Dans une publication du 24 août 2026, à partir des données provisoires issues du rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l’UMOA, C’Finance établit le classement des principales banques participant au financement de l’économie burkinabè en 2025. À fin décembre 2025, les banques burkinabè portent un encours de crédits à la clientèle de 4 444,5 milliards de FCFA. Coris Bank International arrive en tête avec 1 218,8 milliards de FCFA, devant Bank of Africa Burkina Faso (474,1 milliards), Ecobank Burkina (456,5 milliards), Vista Bank Burkina (393,5 milliards) et Société Générale Burkina Faso (287,7 milliards). Ces cinq établissements concentrent ainsi près de 64 % de cet encours de crédits à la clientèle.
Dans cette contribution, le Professeur Alassane Ouattara, Directeur de la Recherche, de l’Innovation et de l’Entrepreneuriat ; Enseignant-Chercheur Permanent au Centre Africain d’Etudes Supérieures en Gestion (CESAG), spécialité en Finance et comptabilité, va au-delà des chiffres globaux pour questionner leur pertinence et surtout la véritable information qu’il faut rechercher derrière ces données. Il souligne que le classement est utile, il permet d’identifier les établissements qui portent les volumes de crédits les plus importants. Mais que mesure-t-il exactement ?
Le volume de crédits permet d’apprécier le poids d’une banque dans l’intermédiation financière. Il ne permet pas, à lui seul, de mesurer sa performance globale, pas plus qu’il ne renseigne entièrement sur la qualité du financement accordé.
Une banque peut porter un encours de crédits élevé tout en supportant un coût du risque important. Une autre peut présenter un encours plus modeste tout en générant une meilleure rentabilité des actifs ou des fonds propres, et un coût du risque adéquat. Une troisième peut mobiliser beaucoup de ressources auprès de la clientèle sans les transformer dans les mêmes proportions en financements. Les différences peuvent également tenir au modèle d’affaires, à la structure actionnariale, à la clientèle ciblée ou à la politique de risque.
Pour comprendre réellement la contribution et la performance d’une banque, le classement par crédits gagnerait donc à être complété par au moins quatre autres dimensions : les ressources mobilisées auprès de la clientèle, la rentabilité, le coût du risque et la structure actionnariale.
1. Première précision : l’encours de crédits ne correspond pas aux nouveaux crédits mis en place pendant l’année
Une clarification méthodologique et terminologique est d’abord nécessaire. Deux familles de données sont mobilisées dans cet article et leurs libellés ne doivent pas être confondus. Le classement publié par C’Finance pour 2025 est présenté en « crédits à la clientèle » et correspond à un encours observé à la date de clôture. Pour les comparaisons individuelles de 2023, les données sont extraites du fascicule de la BCEAO Bilans et comptes de résultat des banques et établissements financiers de l’UMOA 2023. Le poste « créances sur la clientèle » figure à l’actif du bilan, tandis que le poste « dettes à l’égard de la clientèle » figure au passif. Ces deux postes constituent des stocks au 31 décembre. Ils se distinguent des « crédits mis en place » recensés dans les Rapports sur les conditions de banque dans l’UEMOA, qui mesurent des concours accordés au cours d’une période.
Ainsi, les 4 444,5 milliards de FCFA utilisés dans le classement 2025 correspondent à un encours de crédits porté par les banques à fin décembre 2025 et non au montant des nouveaux financements accordés pendant la seule année 2025.
Cette distinction n’est pas seulement conceptuelle. La BCEAO produit parallèlement, dans ses Rapports sur les conditions de banque dans l’UEMOA, des statistiques sur les crédits mis en place, c’est-à-dire sur les concours accordés au cours de l’année. Ces données sont recueillies mensuellement auprès des banques et ventilées selon le bénéficiaire, l’objet économique, la maturité et différentes caractéristiques de la clientèle.
Le Burkina Faso offre à cet égard un exemple particulièrement instructif.
|
Indicateur |
2022 |
2023 |
2024 |
|
Crédits mis en place |
2 595,3 Mds FCFA |
1 862,9 Mds FCFA |
2 413,8 Mds FCFA |
|
Variation annuelle |
— |
–28,2 % |
+29,6 % |
Sources : Rapports sur les conditions de banque dans l’UEMOA (BCEAO, 2022, 2023, 2024)
Après un recul particulièrement marqué en 2023, le volume de crédits effectivement mis en place au Burkina Faso rebondit donc de 29,6 % en 2024, passant de 1 862,9 à 2 413,8 milliards de FCFA. Il demeure néanmoins inférieur d’environ 7 % au niveau de 2022.
Cette information apporte une dimension que le classement par encours ou créances sur la clientèle ne peut fournir.
L’encours indique combien de crédits restent inscrits au bilan à une date donnée ; les crédits mis en place renseignent sur l’intensité de la production nouvelle de crédit au cours de la période.
Une banque peut ainsi présenter un encours élevé parce qu’elle a accumulé un portefeuille important au fil des années, sans nécessairement être celle qui accorde le plus de nouveaux financements au cours de l’exercice. Inversement, une banque en forte expansion peut afficher un flux important de nouveaux crédits sans encore disposer du plus grand portefeuille en stock.
Dès lors, une analyse complète du financement bancaire devrait distinguer au minimum le stock de crédits, le flux de crédits mis en place, leur destination, leur prix et leur risque.
2. Qui est effectivement financé ?
Les rapports sur les conditions de banque dans l’UEMOA de la BCEAO permettent également de dépasser la seule question du montant global des crédits pour examiner leur destination.
En 2024, sur les 2 413,8 milliards de FCFA de crédits mis en place au Burkina Faso, environ :
|
Bénéficiaires |
Montant 2024 |
Part approximative |
|
Sociétés non financières |
1 440,2 Mds FCFA |
59,7 % |
|
Ménages |
637,2 Mds FCFA |
26,4 % |
|
Administrations publiques |
239,9 Mds FCFA |
9,9 % |
|
Institutions Sans But Lucratif au service des Ménages (ISBLM) |
73,8 Mds FCFA |
3,1 % |
|
Autres sociétés financières |
16,4 Mds FCFA |
0,7 % |
|
Autres institutions de dépôts |
6,4 Mds FCFA |
0,3 % |
Les sociétés non financières demeurent ainsi les principales bénéficiaires du crédit bancaire, avec près de 60 % des concours mis en place. Les ménages en reçoivent un peu plus du quart.
L’évolution entre 2023 et 2024 est cependant plus instructive encore.
Les financements aux sociétés non financières passent de 1 172 à 1 440,2 milliards de FCFA, soit une progression d’environ 23 %. Ceux destinés aux ménages restent pratiquement stables, autour de 635 milliards. En revanche, les concours aux administrations publiques passent de 3,3 à 239,9 milliards de FCFA. Ce dernier mouvement doit être interprété avec prudence en raison du niveau exceptionnellement faible de la base 2023.
À l’intérieur des sociétés non financières, une autre évolution mérite d’être soulignée, en ce sens que les crédits aux entreprises privées du secteur productif passent d’environ 1 002,3 milliards en 2023 à 1 317,7 milliards en 2024, soit une hausse de plus de 31 %, tandis que les concours aux sociétés non financières publiques reculent de 169,7 à 122,4 milliards.
Le rebond du crédit observé en 2024 est donc loin d’être purement comptable. En effet, il est notamment porté par un renforcement significatif des financements accordés au secteur productif privé.
3. À quoi sont destinés les nouveaux crédits ?
L’analyse par objet économique apporte une information complémentaire.
En 2024, les crédits de trésorerie demeurent la première catégorie avec 922,8 milliards de FCFA, soit un peu plus de 38 % des crédits mis en place. Ils sont suivis par les crédits à la consommation, pour 472,8 milliards, les autres concours, pour 474,8 milliards, et surtout les crédits à l’équipement, qui atteignent 438 milliards de FCFA.
Le mouvement des crédits à l’équipement est particulièrement notable, car ils passent de 202,1 milliards en 2023 à 438 milliards en 2024, soit plus du double. Les crédits à la consommation progressent également fortement, de 306,5 à 472,8 milliards, tandis que les crédits de trésorerie augmentent plus modérément, de 833,1 à 922,8 milliards.
Cette décomposition permet de nuancer encore la notion de « financement de l’économie ».
Un milliard de FCFA de crédit de trésorerie, un milliard de crédit à l’équipement et un milliard de crédit à la consommation ne répondent pas aux mêmes besoins économiques et n’ont pas nécessairement les mêmes effets sur l’investissement, la production ou la croissance.
Il ne suffit donc pas de mesurer combien les banques prêtent. Il convient également de se demander à qui elles prêtent, pour quel objet et sur quelle durée.
4. Les ressources de clientèle : distinguer à nouveau le stock de la mobilisation nouvelle
La même distinction méthodologique s’impose du côté des ressources mobilisées auprès de la clientèle.
Dans les bilans individuels publiés par la BCEAO, ces ressources sont retracées au passif sous le poste « dettes à l’égard de la clientèle », qui constitue un stock à la date de clôture. Les Rapports sur les conditions de banque fournissent, quant à eux, des informations sur les montants placés lors de nouvelles opérations de dépôts à terme, ainsi que lors du renouvellement des conventions existantes. Au Burkina Faso, ces opérations passent de 1 271,4 milliards de FCFA en 2022 à 1 037,6 milliards en 2023, soit une contraction de 18,4 %. Elles remontent ensuite à 1 136,6 milliards en 2024, soit une progression de 9,5 %. Le redressement de 2024 n’efface donc pas entièrement le recul de l’année précédente, en ce sens que le niveau reste environ 10,6 % inférieur à celui de 2022.
Mais la transformation la plus intéressante concerne la nature des déposants.
En 2023, les ménages représentaient environ 46 % des montants concernés, devant les sociétés non financières, autour de 33 %. En 2024, la structure s’inverse fortement. Ainsi, les sociétés non financières représentent près de 44 %, contre environ 20 % pour les ménages et près de 17 % pour les administrations publiques.
Les montants associés aux ménages passent ainsi de 478,3 milliards à 232 milliards de FCFA, tandis que ceux des sociétés non financières progressent de 338,6 à 495,9 milliards et ceux des administrations publiques de 71 à 188,3 milliards.
La lecture selon le statut juridique confirme cette transformation, c’est-à-dire que les nouveaux dépôts concernés provenant de personnes physiques reculent de 414,8 à 178,2 milliards, alors que ceux des personnes morales progressent de 622,8 à 958,4 milliards de FCFA.
Le redressement de la mobilisation des dépôts à terme en 2024 apparaît donc davantage porté par les personnes morales et les acteurs institutionnels que par les personnes physiques.
Cette évolution mérite d’être suivie, car la capacité d’une banque à mobiliser des ressources auprès de la clientèle ne dépend pas seulement des montants collectés, mais également de leur origine, de leur stabilité, de leur maturité et de leur coût.
5. Financer, oui, mais à quel prix ?
L’analyse du financement bancaire doit enfin intégrer le prix, voire le coût du crédit.
Au Burkina Faso, le taux débiteur moyen pondéré des crédits mis en place passe de 7,78 % en 2023 à 7,71 % en 2024, soit une légère diminution de 7 points de base. Cette baisse intervient après une année 2023 marquée par une augmentation particulièrement forte des conditions débitrices : la BCEAO indique que le taux moyen avait augmenté de 63 points de base au Burkina Faso en 2023, dans le contexte de relèvement des taux directeurs de la Banque Centrale.
En 2024, le taux moyen burkinabè demeure toutefois supérieur à la moyenne de l’UEMOA, établie à 6,76 %. L’écart est de l’ordre de 95 points de base.
Ce résultat enrichit considérablement l’analyse du financement.
Il ne suffit plus de demander : « Qui prête le plus ? »
Il convient aussi de demander : « À quel prix l’économie est-elle financée ? »
Une moyenne nationale qui masque des évolutions différentes selon les emprunteurs
La légère diminution du taux moyen burkinabè entre 2023 et 2024 doit elle-même être interprétée avec prudence.
En effet, les conditions ne s’améliorent pas pour toutes les catégories de bénéficiaires. Pour les sociétés non financières, le taux moyen passe de 7,79 % à 7,94 %. Pour les entreprises privées du secteur productif, il progresse de 7,84 % à 8,02 %. Celui appliqué aux ménages passe de 7,76 % à 7,87 %. À l’inverse, le taux moyen appliqué aux administrations publiques recule de 7,01 % à 6,10 %.
Cette évolution montre pourquoi une moyenne agrégée doit être interprétée avec précaution.
Le taux débiteur moyen peut diminuer alors même que le coût du crédit augmente pour certaines catégories importantes de clientèle, notamment les entreprises privées et les ménages.
Une partie de la baisse du taux moyen peut donc résulter d’un effet de composition : en 2024, les administrations publiques, qui bénéficient d’un taux relativement faible, représentent une part beaucoup plus importante des crédits mis en place qu’en 2023.
Il s’agit là d’une précaution méthodologique supplémentaire, car la variation d’un taux moyen ne renseigne pas seulement sur une modification du prix du crédit ; elle peut également refléter une modification de la structure des bénéficiaires.
Le coût de la ressource doit également entrer dans l’analyse
Du côté de la collecte, le taux créditeur moyen des dépôts à terme au Burkina Faso passe de 5,13 % en 2023 à 5,11 % en 2024. Il se situe ainsi légèrement en dessous de la moyenne UEMOA, qui atteint 5,30 % en 2024.
On peut relever, à titre descriptif, que l’écart simple entre le taux débiteur moyen des nouveaux crédits et le taux créditeur moyen des dépôts à terme est proche de 2,65 points en 2023 et 2,60 points en 2024. Cet écart ne doit toutefois pas être assimilé à une marge nette d’intermédiation : les crédits et les dépôts comparés n’ont pas nécessairement les mêmes maturités, les mêmes volumes ni les mêmes caractéristiques ; il faudrait également tenir compte des coûts opérationnels, des réserves, des autres ressources, du coût du risque et de nombreux autres éléments.
Il offre néanmoins une illustration utile : l’analyse du financement bancaire doit examiner simultanément le prix auquel la banque mobilise certaines ressources et le prix auquel elle accorde le crédit.
6. Créances et ressources de clientèle, rentabilité et risque : cinq banques, cinq profils
La comparaison des cinq banques qui dominent le financement en 2025, à partir de leurs données individuelles 2023, est éclairante.
|
Banque |
Créances sur la clientèle au 31 décembre 2023 (Mds FCFA) |
Dettes à l'égard de la clientèle au 31 décembre 2023 (Mds FCFA) |
Créances sur la clientèle / Dettes à l'égard de la clientèle |
ROA |
ROE |
Coût du risque/ Créances sur la clientèle * |
Actionnariat dominant |
|
Coris Bank |
1 214,1 |
1 528,0 |
79,5 % |
2,58 % |
23,63 % |
1,93 % |
Privé national : 94 % |
|
BOA Burkina |
655,9 |
771,2 |
85,1 % |
2,65 % |
23,22 % |
0,05 % |
Non-national : 57 % |
|
Ecobank Burkina |
485,5 |
797,0 |
60,9 % |
2,48 % |
28,38 % |
0,68 % |
Non-national : 78 % |
|
Société Générale BF |
437,8 |
453,7 |
96,5 % |
0,90 % |
7,04 % |
1,52 % |
Non-national : 59 % |
|
Vista Bank Burkina |
278,1 |
284,5 |
97,8 % |
1,14 % |
14,15 % |
1,23 % |
Privé national : 75 % |
*Rapport analytique simple entre le coût du risque communiqué et les créances sur la clientèle au 31 décembre 2023. Il ne doit pas être assimilé à un ratio prudentiel normalisé.
Ce tableau montre immédiatement les limites d’un classement unidimensionnel.
Coris Bank International domine très largement les montants portés au bilan. Elle est première par les créances sur la clientèle et également première par les dettes à l’égard de la clientèle. Elle affiche simultanément une rentabilité élevée, avec un ROA de 2,58 % et un ROE de 23,63 %. Mais elle n’est première ni selon le ROA ni selon le ROE.
BOA Burkina Faso, deuxième par les créances sur la clientèle, présente le ROA le plus élevé, soit 2,65 %. Le rapport simple entre son coût du risque et ses créances sur la clientèle apparaît également particulièrement faible en 2023.
Ecobank Burkina, troisième par les créances sur la clientèle, occupe la première position selon le ROE, avec 28,38 %. Elle présente en revanche un rapport créances sur la clientèle/dettes à l’égard de la clientèle de seulement 60,9 %, nettement inférieur à ceux de BOA, Coris, Vista ou Société Générale.
Vista Bank et Société Générale présentent des rapports créances sur la clientèle/dettes à l’égard de la clientèle proches de 100 %, mais leur rentabilité comptable est sensiblement inférieure à celle de Coris, BOA ou Ecobank.
Il existe donc plusieurs façons d’être « performant ».
6.1. Les dettes à l’égard de la clientèle : l’autre face de l’intermédiation bancaire
Une banque ne finance pas l’économie uniquement parce qu’elle accorde des crédits. Elle doit également mobiliser des ressources.
Les dettes à l’égard de la clientèle constituent à ce titre une dimension essentielle des ressources bancaires mobilisées auprès de la clientèle.
En 2023, le classement des banques burkinabè selon les dettes à l’égard de la clientèle était dominé par :
- Coris Bank International : 1 528 milliards de FCFA ;
- Ecobank Burkina : 797 milliards ;
- BOA Burkina Faso : 771,2 milliards ;
- Société Générale Burkina Faso : 453,7 milliards ;
- UBA Burkina : 387,7 milliards.
Le classement change donc déjà. UBA entre dans le Top 5 selon les dettes à l’égard de la clientèle, alors que Vista Bank appartient au Top 5 selon les créances sur la clientèle.
Cela illustre une distinction fondamentale entre deux fonctions : (1) mobiliser des ressources auprès de la clientèle et les (2) transformer en financements.
Le rapport entre créances sur la clientèle et dettes à l’égard de la clientèle apporte un éclairage complémentaire. En 2023, il était d’environ 79,5 % chez Coris, 85,1 % chez BOA et 60,9 % chez Ecobank, contre 96,5 % chez Société Générale et 97,8 % chez Vista.
Cela ne signifie pas que 97,8 % serait automatiquement « meilleur » que 60,9 %.
Une banque peut conserver davantage de liquidités, investir dans des titres, intervenir sur le marché interbancaire ou disposer d’autres formes d’actifs. Inversement, certaines banques peuvent financer une partie de leurs créances sur la clientèle par des ressources autres que les dettes à l’égard de la clientèle.
Le ratio doit donc être interprété dans le cadre du modèle d’affaires, de la gestion actif-passif (Asset and Liability Management – ALM) et des exigences prudentielles.
Le véritable apport méthodologique consiste précisément à ne pas transformer un indicateur en jugement de valeur automatique.
6.2. Prêter beaucoup ne suffit pas : il faut considérer le coût du risque
Le crédit crée des revenus, mais il génère également du risque.
C’est ici que le coût du risque devient déterminant.
En 2023, le coût du risque atteignait notamment :
- 23,4 milliards de FCFA chez Coris Bank ;
- 18,2 milliards à la Banque Agricole du Faso ;
- 9,7 milliards chez Orabank ;
- 6,7 milliards à Société Générale Burkina Faso ;
- 4,4 milliards à la Banque Commerciale du Burkina.
Mais les montants absolus restent, eux aussi, insuffisants. Une grande banque possède naturellement un portefeuille de crédit plus important et peut donc afficher un coût du risque élevé en valeur absolue.
Il faut rapporter ce coût au volume d’activité. Sur la base d’un simple rapport entre coût du risque et créances sur la clientèle, celui-ci représente approximativement 1,93 % chez Coris, 1,52 % chez Société Générale, 1,23 % chez Vista, 0,68 % chez Ecobank et 0,05 % chez BOA en 2023.
À l’échelle de l’ensemble des banques, les écarts deviennent encore plus significatifs ; le même rapport dépasse 5 % chez Orabank et CBAO et 20 % à la Banque Agricole du Faso. Ces différences montrent qu’un même milliard de FCFA de crédit n’a pas nécessairement la même traduction économique selon la qualité du portefeuille.
Le coût du risque constitue ainsi le pont analytique entre financement et rentabilité.
Une banque peut accroître fortement son portefeuille de crédits, mais si les défaillances et les provisions progressent plus vite encore, la croissance du crédit peut finalement détériorer le résultat.
Le classement pertinent ne devrait donc pas seulement demander : « Qui prête le plus ? », mais aussi : « À quel niveau de risque ce crédit est-il produit ? »
6.3. La rentabilité modifie encore la hiérarchie
Les données de 2023 permettent également de distinguer très clairement volume d’activité et rentabilité.
Coris Bank est première par le montant des créances sur la clientèle et par le résultat net, mais BOA affiche le meilleur ROA, à 2,65 %, tandis qu’Ecobank présente le meilleur ROE, à 28,38 %.
UBA fournit un autre exemple significatif : elle n’occupe que la dixième position par les créances sur la clientèle en 2023, mais se classe deuxième selon le ROE, à 26,75 %.
BSIC est encore plus révélatrice : douzième banque par le total de bilan et seulement onzième par les créances sur la clientèle, elle occupe pourtant la cinquième position selon le ROA.
Le classement change donc dès que l’on passe de la question : « Quel montant de créances sur la clientèle la banque porte-t-elle ? » à : « Quelle rentabilité produit-elle avec les ressources qu’elle mobilise ? »
7 L’actionnariat bancaire burkinabè : une lecture à deux niveaux, du système aux banques
La structure actionnariale constitue une dimension importante de l’analyse bancaire, souvent absente des classements fondés sur le seul total de bilan, les ressources de clientèle ou les financements portés au bilan. Elle ne doit toutefois pas être examinée sous un seul angle. Trois questions différentes doivent être distinguées :
- qui apporte le capital aux banques ?
- quelle catégorie d’actionnaires contrôle chaque établissement ?
- quel poids économique représentent les banques contrôlées par chacune de ces catégories ?
L’observation des années 2023, 2024 et 2025 permet précisément de distinguer ces trois niveaux et de mettre en évidence une recomposition significative du système bancaire burkinabè.
7.1. Le capital bancaire augmente fortement entre 2023 et 2025
Pour les banques dont la ventilation du capital entre État, investisseurs privés nationaux et investisseurs non nationaux est disponible, le capital cumulé passe d’environ 229,4 milliards de FCFA en 2023 à 287,4 milliards en 2024, puis à 347,6 milliards en 2025.
La progression atteint ainsi 51,5 % en seulement deux ans.
Mais cette augmentation ne se répartit pas uniformément entre les différentes catégories d’actionnaires.
|
Origine du capital |
2023 |
Part 2023 |
2024 |
Part 2024 |
2025 |
Part 2025 |
|
État |
52,0 Mds |
22,7 % |
62,3 Mds |
21,7 % |
71,5 Mds |
20,6 % |
|
Privés nationaux |
90,0 Mds |
39,2 % |
115,4 Mds |
40,1 % |
162,5 Mds |
46,7 % |
|
Non nationaux |
87,5 Mds |
38,1 % |
109,7 Mds |
38,2 % |
113,6 Mds |
32,7 % |
|
Capital national total |
141,9 Mds |
61,9 % |
177,7 Mds |
61,8 % |
234,0 Mds |
67,3 % |
|
Total renseigné |
229,4 Mds |
100 % |
287,4 Mds |
100 % |
347,6 Mds |
100 % |
Source : Rapports commission bancaires de l’UMOA (2023, 2024 et 2025)
La première observation est donc la stabilité de la part du capital national entre 2023 et 2024, autour de 62 %, suivie d’une progression beaucoup plus marquée en 2025, où elle atteint 67,3 %.
Autrement dit, en 2025, environ deux tiers du capital bancaire dont l’origine est renseignée sont détenus par l’État ou par des investisseurs privés nationaux.
Cette évolution apparaît dans les données individuelles : les structures de capital de BOA, Banque Atlantique, BDU, Coris, Ecobank, IB Bank, UBA, Vista, entre autres, sont renseignées pour les trois exercices et permettent de suivre cette recomposition.
7.2. La progression du capital national est principalement une progression du capital privé national
Le deuxième résultat est probablement le plus important.
Entre 2023 et 2025 :
- le capital de l’État passe de 52,0 à 71,5 milliards de FCFA, soit une progression d’environ 37,6 % ;
- le capital non national augmente également, de 87,5 à 113,6 milliards, soit près de 29,8 % ;
- mais le capital privé national passe de 90,0 à 162,5 milliards, soit une augmentation de plus de 80 %.
Sur les 118,1 milliards de FCFA de capital supplémentaire enregistrés entre 2023 et 2025, environ :
- 61 % proviennent de l’accroissement du capital privé national ;
- 22 % de l’accroissement du capital non national ;
- 17 % de l’accroissement du capital public.
La progression de l’ancrage national du secteur bancaire ne doit donc pas être interprétée principalement comme une étatisation du système bancaire.
Elle traduit davantage une montée en puissance du capital privé national.
Cette distinction est importante puisque, parallèlement, la part relative de l’État dans le capital total diminue légèrement, passant de 22,7 % en 2023 à 20,6 % en 2025, alors même que sa participation augmente en valeur absolue.
Le phénomène observé est donc moins une progression de l’État qu’une accélération de l’investissement privé national dans le capital bancaire.
7.3. Le capital non national recule relativement, mais continue d’augmenter en valeur absolue
La diminution de la part des investisseurs non nationaux pourrait également donner lieu à une interprétation erronée.
Leur poids relatif passe de 38,1 % en 2023 à 38,2 % en 2024, puis à 32,7 % en 2025.
Pourtant, leur apport en capital augmente de 87,5 à 113,6 milliards de FCFA entre 2023 et 2025.
Il ne s’agit donc pas d’un retrait des capitaux non nationaux.
Leur diminution en pourcentage résulte principalement du fait que les capitaux nationaux, et tout particulièrement les capitaux privés nationaux, progressent beaucoup plus rapidement.
Il serait dès lors plus juste de parler d’un renforcement de l’ancrage national sans désinternationalisation du système bancaire.
Cette observation est particulièrement importante dans un secteur où plusieurs établissements appartiennent toujours à de grands groupes bancaires régionaux ou internationaux.
7.4. Derrière l’évolution agrégée, les trajectoires des banques sont très différentes
La composition agrégée masque en effet des configurations très contrastées.
|
Banque |
Actionnariat dominant 2023 |
2024 |
2025 |
|
Coris Bank International |
Privé national — 94,15 % |
Privé national — 94,15 % |
Privé national — 93,07 % |
|
BOA Burkina Faso |
Non national — 57 % |
Non national — 57 % |
Non national — 57 % |
|
Ecobank Burkina |
Non national — 78,24 % |
Non national — 78,24 % |
Non national — 78,24 % |
|
Banque Atlantique |
Non national — 61,11 % |
Non national — 61,12 % |
Non national — 61,12 % |
|
BDU Burkina |
Non national — 81,71 % |
Non national — 81,71 % |
Non national — 81,71 % |
|
BSIC |
Non national — 100 % |
Non national — 100 % |
Non national — 100 % |
|
UBA Burkina |
Non national — 80,58 % |
Non national — 80,58 % |
Non national — 80,58 % |
|
IB Bank |
Privé national — 75,42 % |
Privé national — 75,42 % |
Privé national — 75,42 % |
|
Wendkuni Bank |
Privé national — 100 % |
Privé national — 100 % |
Privé national — 100 % |
|
Vista Bank Burkina |
Privé national — 74,98 % |
Privé national — 91,18 % |
Privé national — 93,28 % |
|
Banque Agricole du Faso |
État — 85,55 % |
État — 85,55 % |
État — 91,40 % |
|
Banque Postale du Burkina |
État — 99,93 % |
État — 99,93 % |
État — 99,94 % |
|
Banque Commerciale du Burkina |
Parité État/non national — 50/50 |
État — 100 % |
État — 100 % |
|
Société Générale Burkina Faso |
Non national — 58,61 % |
Non national — 60,10 % |
Privé national — 85 % |
Ce tableau permet de distinguer plusieurs dynamiques.
7.4.1. Un noyau de banques demeure durablement contrôlé par des capitaux non nationaux
Certaines structures sont remarquablement stables.
BOA Burkina demeure détenue à 57 % par des capitaux non nationaux sur les trois exercices. Ecobank conserve une part non nationale de 78,24 %, UBA de 80,58 %, BDU d’environ 81,7 % et BSIC de 100 %.
La présence du capital régional ou international reste donc structurelle et importante dans le paysage bancaire burkinabè.
Il faut également observer que plusieurs de ces établissements ont simultanément procédé à des augmentations de capital.
Chez BOA, par exemple, le capital total passe de 22 milliards en 2023 à 44 milliards en 2024, sans modification de la structure relative : 43 % de privés nationaux et 57 % de capitaux non nationaux.
Ecobank connaît également une importante recapitalisation : son capital passe de 12,85 milliards en 2024 à 25,7 milliards en 2025, tandis que les capitaux non nationaux restent à 78,24 %. Leur montant absolu passe ainsi d’environ 10,1 à 20,1 milliards de FCFA.
C’est une illustration supplémentaire du fait que la baisse relative de la part étrangère au niveau national ne signifie pas désengagement des investisseurs non nationaux.
7.4.2. Coris, IB Bank et Wendkuni constituent un socle privé national relativement stable
À l’autre extrémité du spectre apparaissent plusieurs établissements durablement dominés par le capital privé national.
Coris Bank International présente une structure particulièrement stable : le capital privé national représente 94,15 % en 2023 et 2024, puis encore 93,07 % en 2025. Son capital total reste à 32 milliards de FCFA sur les trois exercices considérés.
IB Bank demeure à environ 75,4 % de capital privé national, tandis que Wendkuni Bank International reste détenue à 100 % par du capital privé national.
Ces établissements forment donc un noyau relativement stable de banques à forte base capitalistique nationale.
7.4.3. Vista Bank constitue le principal moteur de l’accélération récente du capital privé national
La trajectoire de Vista Bank Burkina est particulièrement remarquable.
Son capital total passe :
- de 10 milliards de FCFA en 2023 ;
- à 20 milliards en 2024 ;
- puis à 56,17 milliards en 2025.
Dans le même temps, le capital privé national passe de :
- 7,50 milliards en 2023 ;
- à 18,24 milliards en 2024 ;
- puis à 52,39 milliards de FCFA en 2025.
Sa part dans le capital progresse ainsi de 74,98 % à 91,18 %, puis à 93,28 %.
La participation publique, elle, ne disparaît pas : elle passe même de 2,5 milliards à 3,77 milliards entre 2023 et 2025. Mais son poids relatif recule de 25 % à 6,71 % parce que l’apport privé progresse beaucoup plus vite.
Vista constitue donc un bon exemple de la différence entre variation d’un montant de capital et variation de sa part relative.
Le recul de la part de l’État ne traduit pas ici une diminution de son investissement en valeur absolue, mais une dilution liée à une recapitalisation principalement portée par les investisseurs privés.
7.4.4. Deux changements de contrôle modifient sensiblement la structure agrégée : BCB et Société Générale Burkina Faso
Deux évolutions méritent une attention particulière.
La première concerne la Banque Commerciale du Burkina.
En 2023, son capital de 17,2 milliards est réparti à parts égales entre l’État et les capitaux non nationaux : 50 %–50 %. En 2024, la base fait apparaître un capital désormais détenu à 100 % par l’État, situation maintenue en 2025.
La deuxième concerne Société Générale Burkina Faso.
En 2023, son capital est composé de :
- 15 % pour l’État ;
- 26,39 % pour les privés nationaux ;
- 58,61 % pour les capitaux non nationaux.
En 2024, la structure reste comparable, avec 60,10 % de capitaux non nationaux.
En 2025, la base indique une transformation majeure : 85 % de capital privé national, 15 % de participation publique et aucune participation non nationale renseignée.
Ce basculement contribue directement à la forte progression de la part du capital privé national observée en 2025.
Ainsi, l’évolution agrégée du système ne résulte pas uniquement de la création de nouvelles ressources en capital ; elle procède également de changements de contrôle et de recompositions actionnariales au sein de banques existantes.
Il convient méthodologiquement de distinguer ces deux mécanismes : l’effet de recapitalisation et l’effet de changement de propriété.
7.4.5. L’actionnariat de l’Etat se renforce en nombre d’établissements, mais ne devient pas dominant économiquement
Les données font également apparaître la consolidation d’un pôle bancaire public.
En 2025 :
- la Banque Commerciale du Burkina est détenue à 100 % par l’État ;
- la Banque Postale du Burkina Faso à 99,94 % ;
- la Banque Agricole du Faso à 91,40 %.
La participation publique augmente ainsi de 52,0 à 71,5 milliards de FCFA entre 2023 et 2025.
Mais son poids relatif dans le capital total renseigné diminue de 22,7 à 20,6 %.
Il faut donc distinguer là encore augmentation absolue et poids relatif : l’État renforce effectivement son investissement bancaire, mais moins rapidement que les investisseurs privés nationaux.
Cette observation interdit de qualifier l’évolution 2023-2025 de simple « nationalisation » du secteur bancaire. Il s’agit plutôt d’une recomposition de l’actionnariat national, dans laquelle le privé joue désormais le rôle moteur.
7.4.6. Du capital détenu au poids économique : qui contrôle réellement les actifs bancaires ?
L’analyse devient encore plus intéressante lorsqu’on rapporte les structures de contrôle à la taille des banques.
En appliquant un critère simple de majorité absolue — plus de 50 % du capital — les 16 établissements peuvent être classés selon leur contrôle dominant.
|
Type de contrôle |
2023 : nombre de banques |
Part des actifs 2023 |
2024 : nombre |
Part des actifs 2024 |
2025 : nombre |
Part des actifs 2025 |
|
Privé national |
4 |
37,0 % |
4 |
39,1 % |
5 |
45,5 % |
|
État |
2 |
2,3 % |
3 |
7,6 % |
3 |
8,0 % |
|
Non national |
7 |
50,5 % |
7 |
49,4 % |
6 |
42,8 % |
|
Paritaire / mixte sans majorité |
1 |
5,4 % |
— |
— |
— |
— |
|
Succursales/non classées |
2 |
4,8 % |
2 |
4,0 % |
2 |
3,6 % |
Le changement est significatif.
En 2023, les banques contrôlées par des capitaux non nationaux représentent encore plus de la moitié des actifs bancaires, soit environ 50,5 %, contre 37 % pour les banques à majorité privée nationale.
En 2024, l’écart se resserre : 49,4 % des actifs pour les banques à contrôle non national contre 39,1 % pour le privé national et 7,6 % pour les banques publiques.
En 2025, la hiérarchie s’inverse : les banques à contrôle privé national représentent désormais 45,5 % du total des actifs, contre 42,8 % pour les banques à contrôle non national.
Les banques publiques représentent, quant à elles, environ 8 %.
Ainsi, en deux ans, le secteur privé national passe non seulement de 39,2 % à 46,7 % du capital bancaire renseigné, mais les banques qu’il contrôle passent de 37 % à 45,5 % des actifs bancaires.
Le mouvement est donc à la fois capitalistique et économique.
7.4.7. Il faut distinguer origine du capital, contrôle et poids économique
Cette analyse conduit à une distinction méthodologique essentielle.
Dire qu’en 2025 67,3 % du capital bancaire renseigné est d’origine nationale ne signifie pas que 67,3 % des actifs sont détenus ou contrôlés par des banques nationales.
Les trois indicateurs mesurent des réalités différentes :
|
Dimension |
Question |
Exemple 2025 |
|
Origine du capital |
Qui apporte les fonds propres ? |
67,3 % du capital renseigné est national |
|
Contrôle |
Qui détient la majorité dans chaque banque ? |
5 banques privées nationales et 3 publiques |
|
Poids économique |
Quelle part des actifs portent ces banques ? |
53,5 % des actifs sont portés par des banques à contrôle national |
|
Capital non national |
Quelle présence extérieure demeure ? |
32,7 % du capital, mais 42,8 % des actifs sont portés par des banques à contrôle non national |
En additionnant banques à majorité privée nationale et banques publiques, les banques à contrôle national représentent environ 53,5 % du total des actifs bancaires en 2025.
Si l’on exclut du dénominateur les deux succursales dont l’actionnariat n’est pas directement classifiable, leur poids dépasse 55 % des actifs classifiables.
Cette nuance est fondamentale : part du capital, contrôle de la banque et part de marché ne sont pas synonymes.
7.5. Le Top 5 du crédit illustre lui-même cette diversité actionnariale
Cette grille peut enfin être rapprochée du classement de CFinance.
En 2025, les cinq banques qui portent les plus importants encours de crédits à la clientèle sont Coris Bank International, BOA Burkina Faso, Ecobank Burkina, Vista Bank Burkina et Société Générale Burkina Faso.
Or leur structure actionnariale est loin d’être homogène :
- Coris Bank International : 93,07 % de capital privé national ;
- BOA Burkina : 57 % de capital non national ;
- Ecobank Burkina : 78,24 % de capital non national ;
- Vista Bank Burkina : 93,28 % de capital privé national ;
- Société Générale Burkina Faso : 85 % de capital privé national dans la base 2025.
Trois des cinq principales banques par encours de crédits à la clientèle apparaissent donc, en 2025, à dominante privée nationale, tandis que deux demeurent majoritairement contrôlées par des capitaux non nationaux.
Ce résultat est particulièrement intéressant : aucune structure actionnariale unique ne caractérise les banques qui dominent le financement de l’économie burkinabè.
La présence au sommet du classement résulte de modèles bancaires différents.
7.6. L’actionnariat ne constitue pas un classement de performance
Il serait néanmoins méthodologiquement incorrect d’en déduire qu’une banque à capital national serait, par nature, plus performante qu’une banque contrôlée par des capitaux non nationaux — ou inversement.
La structure actionnariale constitue plutôt une variable explicative potentielle du modèle bancaire.
Elle peut être associée à :
- la stratégie de croissance ;
- l’accès au capital et aux financements du groupe ;
- la politique de distribution du crédit ;
- la clientèle ciblée ;
- le degré de prise de risque ;
- les mécanismes de gouvernance ;
- les choix de liquidité ;
- les orientations géographiques ;
- ou encore la vitesse de recapitalisation.
Son effet ne peut être évalué rigoureusement qu’en la mettant en relation avec les autres dimensions de la banque : créances sur la clientèle, dettes à l’égard de la clientèle, ROA, ROE, coût du risque, croissance et qualité du portefeuille.
Les données 2023-2025 renforcent précisément cette conclusion : les différentes catégories d’actionnaires sont présentes parmi les établissements de grande taille, les banques fortement engagées dans le crédit et celles présentant des niveaux de rentabilité différents.
7.7. Ce que révèle finalement la période 2023-2025
Quatre enseignements principaux ressortent.
Premièrement, le capital bancaire se renforce rapidement : le capital dont l’origine est renseignée progresse d’environ 51,5 % en deux ans, passant de 229,4 à 347,6 milliards de FCFA.
Deuxièmement, cette recapitalisation est principalement portée par les investisseurs privés nationaux, dont les apports augmentent de plus de 80 % et expliquent plus de 60 % de la croissance totale du capital.
Troisièmement, le recul relatif du capital non national ne traduit pas un désengagement : celui-ci augmente de près de 30 % en valeur absolue. Le système devient donc plus national dans sa structure relative tout en demeurant fortement intégré aux capitaux régionaux et internationaux.
Quatrièmement, cette recomposition du capital se traduit désormais dans le poids économique des établissements : en 2025, les banques à contrôle privé national portent 45,5 % des actifs, devant les banques à contrôle non national, à 42,8 %.
Il ne s’agit donc plus seulement d’une modification statistique des pourcentages de capital. Une véritable recomposition du contrôle économique du secteur bancaire burkinabè semble se dessiner sur la période récente.
Le constat doit néanmoins rester descriptif. Trois années permettent d’identifier une dynamique, mais pas d’établir à elles seules un effet causal de l’origine de l’actionnariat sur les créances sur la clientèle, les dettes à l’égard de la clientèle, la rentabilité ou le risque.
C’est précisément pourquoi l’actionnariat doit être intégré au tableau de bord multidimensionnel proposé dans cet article, plutôt que traité comme un critère permettant de désigner à lui seul une « meilleure banque ».
8. Du classement au tableau de bord : une proposition méthodologique
L’intérêt d’un classement dépend finalement de la question à laquelle il cherche à répondre.
|
Indicateur |
Ce qu’il permet principalement d’apprécier |
Ce qu’il ne permet pas, seul, de conclure |
|
Créances sur la clientèle |
Montant des créances détenues sur la clientèle à la date de clôture |
Rentabilité ou qualité du portefeuille |
|
Dettes à l’égard de la clientèle |
Montant des dettes envers la clientèle et poids des ressources de clientèle |
Capacité à transformer efficacement ces ressources |
|
Créances clientèle / Dettes clientèle |
Relation entre créances et dettes de clientèle |
Qualité du crédit ou conformité prudentielle |
|
ROA |
Rentabilité des actifs |
Niveau absolu du financement de l’économie |
|
ROE |
Rentabilité comptable des fonds propres |
Risque supporté pour produire cette rentabilité |
|
Coût du risque |
Charge économique associée à la dégradation du portefeuille |
Performance globale sans mise en relation avec crédits et revenus |
|
Structure actionnariale |
Configuration du contrôle et des apporteurs de capitaux |
Performance en elle-même |
L’apport méthodologique consiste donc à passer du classement univarié au tableau de bord multidimensionnel.
Il ne s’agit pas nécessairement de construire un indice composite et de désigner artificiellement une « meilleure banque ». Une telle démarche nécessiterait de justifier les pondérations attribuées à la rentabilité, au risque, à l’intermédiation ou encore à la solidité.
Il est plus rigoureux de présenter plusieurs dimensions complémentaires.
Ainsi, une banque peut être :
- première par les créances sur la clientèle ;
- deuxième par les dettes à l’égard de la clientèle ;
- troisième par le ROA ;
- première par le ROE ;
- et afficher simultanément un coût du risque supérieur à celui de ses concurrentes.
Ces informations ne sont pas contradictoires. Elles décrivent simplement des dimensions différentes d’un même modèle bancaire.
9. Le cas du Top 5 selon le crédit à la clientèle : un classement juste, mais une question précise
Le classement basé sur le volume de crédit à la clientèle doit donc être compris pour ce qu’il mesure réellement.
En 2025, Coris Bank International est la première banque burkinabè par l’encours de crédits à la clientèle, avec 1 218,8 milliards de FCFA, soit environ 27,4 % du total. BOA, Ecobank, Vista Bank et Société Générale complètent le Top 5.
Ce constat est factuellement important.
Mais il répond à la question : « Quelles banques portent les plus importants encours de crédits à la clientèle ? »
Il ne répond pas automatiquement aux questions suivantes :
Quelle banque est la plus rentable ?
Quelle banque maîtrise le mieux son coût du risque ?
Quelle banque transforme le plus intensément les ressources mobilisées auprès de sa clientèle en financements ?
Quelle banque mobilise le plus de ressources auprès de la clientèle ?
Quelle structure actionnariale accompagne les différents modèles de performance ?
Répondre à ces questions conduit nécessairement à des classements différents.
En définitive : financer beaucoup, mais à quel coût et avec quelle performance ?
Le classement basé sur le crédit à la clientèle apporte une information importante sur la concentration du financement bancaire au Burkina Faso : cinq banques portent près des deux tiers des crédits à la clientèle en 2025.
Mais l’analyse économique peut aller plus loin.
L’encours de crédit renseigne sur le volume d’intermédiation.
Les ressources mobilisées auprès de la clientèle renseignent sur la capacité de collecte.
Le rapport entre les deux éclaire leur transformation.
Le ROA et le ROE renseignent sur la rentabilité.
Le coût du risque permet de mettre le financement en regard de la qualité du portefeuille.
La structure actionnariale aide enfin à comprendre les configurations institutionnelles et stratégiques dans lesquelles ces performances sont produites.
Le contexte UEMOA justifie particulièrement cette lecture multidimensionnelle : les travaux scientifiques montrent depuis plusieurs années que taille, structure actionnariale, risque, capitalisation et performance sont étroitement articulés et qu’aucune relation simple ne s’impose à tous les établissements.
Dès lors, plutôt que de rechercher une hypothétique « meilleure banque », il paraît méthodologiquement plus pertinent de préciser sur quelle dimension une banque occupe la première position.
Coris Bank International peut ainsi être première par l’encours de crédits à la clientèle sans que cette position signifie automatiquement qu’elle est première selon tous les autres critères de performance. C’est précisément ce qui distingue un classement bancaire d’une analyse de la performance bancaire. Car la question n’est pas seulement :« Qui finance le plus ? »
Elle est aussi : « Qui collecte quelles ressources, les transforme en quels crédits, avec quelle rentabilité, quel coût du risque et dans quelle configuration actionnariale ? » C’est à cette condition que le volume de financement devient une véritable information économique.
Par : Alassane Ouattara
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Note méthodologique
Les données détaillées utilisées pour croiser les créances sur la clientèle, les dettes à l’égard de la clientèle, la rentabilité, le coût du risque et la structure actionnariale sont celles de l’exercice 2023, issues des bilans individuels publiés par la BCEAO. Les intitulés « créances sur la clientèle » et « dettes à l’égard de la clientèle » reprennent donc fidèlement les postes de bilan de la source. Ces données sont mobilisées à des fins d’illustration méthodologique et ne doivent pas être assimilées aux données individuelles 2025 du classement basé sur le crédit à la clientèle.
Les données 2025 sont utilisées uniquement pour présenter le classement récent de CFinance selon les crédits à la clientèle. L’actualisation de l’ensemble des dimensions à partir des états individuels 2025 — créances sur la clientèle, dettes à l’égard de la clientèle, ROA, ROE, coût du risque et actionnariat — permettra ultérieurement une comparaison strictement contemporaine.
Les rapports « créances sur la clientèle/dettes à l’égard de la clientèle » et « coût du risque/créances sur la clientèle » sont des indicateurs analytiques simples calculés à partir des données disponibles. Ils ne doivent pas être assimilés à des ratios prudentiels réglementaires.
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Références indicatives
- Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). (2024). Bilans et comptes de résultat des banques et établissements financiers – UMOA 2023. Dakar : BCEAO.
- Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). (2025). Rapport sur les conditions de banque dans l’UEMOA en 2024. Dakar : BCEAO.
- Commission bancaire de l’UMOA. (2026). Rapport annuel 2025 de la Commission bancaire de l’UMOA. Abidjan : Secrétariat général de la Commission bancaire de l’UMOA.
- Ary Tanimoune, N. (2009). Performances bancaires dans l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine : les effets « taille » et « structure actionnariale » sont-ils pertinents ? Revue Économique et Monétaire, 5, BCEAO.
- Kanga, D., Murinde, V., & Soumaré, I. (2020). Capital, risk and profitability of WAEMU banks: Does bank ownership matter? Journal of Banking & Finance, 114, 105814.
- Ouattara, A., Paugam, L., & Ramond, O. (2014). Corporate governance, performance and liquidity risk of West African Economic and Monetary Union (WAEMU) banks. In S. Boubaker & D. K. Nguyen (Eds.), Corporate Governance and Corporate Social Responsibility: Emerging Markets Focus (pp. 287–318). World Scientific.




