Les Cours des comptes des huit pays de l'espace UEMOA participent à un atelier régional du 20 au 25 avril 2026 à Abidjan en Côte d’Ivoire sur le thème : « évaluation des stratégies d'endettement et audit de la gestion de la dette publique par les juridictions financières membres de l'espace UEMOA : enjeux, approches méthodologiques et bonnes pratiques. » L’objectif est de renforcer les capacités des magistrats financiers en matière d'audit de la dette publique.
Dans un contexte de pression budgétaire accrue et un ratio d’endettement qui a plus que doublé entre 2015 et 2025, les Cours des comptes, gendarmes de la gestion des finances publiques sonnent l’alarme au sein de l’espace de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA). Afin de mieux jouer leur rôle de vigie, les juridictions financières de l’espace UEMOA participent à un atelier régional de formation sur l'évaluation des stratégies d'endettement et l'audit de la gestion de la dette publique au sein de l'Union, qui se tient du 20 au 25 avril 2026, dans la capitale ivoirienne, sous le thème : « Évaluation des stratégies d'endettement et audit de la gestion de la dette publique par les juridictions financières membres de l'espace UEMOA : enjeux, approches méthodologiques et bonnes pratiques. »
L’atelier réunit pendant cinq jours les magistrats et auditeurs des Cours des comptes des huit États membres de l'UEMOA. Les sessions, animées par deux experts internationaux, portent sur les méthodes d'audit, les indicateurs de soutenabilité de la dette et les bonnes pratiques, en conformité avec les orientations du GUID 5250 de l’Organisation internationale des institutions supérieures de contrôle des finances publiques (INTOSAI).
A l’ouverture des travaux, le président de la Cour des comptes de Côte d'Ivoire, Pr Kanvaly Diomandé a posé un diagnostic qui interpelle. « Le ratio d'endettement est passé de 32 % du PIB en 2015 à 62,5 % en 2025, soit une hausse de plus de 30 points en dix ans », a-t-il relevé. Le niveau reste certes en deçà du critère de convergence communautaire fixé à 70 %, mais le rythme de progression interpelle. Si les États membres de l’UEMOA avaient bénéficié de l'initiative PPTE (Pays pauvres très endettés), qui a permis un allègement massif de leurs dettes, la donne a changé aujourd’hui. « Dans ce contexte, les juridictions financières sont plus que jamais interpellées », a souligné le président de la Cour des comptes ivoirienne.
Pour le Pr Kanvaly Diomandé, les Institutions supérieures de contrôle (ISC) ont une feuille de route déclinée en trois axes : évaluer la viabilité et la sincérité des états financiers, examiner l'efficacité de la gestion de la dette, et veiller au respect des normes. Il a donc appelé à une vigilance particulière sur l'utilisation des ressources mobilisées en période de crise, afin de garantir leur efficacité, leur transparence et leur conformité aux objectifs.
Réaliser des endettements « efficaces »
Les différents bouleversements nés de la pandémie de COVID-19 et de la guerre russo-ukrainienne qui ont contraint les États à recourir massivement à l'endettement pour préserver leurs capacités de financement appellent à un renforcement du rôle de veille des ISC. D’où la pertinence de cet atelier régional dont les objectifs dépassent le simple renforcement individuel des compétences pour se poser dans une dimension structurelle afin de faire émerger une culture commune de contrôle au sein de notre espace communautaire, a précisé Kanvaly Diomandé.
Cette formation, comme l’a souligné » le président de la Cour des comptes de l'UEMOA, Segnon Yves-Marie Adissin, devrait donc permettre aux juridictions financières d'améliorer le contrôle de la dette publique et d'assister les dirigeants dans la gestion de la dette, afin que les pays de l'UEMOA puissent faire un endettement le plus efficace possible, qui donne les meilleurs résultats possibles pour nos économies encore très fragiles ».
Représentant le ministre ivoirien de l'Économie, des Finances et du Budget, le directeur de cabinet adjoint, Vassogbo Bamaba, a plaidé pour une maîtrise stricte du recours à l'endettement. « Le recours à la dette doit être maîtrisé, dans l'intérêt des générations présentes et futures », a-t-il déclaré. Les priorités gouvernementales en matière de gestion des finances publiques, poursuit-il, sont orientées vers la sincérité de l'information budgétaire, l'alignement sur les standards internationaux, et l'anticipation des risques. Et ce rôle de « sentinelles de la prospérité » que jouent les magistrats financiers afin de « garantir la fiabilité de nos trajectoires budgétaires est une priorité ».
Le représentant de la Commission de l'UEMOA en Côte d'Ivoire, Gustave Djasso, a pour sa part, souligné que les récents épisodes de surendettement, conjugués aux chocs macroéconomiques dans le contexte mondial ont mis en lumière l'urgence d'une surveillance externe rigoureuse. « Les juridictions financières de notre espace, en tant que garantes de la régularité et de la performance de la gestion des finances publiques, sont appelées à renforcer leur rôle dans le pilotage et le contrôle de l'endettement public », a-t-il affirmé. L'atelier est organisé avec le soutien technique du centre d'assistance technique du Fonds monétaire international pour l'Afrique de l'Ouest (AFRITAC Ouest).
Synthèse de Mouni N’GOLO






