Actuelle Directrice Générale de la microfinance Faso Crédit, Audrey Kambiré est une passionnée de la finance qui a la conviction que le secteur financier doit être un moteur de transformation sociale. Elle a bâti son parcours professionnel entre la banque et la microfinance, ce qui lui donne un aperçu complet des mécanismes de financement de l’économie, depuis les grandes entreprises jusqu’aux acteurs informels. Mme Kambiré est titulaire d’un International Certificate in Corporate Finance délivré par HEC Paris/First Finance, d’un diplôme de l’Institut Technique de Banque du CFPB Paris, d’un DESS en Finance, comptabilité et contrôle, ainsi que d’une Maîtrise en Sciences de Gestion de l’Université Ouaga II, actuelle Université Thomas Sankara (Burkina-Faso) en tant que major de promotion. Avec plus d’une douzaine d’années d’expérience professionnelle, de la Banque Atlantique Burkina à Faso Crédit, en passant par Witti Finances Burkina, elle a su développer une expertise en développement de portefeuilles diversifiés couvrant des secteurs clés comme les télécommunications, l’énergie, le BTP, les hydrocarbures, le transport et le secteur public ; en structuration de crédits et mobilisation de ressources, et en management d’équipes pluridisciplinaires. Dans cette interview accordée à C’Finance, celle qui ambitionne de positionner Faso Crédit sur une trajectoire de rentabilité durable, pour en faire une référence de l’inclusion financière au Burkina Faso, aborde le rôle et la place de la microfinance dans l’autonomisation économique des femmes, les obstacles qui handicapent leur accès au capital, ainsi que les leviers à actionner pour lever ces contraintes. Elle y évoque également la place de la femme dans l’offre de produits financiers et non financiers de Faso Crédit, ainsi que la plus-value que son institution compte apporter à l’écosystème burkinabè de la microfinance.

C’Finance (C.F) : Quels sont le rôle et la place de la microfinance dans l’autonomisation des femmes au Burkina Faso ?

Audrey Kambiré (A.K) : La microfinance est un levier stratégique d’autonomisation des femmes. Au Burkina Faso, les femmes sont le socle de l'économie informelle mais font face à des barrières d'accès au crédit bancaire. La microfinance offre cette passerelle indispensable en permettant aux femmes d’accéder à des services financiers adaptés : crédit, épargne, assurance. Elle transforme une idée de petit commerce en une activité génératrice de revenus (AGR) pérenne. Au-delà du financement, elle crée une dynamique d’indépendance économique, de prise de décision et de résilience face aux chocs économiques.

C.F : De manière concrète, quelle est la contribution des institutions de microfinance à l’autonomisation économique des femmes burkinabè ?

A.K : Au Burkina Faso, les femmes représentent une part significative des clients des institutions de microfinance (IMF), souvent plus de 50 % dans certaines institutions. Les IMF contribuent concrètement à l’autonomisation des femmes en leur offrant l'accès au crédit pour développer des activités génératrices de revenus, en leur permettant de constituer une épargne sécurisée et en leur dispensant des formations. Cela renforce leur pouvoir de décision au sein du ménage, leur statut socioéconomique et leur confiance en elles, favorisant l'entrepreneuriat féminin et l'indépendance financière. Les institutions de microfinance financent principalement le commerce, l’agriculture et les petites unités de transformation qui sont des secteurs fortement féminisés.

C.F : Les institutions de microfinance sont présentées comme jouant un grand rôle dans l’accès des femmes aux crédits, notamment celles à faibles revenus. Ont-elles des produits financiers spécifiques adaptés aux besoins des femmes ?

A.K : Oui, les institutions de microfinance ont compris que les femmes ont des besoins spécifiques et adaptent leurs offres aux contraintes des femmes : faibles revenus, manque de garantie, temps limité. Elle leur offre des : 

  • Crédits à cycles courts adaptés aux activités commerciales ;
  • Produits d’épargne flexibles (tontine) ;
  • Crédits solidaires (groupements de femmes).
La Directrice Générale de Faso Crédit, Audrey Kambiré : « les institutions de microfinance ont compris que les femmes ont des besoins spécifiques et adaptent leurs offres aux contraintes des femmes : faibles revenus, manque de garantie, temps limité ».

 

Malgré ces avancées, des défis subsistent, notamment la nécessité de mieux adapter les produits aux contextes ruraux et d'aller au-delà du simple microcrédit pour favoriser une véritable autonomisation.

C.F : Dans quelle mesure investir dans l’autonomisation économique des femmes a-t-il un impact particulier sur le développement socioéconomique d’un pays comme le Burkina Faso ?

A.K : Les études montrent que les femmes réinvestissent jusqu'à 90% de leurs revenus dans leur famille (nutrition, éducation). Cela crée un cercle vertueux qui réduit la pauvreté structurelle et renforce la résilience économique de la nation. Des projets (notamment en agroécologie, élevage, maraîchage) ont permis à des milliers de femmes, y compris les personnes déplacées internes (PDI), de reprendre des activités génératrices de revenus, renforçant la cohésion sociale et la résilience économique dans les zones de conflit. En somme, l'autonomisation économique des femmes est un impératif stratégique au Burkina Faso pour transformer une croissance économique lente en un développement partagé et inclusif. 

C.F : Etes-vous de ceux qui estiment que pour assurer l’égalité de genre, notamment l’épanouissement de la femme, il faut d’abord lui garantir ses droits économiques ?

A.K : J'en suis intimement convaincue. L'autonomie financière est le premier rempart contre les vulnérabilités. Une femme qui génère ses propres revenus à une voix au chapitre, tant dans son foyer que dans la société. Les droits économiques sont le socle sur lequel se bâtit l’égalité réelle. Mais les droits économiques seuls ne suffisent pas. Ils doivent être accompagnés par l’éducation, la formation et un environnement réglementaire favorable.

C.F : Malgré leur détermination, il y a des facteurs structurels qui handicapent l’accès des femmes au capital. Quels sont ces principaux facteurs ?

A.K : Les obstacles sont principalement structurels : l’absence de garanties et l’accès limité à la propriété (le patrimoine étant souvent au nom de l’homme), la faiblesse des compétences en gestion financière, les réseaux d'information restreints limitant l’accès à l'information sur les opportunités de financement, l’informalité (les entreprises féminines sont plus souvent informelles) et le poids des charges domestiques qui limite le temps consacré au développement de l’entreprise freinant leur productivité et leur accès au financement. Ces barrières structurelles, combinées à des stéréotypes de genre, perpétuent un écart de financement (le "funding gap") qui entrave la pérennité et le développement des entreprises féminines.

C.F : Le manque de traçabilité des opérations, de garanties, l’informalité des activités sont cités, entre autres, parmi les difficultés qui freinent l’accès des femmes au crédit. Comment les microfinances surmontent-elles ces contraintes pour financer les femmes ? 

A.K : Les institutions de microfinance (IMF) surmontent les obstacles traditionnels à l'accès au crédit des femmes en adoptant des mécanismes innovants comme le crédit basé sur la confiance et la proximité, le crédit solidaire (caution solidaire d’un groupe), l’analyse qualitative des activités. Nous nous déplaçons dans les marchés pour constater la réalité de l'activité. Pour pallier le manque d'historique financier, l'utilisation du mobile money permet de créer un historique de transactions traçables. L’informalité n’est pas un frein pour nous, c’est notre terrain d’action. Ce que le système ne comprend pas, nous devons l’adapter pas l’exclure.

C.F : La faible culture financière des femmes constitue un autre défi. Les institutions de microfinance jouent-elles un rôle dans l’éducation financière des femmes ?

A.K : Oui, les institutions de microfinance (IMF) jouent un rôle crucial dans l'éducation financière des femmes, en particulier dans les pays en développement.  Nous ne nous contentons pas de décaisser des fonds. Nous accompagnons nos clientes sur la gestion de la trésorerie, la discipline de remboursement, la séparation entre budget familial et budget commercial, et l'importance de l'épargne. Une cliente formée est une cliente solvable et durable.

C.F : Malgré les progrès réalisés, les efforts des différentes parties prenantes, l’inclusion financière des femmes reste un gros challenge. Selon vous, quelles solutions pour un meilleur accès des femmes aux produits et services financiers ?

A.K : La solution réside dans le triptyque digitalisation (pour réduire la distance), adaptation (des produits sur mesure) et politiques publiques (fonds de garantie dédiés aux femmes).

C.F : Venons-en maintenant à Faso crédit. Depuis décembre 2025, vous êtes à la tête de cette institution de microfinance. Pouvez-vous la présenter brièvement ?

A.K : Faso Crédit S.A est une institution de microfinance agréée en 2022. Elle a débuté ses activités en juin 2023 et compte à ce jour un réseau de 3 agences à Ouagadougou et à Bobo Dioulasso. La société a pour objet la collecte de dépôts, les opérations de prêts et les opérations d’engagement par signature.

La première responsable de Faso Crédit, Audrey Kambiré :  « la femme est au cœur de notre stratégie. Nous savons qu'elles constituent le segment le plus dynamique et le plus résilient ».

 

Filiale du Groupe Planor Afrique, nous sommes nés de la volonté de favoriser l’inclusion financière des populations exclues du système bancaire classique, avec des valeurs de proximité et de flexibilité. Notre ambition est de devenir un acteur de référence reconnu pour sa gouvernance, sa performance et sa contribution au financement de l’économie locale.

C.F : De la banque, vous êtes aujourd’hui à la tête d’une IMF, après être passée par une institution de méso finance. Comment vivez-vous cette transition, ce basculement de la banque à la microfinance ?

A.K : C’est un basculement passionnant. La microfinance est un terrain plus exigeant, mais aussi plus impactant. On est au contact direct des clients, avec des résultats visibles. Voir une commerçante passer d'un étal de fortune à une boutique structurée grâce à nos services apporte une satisfaction humaine qu'on ne retrouve nulle part ailleurs.

C.F : Dans un écosystème concurrentiel, composé de plus de 100 IMF, comment se porte Faso Crédit ? Quelle est la plus-value qu’elle compte apporter au système financier décentralisé burkinabè ?

A.K : Faso Crédit se porte très bien. Notre plus-value réside dans notre agilité et notre appartenance à un groupe solide. Nous ne sommes pas juste un prêteur, nous sommes un partenaire de croissance qui utilise la technologie pour simplifier la vie de ses clients. Notre stratégie est basée sur la discipline de crédit, l’excellence opérationnelle et l’innovation progressive.

C.F : Quelle place Faso crédit accorde-t-elle aux femmes dans sa politique d’offre de produits financiers et non financiers ?

A.K : La femme est au cœur de notre stratégie. Nous savons qu'elles constituent le segment le plus dynamique et le plus résilient. Elles représentent 35% de notre portefeuille clients et 45% de nos clients emprunteurs à titre individuel et sous forme de groupements. Elles bénéficient d'une attention particulière, tant dans nos agences que sur le terrain, avec des processus de décision accélérés.

C.F : Faso crédit a-t-il mis en place des produits financiers spécifiques pour les femmes ? Lesquels ?

A.K : Oui, nous avons lancé le produit "An Mousso" (La femme, en langue locale). C’est une offre combinée d’épargne et de crédit conçue spécifiquement pour les femmes. Elle propose un taux de rémunération préférentiel, pour encourager celles qui osent entreprendre et créer de la valeur. Notre vraie ambition est d’accompagner les femmes de l’informel vers la structuration.

Interview réalisée par la

Rédaction de C’Finance

Dans la même rubrique Microfinance

☎ Appel : (226) 77 67 52 16 / 78 46 33 10 

WhatsApp  : (226) 61 33 97 14

Mail : secretariat@cfinance.news 

LE CHOIX DE L'ÉDITEUR

ACTUALITÉS