Analyste financier et spécialiste des marchés financiers, notamment de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM), Boukaré Bancé est le commissaire général du Salon international de la Bourse Africaine (SIBA) qui se tiendra les 4 et 5 avril 2025 à Ouagadougou dans la Salle de Conférence de Ouaga 2000. A une semaine de l’évènement, l’auteur du livre « Investir à la BRVM » assure au micro de C’Finance que tout est fin prêt pour accueillir le public. Il revient également sur les motivations et les objectifs visés par le SIBA.
C’Finance (CF) : Quelles sont les motivations qui ont prévalu à la création du SIBA ?
Boukaré Bancé (B.B.) : Le Salon International de la Bourse Africaine (SIBA) est né de plusieurs constats. Nous sommes dans une zone qu'on appelle l’UEMOA. Et on a un marché financier qui est dédié aux huit pays de l’UEMOA. Malheureusement, on sait mieux ce qui est chez le voisin que chez nous.
Quand on parle de bourse, souvent, les plus connues qui ne sont même pas dans notre zone. Ainsi, vous entendrez parler de bourse de Casablanca, bourse de Paris, de CAC 40, etc., alors que juste à côté de nous, on a la Bourse Régionale de Valeurs Mobilières, (BRVM), créée depuis les années 98. Aujourd'hui elle a autour de 26-27 ans. Cette bourse-là n'est pas connue.
Vous allez constater également que, quel que soit l'individu, quel que soit votre poste, quel que soit votre niveau, il y a un besoin qui concerne tout le monde : le besoin de faire fructifier ses revenus. Quel que soit votre niveau, ce besoin reste toujours le même. Faire fructifier mes revenus.
La question qui se pose, normalement, c'est comment faire fructifier mes revenus ? Dans cette recherche, il faudrait savoir où on doit pouvoir le faire. Dans le cadre de ce besoin, vous allez entendre parler de ce qu'on appelle des systèmes Ponzi le 5M, et bien, d'autres mots populaires, qui viennent avec leur psychologie, leur manière d'attirer la population, afin de leur faire croire qu'ils ont la possibilité de faire fructifier leurs revenus au-delà même de ce qui est normal. On leur propose donc des taux de rentabilité extraordinaires.
L'homme étant ce qu'il est, dans la quête de pouvoir faire fructifier ses revenus, il y va. Et généralement, on connaît la suite de ce type de système-là. Et malheureusement, même s'ils reviennent demain, ils vont encore avoir d'autres personnes, malgré toutes ces sensibilisations, interpellations.
On se dit, mais pourquoi cela ? Pourquoi, malgré les énormes fois que c'est arrivé, les gens sont toujours tentés d'y aller ? Parce que les gens cherchent un endroit pour faire fructifier leurs revenus, afin d'aller au-delà de ce qu'on appelle la moyenne. Et pourtant, les marchés financiers ont la possibilité de leur offrir des rentabilités au-delà de la moyenne standard que vous avez dans les structures financières.
Et l'autre élément, c'est que nous sommes dans une zone où, le marché étant méconnu, les métiers liés à ce marché ne sont pas connus. Si on vous dit qu'est-ce qu'un négociateur, les gens ne savent pas c'est quoi. Si on vous dit qu'est-ce qu'un trader, on voit déjà la fraude, quelqu'un qui veut arnaquer les gens. Pourtant, ce sont des métiers qui existent sur les marchés financiers. Et ces métiers ne sont pas connus !

Le forum tend à promouvoir tous ces éléments: les marchés financiers, les métiers liés aux marchés financiers, d'autant plus que même dans notre zone, il n'y a pas d'institut ou même d'université qui forme spécialement dans ces métiers. Mais même si vous êtes propriétaire d'un institut privé, vous n'allez pas ouvrir un programme dédié uniquement pour la beauté. Il faudrait que ça soit rentable pour vous. Il faudrait donc qu'il y ait de la demande. Et cette demande a besoin d’être stimulée . Mais comment ?
C'est en mettant, en montrant aux étudiants les perspectives de carrière dans ce domaine. Ce sont tous ces éléments mis ensemble qu'on veut faire connaitre à la population, pas seulement du Burkina, mais de toute l’UEMOA et l'Afrique.
CF : Une vision bien ambitieuse, est-ce que deux jours de travaux vont suffire pour atteindre vos objectifs ?
B.B. : Les objectifs du SIBA sont les suivants. Faire la promotion des marchés financiers, mettre en lumière les métiers liés aux marchés financiers, encourager l'introduction de nouvelles sociétés sur les marchés financiers. Parce que déjà, on n'en a pas beaucoup. Sur 8 pays, on a 47 sociétés cotées. Alors que dans d'autres pays, tels que le Kenya, elles sont autour de 60 et plus sociétés cotées. Cela veut donc dire qu'on a encore beaucoup de travail à faire.
Lorsqu'on fait la promotion des marchés financiers, l'individu, le citoyen qui se trouve dans la zone, doit se sentir concerné lorsque l'État lance ce qu'on appelle les appels publics à l'État. Souvent, vous voyez des pancartes dans la rue ou même des spots à la télé en lien avec ces appels publics à épargne. Mais, pour beaucoup de citoyens de ces 8 pays, cela ne les concerne pas. Souvent, c'est bien beau, c'est joli, mais on ne comprend rien.
Donc, déjà, tout ce travail va leur permettre de se sentir intéressé ou de se sentir concerné par l'événement. Alors, deux jours, du point de vue des objectifs cités, deux jours, bien évidemment, n'est pas suffisant. Mais comme nous sommes au début, c'est la première édition, il nous faut donc poser les bases. On va aller tout crescendo, step by step, vers des activités encore plus grandioses.
Mais pour l'instant, on veut poser les bases, permettre à aux gens de comprendre la bourse. Si on nous réussissons déjà relever ce challenge, c'est déjà important pour nous, et l'objectif serait atteint pour cette édition.
CF : Le thème de cette première édition est « éducation boursière, un levier de croissance économique et durable ». Expliquez le choix d’une telle thématique pour cette première édition.
B.B. : Lorsqu'on veut sensibiliser, on passe par l'éducation. Les constats cités précédemment sont liés aux méconnaissances des marchés financiers. Quand vous faites un constat où il est question de méconnaissances, il faut d'abord éduquer, il faut d'abord faire comprendre comment ça fonctionne, ça marche, et comment les gens peuvent s'y prendre.

Voici pourquoi nous avons voulu commencer déjà par là. Car, comme on le dit, l'éducation est la base de tout ! Avec l'éducation, on peut changer le monde. Nous souhaiterions donc commencer avec la base, qui est d'éduquer la population, et de montrer à la population comment leur éducation boursière peut impacter sur notre développement économique et durable.
CF : Quels sont les profils de participants que vous ciblez pour le SIBA 2025 ?
B.B. : Déjà pour ce qui est du public cible, ce sont tous les acteurs du marché financier. Ces acteurs ne sont pas connus. Déjà, si vous voulez parler de bourse, il faut déjà parler des acteurs.
Si vous voulez faire comprendre ce qu'est la bourse, il faut que nous puissions connaître les acteurs. Il s’agit donc d’abord de mettre ces acteurs du marché financier en avant. Ensuite vous aviez la population. Quand on dit la population, il y a les entreprises, les acteurs des professions libérales, qui font partie aussi du marché financier.
Peut-être que les gens ne le savent pas, mais des acteurs tels que les avocats, les notaires et tout, font partie des acteurs attendus. On attend également des étudiants de diverses filières. On ne va pas se cantonner à une filière parce qu'on veut ratisser encore plus large. Nous n'avons pas une limitation. Cependant, il y a les acteurs cibles qui sont les acteurs du marché financier, les entreprises et les structures étatiques.
CF : Vous avez déjà scellé des partenariats stratégiques avec certains acteurs dans le cadre de cette première édition du SIBA ?
B.B. : Quand on parle de marché financier, on parle de placement, d'investissement. Et sur le marché, les acteurs les plus importants, les acteurs stratégiques, ce sont les SGI ( sociétés de gestion et d'intermédiation). Elles constituent les intermédiaires entre nous et le marché financier. On ne peut pas se lever, aller sur le marché, sans passer par les SGI.
Il était donc important pour nous de prendre attache avec les SGI. Parce que qui veut investir sur le marché, doit ouvrir un compte-titres auprès d’un SGI. Il est donc important pour nous de prendre attache avec les SGI, pour les avoir déjà comme partenaires stratégiques.
Parce que lorsque les gens viendront, lorsqu'ils seront sensibilisés, éduqués, ils voudront ouvrir des comptes. Ils voudront investir. Les entreprises voudront placer leur trop plein de liquidités, leur trésorerie. Mais elles ne peuvent pas le faire sans compte. Et les comptes, ce n'est pas nous qui les ouvrons. Ce n'est pas le Salon, mais les SGI.
Tous ces éléments sont sur la table. Nous avons les acteurs du marché au Burkina Faso comme Coris Bourse, qui est le partenaire de l'événement. On a d'autres acteurs, Coris Asset Management, qui est aussi une structure de gestion d'actifs, un acteur du marché financier. Nous avons la société de notation financière au Burkina, AGR, une société de gestion de patrimoine.
Nous sommes également en discussion avec les autres SGI pour les impliquer. Car, l'objectif pour nous est de regrouper tous les acteurs du marché financier, de sorte que quand vous venez SIBA en tant que particuliers, vous y ressortez , à la fin avec des connaissances qu’il est possible de préparer votre retraite ou un projet, de prendre en charge les scolarités de vos enfants à travers les marchés financiers ; bref , de vous faire un revenu supplémentaire à travers les marchés financiers.
En tant qu'entreprise ou société, vous devriez savoir à la fin des deux jours que vous avez la possibilité de pouvoir lever des fonds autrement. Vous avez d'autres alternatives de lever des fonds qui se présentent à vous et que vous n'avez pas l'obligation d'être coté pour pouvoir lever des fonds.
Vous avez aussi, en tant qu'entreprise ou société, la possibilité de savoir que vous pouvez placer votre trésorerie sur le marché afin de bénéficier d'une rentabilité encore plus intéressante que sur des produits classiques.
CF : Quelles sont les activités qui vont meubler ces deux jours du salon ?
B.B. : Les activités des deux jours sont composées d'ateliers et de panels. Chaque jour, vous avez deux panels et un atelier. Dans la matinée, deux panels, et le soir, un atelier. Voici comment les choses vont se passer.
CF : De plus en plus, on assiste à des activités de promotion du marché financier. Quelle est la particularité du SIBA par rapport aux autres événements ?
B.B. : Déjà, le SIBA n'est pas concurrent aux autres événements. D'ailleurs, nous travaillons avec tous ces acteurs, que ce soit la Semaine de l'Epargne et de l'Investissement, le Forum international sur l'investissement boursier (FIIB) organisé par la SA2IF avec qui on est en train d'échanger sur les modalités de partenariat.
L’objectif du SIBA est de regrouper tous les acteurs du marché. Ensuite, en se cantonnant dans une niche.
Du point de vue de la Semaine de l’Epargne et de l’Investissement déjà, c'est différent. Le SIBA est dans la niche bourse, marché financier. La Semaine de l'épargne et de l'investissement est encore plus générale. Du point de vue maintenant du FIIB, le SIBA n'est pas organisé par un acteur direct du marché, une SGI ou une autre structure. Le SIBA est organisé par des acteurs indépendants, de sorte à regrouper tous les acteurs du marché.
Au-delà de cela, le SIBA compte mettre au cœur de sa démarche la jeunesse. Quand vous viendrez au SIBA, vous verrez la présence de la jeunesse. Du point de vue de tous ceux qui présenteront, vous verrez la jeunesse. Pour inspirer la jeunesse à aller dans ce marché, le SIBA la met au cœur de sa démarche. L'objectif est de préparer les jeunes à être les investisseurs de demain, car ce sont eux les responsables de demain.

CF : A quelques jours de l'événement, où est-ce que vous en êtes avec les préparatifs ?
B.B. : On n’attend plus que le vendredi (4 avril) pour le clap d’ouverture. Un événement de cette envergure, il y a toujours quelques derniers réglages, cependant, à la date où nous sommes, tout est bien ficelé, qu’il s’agisse de l'aspect organisationnel, de la mobilisation. Nous n’attendons que le public à la salle de conférence de Ouaga 2000.
CF : Alors quelle est votre adresse aux participants au SIBA ?
B.B. : Le salon international de la bourse africaine, le SIBA, est un événement inédit. Vous avez plusieurs fois entendu parler de bourse, du marché financier. Vous vous posez des questions sur ce qu’il en est réellement. Comment pouvoir investir en bourse ? Qu'est-ce que ça rapporte réellement ?
C'est l'occasion pour vous de venir découvrir les 4 et 5 avril 2025 à la salle de conférence de Ouaga 2000 ce qu’est réellement la bourse et en quoi elle peut être utile pour vous et pour l'État. Donc, venez massivement. L'objectif, c'est de présenter en français facile, pour que tout le monde puisse comprendre et assimiler.
Interview réalisée
Par Mouni N’GOLO
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