La troisième édition du Forum International de l’Investissement Boursier (FIIB), tenu les 25 et 26 février 2026, à Ouagadougou, au Burkina Faso, a consacré un panel sur l’évolution de la bourse face aux mutations technologiques. Sous le thème : « Fintech et bourse à l'ère de l'innovation numérique », les panelistes ont démontré que les marchés de capitaux doivent mettre à profit les technologies financières, dans un contexte de transformation accélérée. Les trois experts ont exploré les mécanismes par lesquels la digitalisation peut démocratiser l’accès sécurisé et optimisé à la bourse.
Dans un contexte de digitalisation accélérée où la technologie est au cœur de tous les secteurs d’activité, le marché financier régional n’a le choix que de se mettre au diapason de cette révolution numérique. Mettre la technologie financière au service de la bourse, est donc une préoccupation d’actualité qui a été au cœur des débats lors de la 3e édition du Forum international de l’investissement boursier (FIIB), les 25 et 26 février 2026 à Ouagadougou. Les réflexions ont été centrées sur l’influence de la technologie sur les pratiques d’investissement.
Dans son mot introductif, l’Administrateur Directeur Général de GEK Capital, Messan Arnaud Gomez, modérateur du panel, a indiqué que si la bourse a longtemps été perçue comme un cercle d'initiés au langage hermétique, l'innovation numérique offre aujourd'hui une opportunité historique de briser ces barrières.
Le constat de départ présenté par l’Administrateur Directeur Général de GEK Capital, Messan Arnaud Gomez. Dans le rôle de modérateur de ce panel, il a immédiatement planté le décor d'un marché financier en pleine mutation : si la bourse a longtemps été perçue comme un cercle d'initiés au langage hermétique, l'innovation numérique offre aujourd'hui une opportunité historique de briser ces barrières. Pour le Directeur de l’Institut du FAGACE, Abdou Diouf Ndiaye, cette transformation doit impérativement s'appuyer sur une éducation financière continue, soulignant que l’innovation ne peut être attractive si la cible n'est pas préparée. Il prône ainsi l’usage de la « gamification » pour apprendre les mécanismes boursiers par le jeu, ainsi que le « micro-learning » via de courtes vidéos pédagogiques de quelques minutes, parfaitement adaptées aux habitudes de consommation numérique actuelles.
173 millions de comptes mobile money, moins de 400 000 comptes titres
Le Directeur Général de MSI Canada, Boukary Zongo, expert international des systèmes de paiement électroniques a mis en exergue le fossé entre le potentiel technologique et la réalité du marché régional de l’UEMOA. Il a insisté sur une disparité frappante : l’ensemble des huit pays de la zone UEMOA totalise plus de 22 millions de comptes bancaires, 13 millions de comptes de microfinances, environ 173 millions de comptes de monnaie électronique (mobile money) dont plus de 50 millions sont actifs, contre moins de 400 000 comptes titres de placements.
Pour le Directeur Général de MSI Canada, Boukary Zongo, les questions de KYC, de signatures électroniques, de documents digitaux, de virement électronique des comptes classiques vers les comptes titres, etc., qui ne sont pas encore totalement réglées sur le marché régional, constituent des freins à l’accès à l’investissement boursier.
Et pour lui, ce décalage « monstre » s'explique par des « points de friction » persistants dans le parcours de l'investisseur, notamment la complexité de l'ouverture de compte qui exige encore trop souvent des déplacements physiques, contrairement aux pratiques totalement dématérialisées observées ailleurs comme en Amérique du Nord. Les questions de KYC (ndlr : Know Your Customer » ou Connaissance Client), de signatures électroniques, de documents digitaux, de virement électronique des comptes classiques vers les comptes titres, etc. ne sont pas encore totalement réglées sur le marché régional, a-t-il souligné.
Monsieur Zongo a insisté sur la nécessité d'une interopérabilité fluide entre les comptes bancaires ou mobiles et les comptes titres, afin que l'approvisionnement et le retrait de fonds deviennent instantanés et transparents. Ses propos ont cependant été nuancé par le modérateur qui a précisé que la bourse en ligne est désormais une exigence réglementaire pour les nouvelles Sociétés de Gestion et d'Intermédiation (SGI) sur le marché régional, signalant une volonté de généralisation de la digitalisation des process.
L’alternative IA et la dimension sécurité
Autre point majeur de ce panel, l’intelligence artificielle (IA), présentée par l’ingénieur et spécialiste de l’IA, Mohamed Ayoub, comme une force capable de redéfinir la gestion des fonds, d'analyser en temps réel des masses colossales de données géopolitiques et économiques. Selon Mr Ayoub, ces outils facilitent la prise de décision et représentent, pour les institutions financières, un gain d'efficacité prodigieux, permettant notamment d'automatiser des tâches de conformité complexes, qui passeraient d'une semaine de traitement à un simple clic. Cependant, l'expert a martelé l'importance d'entraîner ces modèles sur des données spécifiquement africaines pour respecter les réalités et les contraintes propres au continent.
La question de la confiance et de la sécurité, qui va de pair avec la technologie et la gestion financière, a également été au cœur des échanges. Le paneliste Abdou Diouf Ndiaye a rappelé le rôle crucial du Fonds africain de garantie et de coopération économique (FAGACE) qui garantit les opérations sur le marché financier à hauteur de 100 %, contre 50 % sur le marché bancaire, ce qui offre ainsi un filet de sécurité indispensable pour attirer les investisseurs.
L’ingénieur et spécialiste de l’IA, Mohamed Ayoub, a souligné l’opportunité qu’offre l’intelligence de redéfinir l’investissement en bourse.
Pour sa part, Boukary Zongo a insisté sur l'impératif de la « sécurité dès la conception », expliquant que dans le domaine technologique, les défis de sécurité surgissent dès le lancement et doivent être anticipés par conséquent par une gouvernance rigoureuse et une cartographie des risques précise dès le départ. Le panel s'est conclu sur une note d'optimisme de tous les panelistes qui se sont projetés sur une amélioration significative des infrastructures et des pratiques d'ici les 24 prochains mois.
Mouni N’GOLO






