Consultant en stratégie et finance, Meless Serge Agnimel est le fondateur du cabinet GPG Consulting, spécialisé dans l’accompagnement des PME, la structuration financière et les programmes de développement à impact. Depuis plusieurs années, il intervient auprès d’entreprises, d’institutions financières et de programmes de développement sur des problématiques liées à la bancabilité des PME, au financement de la croissance, à la gouvernance et au renforcement des capacités entrepreneuriales et à l’inclusion financière en Afrique ; le tout avec une approche simple : transformer des entreprises encore fragiles ou informelles en acteurs économiques crédibles, capables d’attirer des financements et de soutenir une croissance durable. Dans le cadre du programme AFAWA (Affirmative Finance Action for Women in Africa) de la Banque Africaine de Développement (BAD), porté par African Guarantee Fund (AGF), à travers GPG Consulting, il accompagne plusieurs centaines de PME dirigées par des femmes ou impact féminin à travers l’Afrique à réussir leur structuration. Au Burkina Faso, il pilote la mise en œuvre du programme AFAWA en partenariat avec Orabank, au profit de 200 PME bénéficiaires. Dans cette interview accordée à C’Finance, M. Agnimel, en expert et homme de terrain, analyse les véritables facteurs qui freinent la croissance des PME africaines, y compris celles dirigées par les femmes. Pour lui, « le véritable défi des PME africaines n’est pas de trouver des financements, mais de devenir finançables ». Il y aborde également les leviers à actionner pour asseoir une meilleure gouvernance des PME du continent, devant contribuer à garantir leur bancabilité, et partant, leur compétitivité durable. Enfin, il lève un coin de voile sur le programme AFAWA, tout en dressant le bilan à mi-parcours de sa mise en œuvre, qu’il qualifie de « globalement très encourageant et particulièrement satisfaisant ».
C’Finance (C.F) : Quelle est la place des PME dans l’écosystème des économies africaines, de l’UEMOA en particulier ?
Meless Serge Agnimel (M.S.A) : Les PME ne sont pas un segment de l’économie africaine, elles en sont l’ossature. Dans l’espace UEMOA, comme dans la plupart des économies africaines, elles représentent plus de 90 % du tissu économique et contribuent à plus de 60 % des emplois selon les pays. En Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Burkina Faso, au Bénin ou encore au Togo, elles constituent le principal moteur de l’activité économique locale et de l’entrepreneuriat.
Mais il faut être lucide : leur poids économique réel reste en deçà de leur importance numérique. Cela signifie une chose très claire : nous avons beaucoup de PME, mais encore trop peu d’entreprises capables de créer de la valeur à grande échelle, d’innover durablement ou de s’intégrer dans des chaînes de valeur compétitives. L’enjeu aujourd’hui n’est donc plus uniquement la création de PME, mais leur transformation en entreprises structurées, productives et capables de changer d’échelle. “L’avenir économique de l’Afrique dépendra moins du nombre d’entreprises créées que de notre capacité à bâtir des PME solides et compétitives.”
C.F : Malgré leur place prépondérante dans les économies, les PME sur le continent font face à des contraintes qui les empêchent à déployer leur potentiel de croissance. Quelles sont les principales contraintes auxquelles les PME sont confrontées ?
M.S.A : Les contraintes des PME africaines sont bien connues, mais souvent mal hiérarchisées. On parle beaucoup de financement, mais les blocages les plus critiques sont d’abord internes : gouvernance approximative, absence de pilotage financier, faible structuration des opérations. À cela s’ajoutent des contraintes externes : accès limité aux marchés formels, environnement réglementaire parfois instable, et systèmes financiers encore peu adaptés au profil de risque des PME. En réalité, les difficultés des PME ne sont pas isolées, elles sont systémiques.
C.F : Parmi ces contraintes, le faible accès des PME au financement est considéré comme le défi le plus important. Etes-vous de cet avis ou pensez-vous que le véritable problème est ailleurs, notamment dans la structuration, le management ?
M.S.A : Dire que le problème des PME africaines est le financement est une lecture partielle, voire trompeuse. Le financement est rarement la cause première, il est la conséquence. Une banque ou un investisseur ne finance pas une ambition, il finance une structure capable de démontrer sa viabilité et de maîtriser son risque. Or, beaucoup de PME ne sont pas encore à ce niveau de maturité. Le véritable enjeu, c’est la bancabilité. “En Afrique, l’argent existe. Ce qui manque, ce sont des entreprises finançables.”
C.F : Qu’est-ce qui explique ou justifie la faible capacité de structuration des PME ?
M.S.A : La faible structuration des PME africaines s’explique par un ensemble de facteurs profonds. D’abord, un déficit de formation en gestion stratégique et financière. Beaucoup d’entrepreneurs sont d’excellents opérateurs, mais n’ont pas été préparés à piloter une entreprise en croissance. Ensuite, un accès encore limité à un accompagnement de qualité, structuré et continu. Enfin, une culture entrepreneuriale historiquement marquée par l’informel, où la performance repose davantage sur l’intuition que sur des systèmes de gestion rigoureux. Ce n’est donc pas un problème de capacité, mais un problème d’écosystème.
C.F : Vous êtes facilitateur dans un programme de soutien aux femmes entrepreneures à travers le continent africain. Y a-t-il des contraintes propres aux PME portées par les femmes ?
M.S.A : Oui, les PME portées par des femmes font face à des contraintes spécifiques qui vont bien au-delà de la seule question du financement. Le premier obstacle reste effectivement l’accès au capital. Dans de nombreux pays africains, les femmes entrepreneures disposent plus difficilement de garanties solides, notamment en raison d’un accès encore limité à la propriété foncière ou immobilière. Or, dans nos systèmes financiers, le foncier demeure l’un des principaux instruments de garantie exigés par les banques. Cette réalité crée dès le départ une forme d’inégalité structurelle dans l’accès au crédit.
À cela s’ajoutent des contraintes socioculturelles persistantes : accès plus restreint aux réseaux d’affaires et de décision, difficulté à intégrer certains cercles économiques stratégiques, ou encore poids des responsabilités familiales et sociales qui limitent parfois le temps consacré au développement de l’entreprise.
On observe également que beaucoup de femmes entrepreneures évoluent dans des secteurs à faible niveau de capitalisation, avec un accès plus limité à l’information stratégique, aux marchés structurés et aux dispositifs d’accompagnement de haut niveau. Mais ce qui est particulièrement intéressant, c’est que malgré ces contraintes, les entreprises dirigées par des femmes présentent souvent de très bons indicateurs en matière de discipline financière, de résilience et de gestion du risque.
Le véritable problème n’est donc pas la capacité des femmes à entreprendre ou à performer, mais plutôt l’équité dans l’accès aux opportunités, aux ressources stratégiques et aux mécanismes de financement adaptés. “En Afrique, les femmes entrepreneures ne manquent pas de potentiel ; elles manquent encore trop souvent d’un accès équitable aux leviers de croissance.”
C.F : Quelles solutions préconisez-vous pour adresser durablement cette problématique de structuration des PME en Afrique ?
M.S.A : La problématique de la structuration des PME en Afrique ne peut pas être résolue par des actions isolées ou des formations ponctuelles. Elle nécessite une transformation profonde de l’écosystème entrepreneurial et financier. D’abord, il faut comprendre qu’une PME structurée n’est pas simplement une entreprise qui tient une comptabilité. C’est une entreprise capable de piloter sa croissance, de produire une information financière fiable, de maîtriser ses risques, de formaliser sa gouvernance et d’anticiper ses besoins de financement.
La première priorité doit donc être le renforcement des capacités managériales et financières des dirigeants. Beaucoup de PME africaines sont encore pilotées de manière très intuitive. Il faut accompagner les entrepreneurs vers une culture de gestion basée sur les données, les indicateurs de performance, la planification stratégique et la discipline financière.
Ensuite, il est essentiel de professionnaliser les dispositifs d’accompagnement. Trop de programmes restent encore théoriques ou standardisés. Les PME ont besoin d’un accompagnement de proximité, sectoriel et personnalisé, intégrant du mentorat, du coaching opérationnel et un suivi dans le temps. La structuration ne se fait pas en quelques jours ; c’est un processus progressif qui accompagne le cycle de croissance de l’entreprise.
Il faut également travailler sur la qualité de l’information financière produite par les PME. Dans beaucoup de cas, les difficultés d’accès au financement proviennent d’états financiers incomplets, peu fiables ou déconnectés de la réalité opérationnelle. Or, sans visibilité financière, il est pratiquement impossible pour une banque ou un investisseur d’évaluer correctement le risque.
Par ailleurs, les institutions financières elles-mêmes doivent adapter leurs approches. Les modèles classiques d’analyse du risque sont souvent mal calibrés pour les réalités des PME africaines. Il devient nécessaire de développer des mécanismes plus flexibles, intégrant davantage l’analyse du potentiel, des flux d’activité et de la dynamique sectorielle.
Enfin, je pense qu’il faut changer notre vision de la PME en Afrique. Pendant longtemps, l’accent a été mis sur la création d’entreprises. Aujourd’hui, le véritable enjeu est la consolidation et le changement d’échelle. Nous devons construire des PME capables de survivre, de croître, d’innover et de devenir de véritables champions économiques régionaux.
C.F : Pour ce qui est de l’accès au capital, quelles sont les alternatives pour un meilleur accès des PME au financement (rôle de l’Etat, des banques, des PTF, des PME…) ?
M.S.A : L’accès au financement des PME est avant tout un enjeu d’alignement entre les différents acteurs de l’écosystème économique et financier. Les États ont un rôle central à jouer, notamment à travers la mise en place de mécanismes de garantie, de dispositifs fiscaux incitatifs et d’un environnement réglementaire favorable au développement des PME. Plusieurs pays africains ont déjà engagé des initiatives intéressantes dans ce sens. Au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Mali des dispositifs comme le FBDES, le FGPME, le FONGIP et le FGSP, contribuent au soutien des PME. Toutefois, ces mécanismes gagneraient à être plus flexibles, plus accessibles et mieux adaptés aux réalités des PME.
Les banques doivent également faire évoluer leurs modèles d’analyse du risque. Certaines banques africaines ont déjà réalisé des avancées importantes en développant des offres plus adaptées aux PME et une meilleure compréhension des réalités locales. Les partenaires techniques et financiers jouent aussi un rôle clé en accompagnant la structuration et la bancabilité des entreprises. À travers des programmes d’accompagnement et d’assistance technique, des structures comme GPG Consulting contribuent à rapprocher les PME des exigences du système financier.
Mais surtout, les PME doivent comprendre que l’accès au financement se prépare. Une entreprise devient finançable grâce à une gestion structurée, des données financières fiables et une vision claire de sa croissance. “Le financement ne se demande pas seulement ; il se prépare et se construit dans le temps, car le financement n’est pas un point de départ. C’est l’aboutissement d’un processus."
C.F : Il y a des solutions de financement alternatif comme le capital-investissement qui, malheureusement, reste peu connu ou fait face à une certaine résistance (culturelle) des promoteurs des PME, quelle analyse en faites-vous ?
M.S.A : Le capital-investissement souffre encore d’un déficit de compréhension et d’une résistance culturelle. Beaucoup d’entrepreneurs perçoivent l’ouverture du capital comme une perte de contrôle, alors qu’il s’agit en réalité d’un levier d’accélération. À cela s’ajoute un écosystème encore en construction, avec un nombre limité d’acteurs et des tickets souvent inadaptés aux petites PME. Pourtant, dans les économies matures, le private equity est un moteur clé de transformation des entreprises.
C.F : Dans le cadre du Programme AFAWA (Affirmative Finance Action for Women in Africa), à travers le Cabinet GPG Consulting, vous accompagnez plusieurs centaines de PME de femmes ou à impact féminin à travers le continent africain. Pouvez-vous présenter brièvement ce programme et expliquer ce qui a justifié sa mise en place ?
M.S.A : AFAWA, porté par Banque Africaine de Développement et mis en œuvre par AGF, est une initiative continentale née du constat que les femmes entrepreneures africaines font face à un important déficit d’accès au financement, malgré leur contribution majeure à l’économie du continent (Gap de 42 Milliards USD). C’est un programme conçu pour répondre à une problématique structurelle : beaucoup de PME dirigées par des femmes disposent d’un réel potentiel de croissance, mais restent insuffisamment préparées aux exigences du système financier classique. AFAWA vise donc à réduire cet écart en agissant à la fois sur l’amélioration de l’accès au financement et sur le renforcement des capacités des entreprises.
Concrètement, le programme combine accompagnement technique, formation, mentorat, structuration financière et facilitation des relations avec les institutions financières afin de permettre aux PME féminines de devenir plus solides, plus crédibles et plus compétitives. Ce qui fait la force d’AFAWA, c’est justement cette approche intégrée. Le programme ne se limite pas à favoriser l’accès au capital ; il cherche avant tout à construire une nouvelle génération de PME africaines mieux structurées, plus résilientes et capables de soutenir durablement leur croissance. “Le véritable impact d’AFAWA ne se mesure pas seulement au financement mobilisé, mais à la qualité des entreprises que le programme contribue à construire.”
C.F : Concrètement qu’offre le programme AFAWA aux bénéficiaires ?
M.S.A : Concrètement, le programme permet aux entrepreneures de bénéficier de formations techniques et managériales adaptées à leur niveau de maturité, d’un accompagnement stratégique personnalisé, ainsi que d’un mentorat visant à renforcer leurs capacités de pilotage et de croissance. Les entreprises sont également accompagnées sur des sujets clés comme la gestion financière, la gouvernance, la formalisation des activités, la préparation des dossiers de financement et l’amélioration de leur bancabilité. AFAWA joue aussi un rôle important dans la mise en relation entre les PME et les institutions financières partenaires, afin de réduire les barrières qui limitent traditionnellement l’accès des femmes entrepreneures au financement.
Mais au-delà des outils techniques, le programme cherche surtout à créer un véritable changement de posture entrepreneuriale. L’objectif étant d’aider les bénéficiaires à passer d’une logique de survie ou de gestion informelle à une logique d’entreprise structurée, capable de planifier sa croissance, de mobiliser des financements et de saisir des opportunités à plus grande échelle.
C.F : Quel bilan d’étapes faites-vous de la mise en œuvre de ce programme ?
M.S.A : À ce stade de la mise en œuvre du programme, et même si nous sommes encore à mi-parcours, les retours sont globalement très encourageants et particulièrement satisfaisants. L’un des éléments les plus marquants est le changement de perception observé chez plusieurs bénéficiaires. Beaucoup de PME sont initialement venues avec une attente essentiellement orientée vers le financement. Mais au fil du programme, elles ont pris conscience que la véritable clé d’un accès durable au financement réside dans la structuration de l’entreprise, la qualité de la gestion et la maîtrise des outils de pilotage.
Nous constatons également une amélioration progressive de la qualité des entreprises accompagnées : meilleure organisation interne, formalisation plus rigoureuse des activités, amélioration des documents financiers et meilleure compréhension des exigences des institutions financières. Les entrepreneures développent aussi davantage de confiance dans leurs échanges avec les banques et les partenaires financiers.
Les banques partenaires avec lesquelles nous travaillons expriment également leur satisfaction quant à la qualité de l’accompagnement et à l’évolution des PME suivies. D’ailleurs, alors même que certaines phases de renforcement des capacités sont encore en cours, plusieurs entreprises ont déjà commencé à accéder à des financements, ce qui constitue un signal très positif sur la pertinence de l’approche mise en place.
Au-delà des chiffres, je pense que le principal motif de satisfaction reste la dynamique de transformation engagée chez les bénéficiaires. Nous voyons émerger des entrepreneures plus structurées, plus stratégiques dans leur vision et mieux préparées à inscrire leurs entreprises dans une logique de croissance durable. “Le véritable succès d’un programme comme AFAWA ne se mesure pas uniquement aux financements obtenus, mais à la capacité des PME accompagnées à devenir durablement finançables et compétitives.”
C.F : A l’issue de la phase de renforcement des capacités, certaines PME vont bénéficier de financement. Quel sera le mécanisme de sélection ou les critères qui seront mis en avant ?
M.S.A : L’accès au financement à l’issue du programme ne repose pas sur une logique automatique, mais sur une évaluation globale de la maturité et de la viabilité des entreprises accompagnées. L’objectif n’est pas simplement de financer des PME, mais de s’assurer que les entreprises retenues disposent des capacités nécessaires pour utiliser efficacement les ressources financières et soutenir durablement leur croissance.
Les institutions financières partenaires analysent donc plusieurs dimensions essentielles. Bien entendu, il y a les critères classiques comme la qualité du modèle économique, la rentabilité de l’activité, la capacité de remboursement ou encore la cohérence des besoins exprimés. Mais aujourd’hui, l’analyse va beaucoup plus loin. Les banques accordent également une attention particulière à la qualité de la gouvernance, au niveau de structuration de l’entreprise, à la fiabilité des informations financières, à la capacité de pilotage du dirigeant et à la vision stratégique portée par l’entreprise. Une PME qui maîtrise ses chiffres, comprend son marché et démontre une gestion rigoureuse inspire naturellement davantage confiance.
Dans le cadre d’un programme comme AFAWA, un autre élément important est la capacité des bénéficiaires à intégrer les recommandations issues de l’accompagnement. Les entreprises qui montrent une réelle progression dans leur organisation, leur discipline financière et leur formalisation augmentent considérablement leurs chances d’accéder au financement.
Il faut aussi rappeler que le financement doit rester adapté au niveau de maturité de chaque PME. L’enjeu n’est pas de financer vite, mais de financer de manière responsable et durable, afin d’éviter de fragiliser des entreprises qui ne seraient pas encore prêtes à absorber certains niveaux d’engagement financier. “Le financement durable ne récompense pas uniquement le potentiel d’une entreprise ; il récompense surtout sa capacité à inspirer confiance et à démontrer sa maturité.”
Pour terminer tiens à adresser mes sincères remerciements à C’Finance, organe de presse de référence au Burkina Faso sur les questions économiques et financières. Je voudrais saluer le travail remarquable accompli par toute l’équipe. Félicitations également pour le prix d’excellence en journalisme financier décroché en avril dernier à Kigali au Rwanda qui vient confirmer cette dynamique d’excellence et témoigne de son professionnalisme et de la qualité de son engagement pour l’information financière en Afrique.
Merci surtout pour le soutien constant apporté aux acteurs économiques africains et pour votre contribution à la promotion d’une information financière produite par l’Afrique et pour l’Afrique. Dans un contexte où les récits économiques du continent sont encore trop souvent portés de l’extérieur, ce travail est essentiel.
Interview réalisée par la
Rédaction de C’Finance





