Celle-ci est une tribune de l’auteur et expert Senior en Finance et en Microfinance, en finance agricole et rurale, Economiste Agricole et de l’Environnement, Dominique Tamini, sur la problématique de la mobilisation des ressources endogènes pour le financement du développement dans les pays en développement. Axant son analyse sur le cas du Fonds de Soutien Patriotique (FSP), mis en par le gouvernement du Burkina Faso, il souligne qu’un mécanisme de finance solidaire publique peut constituer une alternative crédible aux financements extérieurs dans les États en Développement. Mieux, il conclut que le FSP constitue un instrument innovant de mobilisation des ressources endogènes dans un contexte d’État confronté à de multiples défis. 

La mobilisation des ressources endogènes constitue un pilier stratégique de la souveraineté financière des États en développement confrontés à la volatilité de l’aide extérieure, à l’insécurité et aux contraintes budgétaires structurelles. Cet article propose une analyse économico-institutionnelle approfondie du Fonds de soutien patriotique (FSP) du Burkina Faso, conçu comme un instrument innovant de financement participatif public fondé sur la mobilisation des ressources endogènes et la solidarité nationale. Dans cette optique, nous exprimons toute notre reconnaissance au Président du Faso, son Excellence le Capitaine Ibrahim TRAORE, pour avoir initié cet instrument comme levier de souveraineté nationale.

En lisant le document officiel du FSP et en faisant une revue scientifique (OCDE, FMI, Banque mondiale, CEA, BAD), notre analyse reflète une approche analytique rigoureuse en économie sociale et solidaire (ESS), économie publique et finance du développement. Les résultats montrent que près de 496,97 milliards FCFA ont été mobilisés entre 2023 et 2025, soit un taux de réalisation de 110,44 %, révélant un potentiel significatif de financement endogène dans un contexte d’État en développement. L’analyse met en évidence le rôle du FSP comme instrument hybride de finance publique souveraine, de finance solidaire, communautaire et de résilience budgétaire, tout en identifiant les leviers de la soutenabilité contributive.

D’un point de vue théorique, le FSP s’inscrit à l’intersection de :

  •  la mobilisation des ressources endogène ;
  • l’économie sociale et solidaire ;
  • la souveraineté financière ;

Le cas du Burkina Faso est un bel exemple qui montre qu’un mécanisme de finance solidaire publique peut constituer une alternative crédible aux financements extérieurs dans les États en développement. L’article conclut sur des implications stratégiques pour les politiques publiques et la finance solidaire en Afrique de l’Ouest, particulièrement pour les pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES).

Les États en développement, en particulier dans la région sahélienne, font face à une contrainte budgétaire structurelle accentuée par :

  • la baisse relative de l’aide publique au développement (APD) ;
  • l’insécurité ;
  • la faiblesse des recettes fiscales ;
  • la dépendance aux financements extérieurs.

Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE, 2023, Revenue Statistics in Africa), les ratios recettes fiscales/PIB en Afrique subsaharienne demeurent structurellement inférieurs à ceux des pays de l’OCDE, limitant la capacité d’autofinancement des politiques publiques.

La Banque mondiale souligne que la mobilisation des ressources endogènes est désormais « essentielle pour renforcer la résilience budgétaire et la souveraineté économique des États en développement » (Banque mondiale, 2022, Domestic Resource Mobilization Report).

Dans ce contexte, le Burkina Faso a institué en janvier 2023 le Fonds de soutien patriotique (FSP), présenté comme un mécanisme innovant de financement participatif public et de mobilisation des ressources endogènes pour faire face aux défis sécuritaires et de souveraineté.

Dans quelle mesure le Fonds de soutien patriotique constitue-t-il un instrument pertinent de mobilisation des ressources endogènes, d’économie sociale et solidaire et de souveraineté financière dans un État en Développement ?

La mobilisation des ressources endogènes est définie comme l’ensemble des mécanismes permettant à un État de financer son développement à partir de ressources internes propres, incluant :

  • recettes fiscales ;
  • épargne nationale ;
  • contributions citoyennes,
  • instruments financiers souverains.

Selon la Commission économique pour l’Afrique (CEA, 2019, Domestic Resource Mobilization in Africa), la mobilisation des ressources endogènes constitue « le levier principal de financement durable du développement en Afrique ». Le Fonds monétaire international (FMI, 2021, Fiscal Monitor) précise que l’autonomie fiscale et financière réduit la vulnérabilité aux chocs externes.

La souveraineté financière renvoie à la capacité d’un État à financer ses dépenses stratégiques sans dépendance excessive à l’aide extérieure ou à l’endettement (UNCTAD, 2020). Selon la Banque africaine de développement (BAD, 2022, African Economic Outlook), le renforcement des ressources endogènes est une condition essentielle pour :

  • la stabilité macroéconomique ;
  • la sécurité ;
  • la résilience institutionnelle.

Le FSP comme instrument d’Économie sociale et solidaire (ESS) et de finance solidaire publique

L’économie sociale et solidaire se caractérise par :

  • la participation citoyenne ;
  • la solidarité collective ;
  • la finalité sociale.

Dans une perspective institutionnelle, un Fonds patriotique alimenté par contributions volontaires et prélèvements solidaires s’apparente à un mécanisme de finance solidaire publique, à mi-chemin entre fiscalité et engagement citoyen. Selon Defourny & Nyssens (2017), ces éléments correspondent aux principes fondamentaux de la finance solidaire.

Fondement institutionnel et logique économique du FSP

Le Fonds de soutien patriotique a été lancé en janvier 2023 comme instrument souverain de financement participatif public visant à soutenir :

  • les Forces de défense et de sécurité (FDS) ;
  • les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) ;
  • l’effort de reconquête territoriale.

Il s’inscrit dans une logique de mobilisation endogène fondée sur :

  • contributions volontaires des citoyens et diaspora ;
  • prélèvements économiques ;
  • participation des entreprises (2 % du bénéfice).

Analyse quantitative des performances financières

Tableau 1 : Performance financière du FSP (2023–2026)

Indicateurs

Valeurs

Sources

Prévision cumulée initiale

450 milliards FCFA

 

 

Conférence de presse du 18 février 2026

Montant mobilisé 2023–2025

496 966 246 105 FCFA

Taux de réalisation

110,44 %

Objectif 2026

200 milliards FCFA

Montant mobilisé au 15 février 2026

15 milliards FCFA

Au regard des bonnes performances financières engrangées, le Ministre de l’Économie et des Finances, Dr Aboubakar Nacanabo indique que « l’Aide Publique au Développement n’aurait pas permis un niveau de financement équivalent ».

Analyse : le dépassement de la prévision initiale indique selon les explications issues de la conférence de presse du 18 février 2026 :

  • une forte mobilisation citoyenne ;
  • une capacité contributive endogène significative ;
  • un niveau élevé de confiance institutionnelle relative.

Les ressources mobilisées ont permis :

  • la prise en charge complète des VDP (santé, alimentation, primes) ;
  • l’acquisition d’équipements stratégiques ;
  • l’achat de trois hélicoptères de combat ;
  • l’acquisition d’engins pour les infrastructures publiques. Ces acquisitions ont été financées sans dépendance directe à l’aide extérieure.

Le FMI (2021) montre que les États en développement ont une faible marge budgétaire.
Dans ce contexte, le FSP représente :

  • un mécanisme de financement interne stratégique ;
  • une réduction relative de la dépendance extérieure ;
  • une innovation institutionnelle en finance publique.

Comparaison avec d’autres mécanismes africains de mobilisation de ressources endogène.

Instruments

Pays

Natures

Taxes solidaires

Rwanda

Fiscalité dédiée

Diaspora bonds

Éthiopie

Mobilisation diaspora

Fonds souverains

Botswana

Revenus extractifs

Fonds patriotique (FSP)

Burkina Faso

Finance solidaire publique

Sources : BAD (2022), Banque mondiale (2022).

Effets macroéconomiques potentiels du FSP

Les effets positifs potentiels du FSP sont :

  • renforcement de la résilience budgétaire ;
  • financement rapide des dépenses sécuritaires ;
  • stimulation du patriotisme économique ;
  • amélioration du déficit budgétaire ;
  • accroissement de la croissance du PIB (Produit Intérieur Brut) ;
  • favorise la stabilité macroéconomique ;
  • favorise l’inclusion financière de nos communautés ;

Suggestions

  • Évaluer son impact sur les finances publiques ;
  • Digitaliser les contributions citoyennes (finance digitale solidaire) ;
  • Mobiliser les institutions financières comme relais d’épargne patriotique ;
  • Développer des obligations solidaires nationales ;
  • Renforcer l’éducation financière patriotique ;
  • Maintenir la transparence (publications périodiques des contributions, conférence de presse, etc.).

 CONCLUSION

L’analyse du Fonds de soutien patriotique révèle qu’il constitue un instrument innovant de mobilisation des ressources endogènes dans un contexte d’État en développement. Avec près de 497 milliards FCFA mobilisés entre 2023 et 2025 et un taux de réalisation de 110,44 %, le FSP démontre l’existence d’un potentiel domestique de financement participatif très significatif. Selon la BAD (2022), l’avenir du financement du développement africain repose largement sur la mobilisation des ressources endogènes et les innovations financières souveraines.

TAMINI Dominique

Expert Senior en Finance et en Microfinance

Expert en finance agricole et rurale

Economiste Agricole et de l’Environnement

Auteur du livre Inclusion Financière : le Crédit Solidaire

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