Face à l’immense déficit de financement estimé à 42 milliards USD pour les femmes entrepreneures en Afrique, la Banque Africaine de Développement déploie une initiative de professionnalisation des Petites et Moyennes Entreprises à fort impact féminin dénommée Programme AFAWA (Affirmative Finance Action for Women in Africa). AFAWA a la particularité de reposer sur une approche holistique de la problématique de la structuration et de l’accès au financement des PME en Afrique, surtout celles à fort impact féminin, afin de contribuer à asseoir un entrepreneuriat féminin professionnel, c’est-à-dire, structuré, performant et résolument « bancable ».

Au Burkina Faso, 200 dirigeantes de Petites et moyennes entreprises (PME) sont actuellement au cœur d'un processus de métamorphose. Elles participent au programme AFAWA (Affirmative Finance Action for Women in Africa), une initiative de la Banque Africaine de Développement (BAD), qui au-delà d’offrir simplement une série de formations, consiste à mettre en place tout un écosystème stratégique associant la puissance institutionnelle de la BAD, l'expertise technique du cabinet international Global Performance Group (GPG) , la sécurité financière de African Guarantee Fund (AGF) et l'engagement opérationnel d'Orabank Burkina pour mieux structurer, professionnaliser  ces entreprises de femmes ou à impact féminin.

La formulation de ce programme découle d’un constat sans équivoque, dressé par les experts du secteur. « Avec l'ensemble des échanges que nous avons eus, autant avec les PME que les banques, on s'est rendu bien compte qu'il fallait former les PME », note le gérant du Cabinet GPG Consulting, Serge Agnimel.

Le gérant du Cabinet GPG Consulting, Serge Agnimel : "La particularité de ce programme est qu'on a travaillé avec la banque un an en amont sur les critères structuration des PME pour parvenir au financement."

 

Et tout a commencé par un diagnostic du degré de maturité stratégique de chacune des entreprises pour évaluer le niveau organisationnel et financier, explique-t-il. « Les diagnostics ont permis de constituer des groupes homogènes. Les PME du Burkina ont été réparties en cinq groupes de 40 », précise Mr Agnimel.

Le parcours de formation se décline ensuite en huit modules thématiques formulées à partir des lacunes détectées au sein des entreprises, allant de la vision stratégique à la digitalisation, en passant par la gouvernance, la gestion du capital humain et l'éducation financière.

« La formation a commencé depuis le 18 mars et continue jusqu’au 12 mai 2026. On a démarré par des formations à distance, et depuis le 28 avril ,nous  sommes sur la phase présentielle qui va durer dix jours », détaille-t-il.

En tant que Responsable du marché des PME au sein d'Orabank, Ibrahim Rock Drabo a participé aux réflexions sur la construction du programme AFAWA pour lui permettre de répondre aux lacunes fondamentales des PME burkinabè.

 

Le contenu de ces formations a été pensée pour répondre aux problèmes structurelles des PME burkinabè. Le Responsable de zone des 12 agences de Orabank au Burkina, par ailleurs point focal du programme AFAWA au sein de la Banque, Ibrahim Rock Drabo, met le doigt sur trois freins majeurs qui paralysent la croissance des PME féminines africaines : l'absence de structuration organisationnelle où tout repose sur le seul promoteur, le manque d'études de marché rigoureuses et l'opacité de l'information financière.

« Très souvent, on a des PME qui sont construites autour d'un individu qui est celui qui pilote tout le business sans forcément une structuration qui prend en compte d'autres compétences nécessaires », analyse-t-il.

Cette réalité de type « business familial » ou informel est celle de dirigeantes courageuses mais souvent piégées par la confusion entre la gestion privée de son patrimoine et la gouvernance professionnelle de l’entreprise.

Patronne de l'établissement Mam's Wend Kuni, Mamounata Balima née Zoungrana regrette d'avoir confié ses affaires à des membres de sa famille, ce qui n'a pas concourru à une bonne gestion de sa société.

 

Une situation bien connue de la responsable de l’établissement Mam’s Wend Kuni, Mamounata Balima née Zoungrana, qui reconnait avoir été victime de cette informalité dans la direction de son entreprise. « Dans l'entrepreneuriat, on ne doit pas associer les deux choses, la famille et le travail. Il faut rester professionnel », confie-t-elle.

Mme Balima assistait, quelques instants plus tôt, au module sur la gestion des ressources humaines et le leadership, présenté par la directrice générale du Cabinet Sifi, Fatoumata Bintou Bado/Maiga. La formatrice y a souligné les risques liés à l’absence de formalisme juridique et organisationnel dans la crédibilité et la professionnalisation des entreprises, qui les rend moins crédibles auprès des banques.

Quitter la gestion artisanale pour la professionnalisation

Pour Assanatou Sanou née Ouédraogo, gérante de Providence Agro, AFAWA est un tremplin vers un changement d'échelle. « J’avais des difficultés en matière de structuration, de gestion de personnel, de gestion comptable.... L’impact de cette formation est très grand, il est énorme et inquantifiable », reconnait-elle.

La directrice de l’agence de communication Tiwa Service, Aïda Malika Senami Sawadogo : " Le programme AFAWA est une très grande opportunité. J’aurais souhaité que beaucoup d’autres agences de communication en profitent ; car nous avons beaucoup de lacunes en ce qui concerne la gestion du personnel."

 

La participation au programme AFAWA, même encore non achevé, a donc sonné le déclic chez bien de responsables de PME. La directrice de l’agence de communication Tiwa Service, Aïda Malika Senami Sawadogo, y voit une arme de renforcement de la compétitivité  des entreprises.

« Le programme AFAWA est une très grande opportunité. J’aurais souhaité que beaucoup d’autres agences de communication en profitent ; car nous avons beaucoup de lacunes en ce qui concerne la gestion du personnel. Beaucoup d’entre nous ont des entreprises très mal structurées. Ces formations sont très intéressantes, elles nous ont permis de beaucoup apprendre, notamment en matière de gestion de l’entreprise, de structuration, des éléments qui pourraient nous aider à asseoir une entreprise performante, digitale et aller sur le terrain du marché burkinabè qui n’est pas du tout facile », analyse-t-elle.

C’est donc en vue de briser les chaînes qui entravent la professionnalisation des PME, que le programme AFAWA, sous la facilitation de GPG Consulting, a élaboré une méthodologie rigoureuse, maximisant sur le renforcement pratique des compétences, et en ne réservant que 20 % du processus au volet théorique.

La prise en compte de l’éducation financière parmi les modules constitue un aspect important du processus de professionnalisation, souligne la formatrice Fatoumata Bintou Bado. Elle vise à ce que les dirigeantes « prennent conscience en fait que leur propre activité est le premier pourvoyeur de financement » avant même le recours au crédit bancaire.

Afin de réunir toutes les conditions de réussite du programme, le cabinet GPG Consulting s'est entouré de consultants expérimentés, dont la directrice générale du cabinet SIFI, Fatoumata Bintou Drabo née Maïga qui a développé les modules sur le leadership, le management et l'éducation financière.

 

L'originalité d'AFAWA réside aussi dans sa construction tripartite. GPG Consulting assure le renforcement des compétences des bénéficiaires pour rendre les dossiers solides ; AGF intervient comme un catalyseur en offrant des garanties qui allègent les exigences liées au financement et Orabank Burkina intervient en bout de chaîne pour assurer le financement des projets arrivés à maturité et reconnus bancables.

L'ambition de la banque partenaire est de parvenir à octroyer des crédits à au moins 60 % à 70 % des PME participantes. Pour ce qui est du  montant du financement à accorder, le programme ne prévoit aucun plafond, l’accent étant porté sur la qualité du projet. « On espère que toutes les PME qui auront participé à ce programme pourront présenter des business plans, bien entendu, avec l’appui de GPG pour qu'on puisse atteindre ce pourcentage de financement qu'on s'est fixé en amont », explique le point focal du programme AFAWA à Orabank Burkina, Ibrahim Rock Drabo.

Vers une « armée » de championnes nationales et régionales

Afin de permettre au grand nombre de PME d’obtenir ces financements, le cabinet facilitateur ne lésine donc pas sur son accompagnement. « Nous nous donnons à fonds pour mettre en place un programme de qualité avec les consultants qui ont de l'expérience. Et cela a eu pour effet tout à l'heure d'avoir des retours assez intéressants des participantes qui, initialement, étaient venues uniquement pour avoir du financement mais qui se rendent bien compte que ce qui est plus important, c'est d'avoir des formations avant de prétendre au financement », confie le gérant de GPG Consulting.

Plusieurs participantes au programme AFAWA ont confié avoir beaucoup appris en matière de structuration et de gestion de l'entreprise à travers les formations.

 

Serge Agnimel trouve bien réducteur ce cliché présentant le « bon entrepreneur » comme celui qui a de la hargne, qui a beaucoup de résilience, se bat, et ne dort pas, etc.  « Il y a un volet qui n'est pas pris en compte, la structuration, et qui est la clé de tout. C’est ce message qu’on leur transmet et on est heureux de voir que c'est bien perçu de plus en plus par les bénéficiaires du programmes. C'est le déclic qu'on attendait et qui est arrivé », se réjouit-il.

Son cabinet, en tant que facilitateur , est donc présent sur les différents segments du programme, de la formation, à l'accompagnement pratique en vue de la structuration des PME, pour qu'elles inspirent davantage confiance aux banques.

Du côté de certains bénéficiaires, l’impact du programme est déjà palpable. Bénéficier du financement à la fin n’est plus une fin en soi, car le plus important ce sont les connaissances et les compétences acquises lors des sessions de capacitation, confie l’ingénieure agronome à la tête de l’entreprise Providence Agro, Assanatou Sanou. Elle voit dans AFAWA un levier d'expansion régionale.

« Avec cette formation, nous pouvons lever des fonds et élargir même le domaine d'intervention de l'entreprise, augmenter l'employabilité…. Si c’était à recommencer, je n’hésiterais pas à m’inscrire de nouveau à ce programme », poursuit-t-elle, l’air d’une bénéficiaire toute comblée.

Bénéficier du financement à la fin n’est plus une fin en soi, selon la responsable de l’entreprise Providence Agro, Assanatou Sanou. " Avec cette formation, nous pouvons lever des fonds et élargir même le domaine d'intervention de l'entreprise", a-t-elle confié

 

Même satisfecit chez Aïda Malika Senami Sawadogo, qui aspire désormais à transformer son agence Tiwa Service en une entreprise de référence grâce aux outils de structuration, de management et de leadership acquis durant les différentes sessions.

Le programme AFAWA ne s'arrête pas aux frontières du Burkina Faso. Il s'inscrit dans une dynamique continentale avec des déploiements similaires en Côte d’Ivoire, au Mali et au Tchad toujours sous la facilitation du Cabinet GPG consulting ; il vise à toucher plus de 40 000 PME dirigées par des femmes à travers l'Afrique. Comme le conclut Ibrahim Rock Drabo, cet investissement est d'autant plus stratégique que « quand les femmes sont aux affaires, le business est souvent mieux géré que si c’étaient les hommes, et l’impact est plus visible sur la société ».

Mouni N’GOLO

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