Ingénieur en informatique, entrepreneur et cofondateur de la start-up AGITEX spécialisée dans la conception de logiciels sur mesure, Alassane Sessouma fait partie de cette génération d’experts de la Diaspora africaine animés d’une ferme volonté de participer activement à la révolution numérique en cours sur le continent. Fort d’un parcours construit entre le Burkina Faso et la France, où il a travaillé dans le conseil informatique au sein de grandes entreprises, avec ses associés, il a mis en place AGITEX, une start-up spécialisée dans le développement de solutions digitales sur mesure destinées aussi bien aux entreprises qu’aux administrations publiques. Dans cette interview accordée à C’Finance, il livre son regard sur l’état de la transformation numérique en Afrique et au Burkina Faso, identifie les freins qui ralentissent encore son essor. M. Sessouma évoque également les perspectives de développement qu’offre l’intelligence artificielle et plaide pour une souveraineté numérique fondée sur des solutions conçues localement, à partir des réalités africaines pour adresser des défis propres au continent. 

C’Finance (C.F) : Quel est votre regard sur le niveau de déploiement du numérique en Afrique en général et au Burkina Faso en particulier, dans les entreprises comme dans les administrations ?

Alassane Sessouma (A.S) : L’Afrique demeure un immense chantier numérique, où il reste énormément de solutions à concevoir, à déployer et à adopter. Il y a encore quelques années, le continent était dans une phase très embryonnaire. Aujourd’hui, avec la volonté qu’il y a, le numérique est en train de prendre une certaine dimension. Mais malgré cette volonté, plusieurs défis structurels demeurent, notamment en matière d’infrastructures, de couverture et de qualité du réseau. Il reste encore beaucoup de chantiers à développer à ce niveau ! On peut concevoir les meilleurs logiciels du monde, mais s’il n’existe pas de réseau, d’internet, ces solutions ne peuvent pas fonctionner à l’optimum. Fort heureusement, les politiques en place essaient de trouver des solutions pour déployer le maximum possible la fibre afin de couvrir au maximum les territoires.

Pour ce qui est du Burkina Faso, je suis très content de ce qui s’y passe : le pays est clairement dans une phase d’expansion de son potentiel numérique. Les autorités actuelles sont en train d’investir massivement dans la digitalisation. Elles ont très bien compris que pour faire de la digitalisation, il faut des investissements lourds dans les datacenters, les infrastructures réseau. Nous saluons cette dynamique et nous sommes entièrement disposés à accompagner le gouvernement burkinabè dans ce sens !

C.F : Y a-t-il des secteurs où le déploiement du numérique est plus développé ou plus en retard ?

A.S : À l’échelle du continent, le secteur le plus avancé aujourd’hui est celui du mobile money. C’est un domaine dans lequel l’Afrique a pris une avance remarquable, y compris par rapport à certains pays européens. En France, par exemple, le mobile money, le transfert d’argent par le téléphone n’est pas très développé. Ce que l’Afrique arrive à faire dans le secteur informel avec le mobile money est très impressionnant ! Même dans des zones reculées, les transactions se font très bien, ce qui témoigne d’une très grande avancée.

L’administration est également en train de prendre en main la digitalisation ; le secteur bancaire aussi, puisque nous avons travaillé avec certaines banques de la place qui sont en train de développer des solutions très avancées. Nous avons accompagné certains acteurs du transport à avoir des solutions en matière de tracking, de suivi, mais aussi au niveau du back-office de leurs salariés.

La dynamique est bien là, il reste à y investir davantage. Le principal enjeu, désormais, est d’amener davantage d’acteurs à considérer le numérique non comme un coût, mais un investissement. L’outil informatique bien conçu peut améliorer la productivité, accroître les ventes, réduire les coûts de gestion, développer les compétences, fluidifier les opérations, optimiser tes processus et générer un retour sur investissement très rapidement ! Il y a donc un travail important à mener en matière de sensibilisation, de formation des acteurs.

C.F : Quid du déploiement du numérique dans des secteurs comme l’agriculture ou la santé, qui sont souvent présentés comme prioritaires pour le développement du continent ?

A.S : Ce sont des secteurs à très fort potentiel, mais qui restent encore insuffisamment digitalisés. En agriculture, l’Afrique dispose d’un gisement immense de valeur, mais l’outil numérique n’y est pas encore mobilisé à la hauteur des enjeux. On commence, certes, à voir apparaître des initiatives, notamment autour de la cartographie des sols, de l’usage des drones ou de la collecte de données agronomiques, mais cela reste encore limité.

Au Burkina Faso, il y a clairement de la place pour développer des solutions adaptées à l’agriculture, à l’agrobusiness et à l’ensemble de la chaîne de valeurs, de la production à la transformation. C’est d’ailleurs un sujet qui m’intéresse personnellement. Je réfléchis donc à la manière d’y déployer davantage d’outils numériques.

Du côté de la santé, il y a des initiatives notamment autour de la digitalisation du parcours santé. Ce n’est pas toujours évident, car ce sont des chantiers lourds, qui exigent des moyens, mais il y a des réflexions en cours sur quelles solutions digitales mettre en place pour un parcours santé de manière complète. Ce sont des projets qui ne sont pas encore matures, mais il y a du potentiel !

C.F : Comment analysez-vous l’évolution de la digitalisation dans le secteur financier burkinabè, notamment dans la banque, l’assurance la microfinance ?

A.S : Sur le volet assurance, nous avons déjà la preuve qu’un parcours entièrement digitalisé est possible. On peut souscrire en ligne, déclarer un sinistre en ligne, suivre son dossier et, dans certains cas, être indemnisé en ligne. Ce parcours existe déjà. Dans le secteur bancaire, on constate également des avancées importantes. Les clients peuvent déjà effectuer un certain nombre d’opérations via les applications mobiles : consultation de comptes, virements, opérations courantes, etc. Mais l’enjeu ne se limite pas seulement au service client. Il y a aussi tout le back-office, le processus interne de la banque à digitaliser pour permettre aux agents de mieux travailler, d’être plus efficaces. Beaucoup ont compris cela ! En matière de paiement, je suis content de savoir qu’il y a de gros acteurs, des incubateurs qui développent des solutions intégrées.

Au niveau de la microfinance, c’est encore désertique, le potentiel reste encore largement sous-exploité. Il n’y a pas beaucoup de logiciels et le peu qui existe sur ce segment n’est pas bien optimisé pour le secteur de la microfinance. D’ailleurs, il y a des demandes de solutions qui nous sont adressées, que nous analysons. Nous sommes en train de travailler sur un prototype de solutions qui puisse être le mieux possible adapté aux besoins et réalités spécifiques des institutions de microfinance.

C.F : Quels sont les facteurs qui freinent le déploiement du plein potentiel du numérique en Afrique ?

A.S : Le premier frein est que beaucoup de gens n’ont pas encore une compréhension claire de ce que l’outil informatique peut apporter. Il existe parfois une forme de méfiance : certains y voient un instrument de contrôle, de surveillance ou de complexification, alors qu’il est là pour aider le travailleur à mieux travailler, simplifier, automatiser des tâches, à prendre la donnée, la traiter et la restituer. Il faut donc renforcer la sensibilisation, la formation et la conduite du changement !

Le deuxième frein est infrastructurel : le réseau, l’Internet, la disponibilité de la connexion et, plus largement, la stabilité des environnements techniques constituent des challenges majeurs. Nous avons par exemple une solution pour digitaliser les écoles, les lycées mais beaucoup nous font savoir qu’ils n’ont pas d’internet. Alors que pour nous, dans notre conception du projet, l’internet était un acquis ! Nous sommes en train de prendre en compte cette donne en développant des solutions capables de fonctionner même sans internet !

C.F : La faible culture numérique des populations ne constitue-t-elle pas aussi un obstacle, beaucoup de personnes préférant encore les procédures physiques aux solutions digitalisées ?

A.S : Absolument. C’est un sujet central. On ne peut pas réussir une transformation numérique sans une véritable conduite du changement ! Les usages ne changent pas automatiquement parce qu’un outil existe. Il faut accompagner les populations, expliquer les bénéfices, rassurer, démontrer l’utilité concrète du service. Cette culture numérique doit être construite le plus tôt possible, dès l’école. Plus les enfants grandissent en étant familiarisés avec ces outils, plus ils les intégreront naturellement dans leurs usages futurs. Le travail de transformation doit donc être mené à la fois auprès des adultes et au niveau du système éducatif.

C.F : le numérique, l’IA en particulier, est présenté comme une grosse opportunité pour l’Afrique de refaire son retard en matière de développement dans bien de domaines, pour ne pas dire tous les domaines. Partagez-vous cette lecture ?

A.S : Je partage entièrement cet avis ! L’intelligence artificielle constitue une opportunité réelle pour l’Afrique de refaire son retard. Mais il y a de gros défis à relever ! Et il faut aborder la question avec beaucoup de lucidité. Les grands acteurs qui sont là nous proposent des modèles d’IA très gourmands, très demandeurs de beaucoup de ressources, d’énergie ! Ces IA ne sont pas conçues pour l’Afrique qui a des contraintes particulières en matière d’accès à l’énergie, de réseaux internet…

Par contre, cela donne l’opportunité de concevoir des modèles d’IA basse consommation, adaptés aux besoins de notre continent. Il faut ensuite les entraîner et les spécialiser sur nos propres besoins : l’agriculture, l’élevage, la santé, la finance, l’administration, l’éducation, etc. L’autre défi majeur, c’est le manque de donnée. Sans données fiables, structurées et exploitables, l’IA ne peut pas produire de résultats pertinents. C’est pourquoi à AGITEX, nous travaillons aussi sur des modèles complets qui vont de la collecte, au stockage, à la structuration et à la valorisation de la donnée. Pour nous, l’avenir de l’IA en Afrique passe par cette capacité à construire nos propres bases de données et à développer des solutions adaptées à nos réalités.

C.F : Au-delà des opportunités, quels sont les principaux risques liés à l’IA ?

A.S : Le premier risque réside dans la sécurité des systèmes. Mais cela n’est pas propre à l’Afrique, c’est un sujet mondial. Avec les modèles d’IA actuels, les cyberattaques peuvent aller très loin ! En Afrique, les défaillances du réseau internet limitent la portée de ces attaques ! Le deuxième risque porte sur l’usage que l’on fait de l’outil. Une intelligence artificielle mal utilisée peut devenir problématique dans de nombreux domaines, y compris dans l’éducation, où elle peut être utilisée pour contourner l’effort, tricher ou détourner certains apprentissages. Il faudrait encadrer l’usage de l’IA ! 

C.F : Certains redoutent également un impact négatif de l’IA sur l’emploi. Cette inquiétude vous paraît-elle fondée dans le contexte africain ?

A.S : La question est légitime, mais il faut la replacer dans le contexte africain. Les craintes exprimées en Europe ou aux États-Unis ne se transposent pas automatiquement sur nos réalités. En Afrique, on a un sens social qui fait que l’on préfère employer une personne qui va moins bien faire le travail que de faire totalement recours à l’IA. Le remplacement massif de l’humain par la machine suppose des systèmes extrêmement robustes, des données fiables, une énergie stable, une connectivité et des environnements parfaitement maîtrisés. Or, dans beaucoup de contextes africains, ces conditions ne sont pas encore réunies. Dans bien des cas, l’IA viendra davantage compléter le travail humain, l’assister, l’accélérer ou le sécuriser, plutôt que le remplacer totalement.

C.F : Beaucoup estiment que l’Afrique a manqué plusieurs grandes révolutions historiques, mais qu’elle a une chance inouïe de pas rater la révolution numérique…

A.S : Oui, l’Afrique a devant elle une fenêtre d’opportunité. Mais il y a aussi de gros défis, car le continent est pluriel, c’est plusieurs pays avec des politiques et des visions différentes ! Pour construire quelque chose de robuste en matière d’IA, il faut fédérer les moyens, parce que cela demande des big datacenters, de gros investissements, beaucoup de ressources dans la durée ! Si l’Afrique était fédérée, elle pourrait lever beaucoup de ressources pour bâtir quelque chose de très grand ! Mais si on n’arrive pas à cette synergie, on va se retrouver avec chaque Etat en train de faire des petites réalisations qui n’apporteront pas grande chose !

L’Europe, par exemple, a décidé de ne plus utiliser les IA américaines mais d’utiliser Mistral !  L’Afrique doit elle aussi réfléchir à sa propre voie, à ses propres solutions, à sa propre gouvernance technologique. Le sujet n’est pas seulement technique ; il est aussi politique, économique et stratégique. Notre continent doit se mettre en ensemble, mobiliser beaucoup de ressources, investir massivement à l’échelle continentale pour bâtir quelque chose de souverain !

C.F : Vous êtes dans le domaine du développement des logiciels. Quel regard portez-vous sur le marché du logiciel en Afrique et sur le rôle qu’il peut jouer dans le développement du continent ?

A.S : Ce qui m’a frappé quand je suis venu en prospection en Afrique est que sur le continent, on continue d’utiliser de gros logiciels américains, importés, souvent conçus pour des environnements occidentaux, avec des logiques métiers, des processus et des contraintes qui ne sont pas forcément adaptés aux réalités africaines. Ces logiciels ne sont donc pas utilisés à plein régime mais nous payons pour les avoir !

L’Afrique a tout ce qu’il faut pour produire ses propres logiciels, adaptés à ses propres besoins. Il y a de véritables talents sur le continent qui a l’avantage d’avoir une population jeune. L’enjeu est donc de former ces compétences, de les structurer et de leur donner les moyens de concevoir des solutions sur mesure, pensées pour les administrations, les entreprises et les usages africains.

C’est ce que nous faisons à AGITEX. Nous ne venons pas imposer un outil standard à un client. Nous cherchons d’abord à comprendre le fonctionnement de l’entreprise, ses contraintes, ses processus, puis nous développons une solution qui épouse exactement sa réalité, son environnement de travail. Ce qui permet d’avoir des solutions souveraines développées en Afrique, par des Africains pour adresser des problématiques africaines ! C’est, à mon sens, la voie d’une plus grande souveraineté numérique.

C.F : Avez-vous un exemple concret de solution développée sur mesure qui illustre cette approche ?

A.S : Oui. Nous avons accompagné un acteur de la logistique dont les processus reposaient encore largement sur le papier. À partir de l’audit de son fonctionnement, nous avons développé une solution digitale en étroite collaboration avec ses équipes. Aujourd’hui, le système est pleinement digitalisé. Quand une opération est terminée, en un clic, elle passe au service suivant et ainsi de suite ! Le dirigeant de l’entreprise, depuis son bureau, peut suivre tout cela en temps réel et dispose ainsi d’une meilleure visibilité sur les opérations. C’est exactement ce type de transformation que nous voulons porter : une digitalisation utile, concrète, enracinée dans les besoins du terrain. Le marché de logiciels reste encore faiblement développé, car les gens continuer de penser que l’acquisition de ces logiciels coûtent trop cher ou que l’outil informatique n’est pas nécessaire.

C.F : En Afrique, beaucoup, y compris les entreprises, sont enclins à utiliser des logiciels libres. Y a-t-il danger en la matière ?

A.S : Une bonne question ! Pas forcément, si tu as bien choisi ton logiciel libre !  Nous-mêmes utilisons des solutions libres dans nos développements. Il faut donc savoir utiliser ses logiciels libres et avoir les compétences pour les utiliser. On ne prend pas un logiciel pour juste le déployer, mais le questionner, le paramétrer, y mettre des couches d’intelligences qui te sont propres !  Si ces compétences existent en interne, il n’y a pas de difficulté particulière. Sinon, il faut se faire accompagner par des structures comme la nôtre ! Nous proposons par exemple des solutions autour de Dolibar, un outil libre de type CRM/ERP très sécurisé ! Mais quand on le déploie, il faut avoir les compétences pour le gérer, le maintenir et le faire évoluer éventuellement !

C.F : Le Burkina Faso est engagé dans de vastes chantiers de digitalisation, de conquête de sa souveraineté numérique, avec notamment les projets de data centers. Quelle appréciation faits-vous de cette politique volontariste en faveur de la digitalisation ?

A.S : C’est une bonne orientation, et même une orientation indispensable. Il aurait fallu l’engager depuis longtemps, mais le plus important est qu’elle soit désormais clairement assumée. Le renforcement des compétences locales, la formation d’ingénieurs, le développement de capacités internes dans l’administration et la mise en place d’infrastructures souveraines vont dans le bon sens.

Il y a toutefois un point sur lequel j’insiste beaucoup : la réussite d’un projet numérique dépend aussi de la conduite du changement. On ne peut pas se contenter d’installer une solution et d’exiger ensuite que tout le monde s’y adapte du jour au lendemain. Il faut associer les utilisateurs en amont, expliquer la démarche, recueillir leurs besoins, les embarquer dans le processus. Lorsqu’un outil est coconstruit avec ceux qui vont l’utiliser, son appropriation est bien plus rapide et durable. Certaines plateformes de l’administration publique comme e-Casier judiciaire, Faso-Arzeka … commencent d’ailleurs à être adoptées par les usagers, ce qui montre que la transformation est possible à condition qu’elle soit pensée de manière inclusive et pragmatique.

C.F : Etes-vous disposer à apporter votre expertise à la mise en œuvre de ces choix politiques, mais aussi à soutenir les initiatives du secteur privé ?

A.S : Oui, nous sommes pleinement disposés à accompagner cette dynamique. Et je le dis très sincèrement : nous n’attendons que ça ! Si je peux être utile au Burkina Faso, je le serai avec plaisir ! J’ai appris beaucoup de choses à l’étranger, mais je me sens davantage utile ici, dans mon pays, qu’ailleurs. Si demain on nous sollicite pour du conseil, de l’accompagnement ou du développement, nous serons disponibles. À travers AGITEX, mais aussi à titre personnel, je suis disposé à contribuer à cette dynamique. Plus le pays avance sur ces sujets, plus c’est bénéfique pour l’ensemble de l’économie et de la société !

C.F : Vous êtes promoteur d’une entreprise dans le digital, notamment AGITEX. Pouvez-vous présenter cette entreprise ?

A.S : Avec trois autres associés dont deux Burkinabè et un Tchadien, nous avons décidé à quatre de créer AGITEX. L’idée au départ était de réunir nos forces, mutualiser nos compétences pour créer une société capable d’intervenir sur le marché de la technologie en Europe, mais avec une perspective de développement en Afrique. L’ambition était de créer un pôle qui pourrait mixer les talents sur le continent avec les projets que nous portions en Europe.

Peu à peu, nous avons renforcé notre présence en Afrique et nous nous sommes rendus compte qu’il y avait ici un champ d’action encore plus vaste, beaucoup de choses à faire en Afrique qu’en Europe. Aujourd’hui, nous menons d’ailleurs davantage de projets en Afrique qu’en Europe. AGITEX est née en 2020 et nous avons ouvert AGITEX Burkina en 2022. Depuis, nous y développons progressivement nos activités.

AGITEX est une société de services numériques. Nous intervenons d’abord sur le conseil et l’accompagnement : architecture des systèmes, sécurité, organisation des directions des systèmes d’information, modernisation des outils et des processus. Nous aidons aussi les entreprises qui ont déjà développé des solutions mais qui ont besoin de les stabiliser, de les faire évoluer ou de mieux les exploiter. Nous développons ensuite des solutions sur mesure, adaptées au contexte et aux besoins spécifiques de nos clients. À cela s’ajoute une offre de formation technique et d’accompagnement en gestion de projet, afin d’aider les équipes à monter en compétences.

Enfin, nous sommes en train de structurer une offre de logiciels produits, avec une plateforme sur laquelle les entreprises pourront acquérir des solutions pensées pour le contexte burkinabè. Nous avons déjà plusieurs logiciels en cours de commercialisation ou de finalisation, notamment dans la gestion scolaire, la gestion hôtelière et la microfinance. L’objectif est d’élargir progressivement cette offre pour répondre aux besoins des PME et TPE. Et nous avons accompagné des entreprises privées et des institutions publiques au Burkina Faso !

C.F : Pourquoi avoir fait le choix d’ouvrir une représentation au Burkina Faso et non ailleurs où le marché pourrait être plus attractif ?

A.S : La réponse est simple : l’attachement au pays !  Le Burkina Faso est mon pays, j’y suis né, j’y ai grandi, et j’ai profondément envie d’y être utile. Lorsque nous avons décidé, avec nos associés, d’ouvrir une filiale en Afrique, nous avons naturellement défendu l’idée que nous venions au Burkina Faso ! D’autres marchés sont plus attractifs sur le plan économique, mais nous avons maintenu ce choix. Même dans un contexte national difficile, nous avons décidé de rester, de nous installer et de travailler ici. Chacun doit contribuer, à sa manière, à l’effort de construction du pays. Ceux qui ont eu la chance d’acquérir une expérience à l’étranger peuvent aussi envisager de revenir la mettre au service du continent. Si nous ne le faisons pas, ce ne sont pas les Français ou les Américains qui viendraient le faire !

C.F : Quels vos projets futurs pour le Burkina, l’Afrique ?

A.S : A AGITEX, notre ambition est d’être l’un des leaders en Afrique dans le déploiement de l’IA locale à base consommation, qui n’a pas besoins de beaucoup d’énergie, de calculs. A commencer par le Burkina ! Nous voulons construire des offres qui permettent de collecter la donnée, de la traiter, d’en vérifier la fiabilité, de l’intégrer dans des systèmes, puis d’entraîner nos IA sur ces données afin de proposer des solutions sur étagères.

Ses solutions seront accompagnées d’équipements comme les téléphones ou les tablettes Android, avec une sorte d’application qui fonctionne sans internet ! A travers ces outils, l’agriculteur pourrait avoir des conseils tous les jours sur comment améliorer ses cultures et ses rendements ou prendre de meilleures décisions. Dans le secteur financier, il y a des solutions digitales qui arrivent pour le sous-secteur de la microfinance. Au niveau de l’assurance, nous voulons intégrer l’IA dans la partie déclaration de sinistres ! Nous comptons aussi accompagner le développement de services, les PME !

À titre personnel, en tant entrepreneur, je souhaite également articuler davantage l’informatique avec des secteurs que je considère essentiels pour l’Afrique : l’agriculture, la transformation et l’exportation. Développer ces volets grâce à l’intelligence du numérique, de l’IA me tient énormément ! Car, je suis convaincu que c’est là que se trouve une part importante de notre potentiel de création de valeur !

Interview réalisée par la

Rédaction de C’Finance

Dans la même rubrique Fintech

☎ Appel : (226) 77 67 52 16 / 78 46 33 10 

WhatsApp  : (226) 61 33 97 14

Mail : secretariat@cfinance.news 

LE CHOIX DE L'ÉDITEUR

ACTUALITÉS