’interopérabilité du système de paiement instantané de l’UEMOA, la modernisation de la chaîne fiduciaire et l’instauration d’un cadre réglementaire favorable à l’innovation pour les établissements de monnaie électronique et les fintechs.
Estelle KONKOBO






