Dans le cadre des travaux de la 16e Assemblée Générale de la Fédération Interafricaine des Assureurs Conseils (FIAC), une table ronde a réuni les acteurs majeurs du secteur pour débattre des menaces et opportunités que l’évolution de la réglementation présente ou pourrait présenter au sous-secteur de l’intermédiation dans le secteur des assurances. Sous la modération de l’ancien président de la FIAC Cheick Bâ, le panel a mis sur la même table le Secrétaire Général de la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances (CIMA), Éric Rochereau Kouaghu Tchuisseu, le fondateur du cabinet de courtage en assurance du Bénin LB Assur, Laurel Bonou, la nouvelle présidente de la FIAC Léopoldine Fondop Ngoula et le représentant de la FANAF et Directeur général de Coris Assurnces IARD Burkina Faso, Hadaraï Rabo, pour des échanges assortis de recommandations.

Face à un paysage réglementaire en pleine mutation, les intermédiaires en assurance se doivent de maitriser les exigences qui leur incombent, de relever le défi de la formation et de se redéfinir par rapport aux autres acteurs du secteur, notamment les nouveaux impulsés par le développement technologique : les insurtechs. Le sujet a été débattu le 12 juin 2026 à Ouagadougou à l’occasion d’une table ronde organisée dans le cadre des travaux de la 16ème Assemblée Générale annuelle de la Fédération Interafricaine des Assureurs Conseils (FIAC) qui s’est tenue du 10 au 13 juin dans la capitale burkinabè.

Sur une même table, la nouvelle présidente de la FIAC, Léopoldine Fondop Ngoula, le Secrétaire général de la CIMA, Éric Rochereau Kouaghu Tchuisseu, le courtier d’assurance, fondateur du cabinet LB Assur, Laurel Bonou ou encore le représentant de la FANAF et Directeur général de Coris Assurances IARD Burkina Faso, Hadaraï Rabo ont échangé leurs points de vue sur la problématique des menaces et opportunités de l’évolution réglementaire pour le sous-secteur de l’intermédiation en assurance, et souligné les points nodaux à suivre par les acteurs.

Se prononçant sur les réformes introduites par le code CIMA ayant le plus fort impact pour les courtiers d’assurance, le Secrétaire général de la CIMA, Laurel Bonou, a identifié quatre évolutions majeures qui redessinent les contours du métier. Il a cité le livre VII et l’article 13 du Code, l’instauration de bordereaux et états financiers modèles et l’assurance digitale.

La réforme de l’article 13 est la véritable « colonne vertébrale » de sécurisation, qui assainit les relations entre acteurs en limitant les flux financiers transitant par les intermédiaires pour sécuriser les primes et garantir le paiement régulier des commissions. Quant aux bordereaux et états financiers, bien que perçue comme une contrainte, cette réforme vise à professionnaliser le secteur et à offrir une visibilité statistique claire pour une meilleure gouvernance des cabinets de courtage.

Le nouveau bureau de la FIAC, élu lors des 16e AG du 10 au 13 juin 2026 à Ouagadougou, a pour mission de redynamiser la faîtière des associations nationales de courtiers des pays de la zone CIMA pour faire face aux défis qui se posent au secteur.

 

Le livre VII sur la micro-assurance représente une opportunité de croissance massive mais porte une menace à travers la fenêtre qu’elle ouvre pour l'émergence d'intermédiaires « au rabais » tels que les leaders d'opinion, bénéficiant de capacités professionnelles allégées tandis que l’assurance digitale impose des exigences strictes en matière de sécurité informatique et de plans de continuité d’activité, a-t-il poursuivi.

Défis de survie et d’adaptation

De son côté, la présidente de la FIAC, Léopoldine Fondop Ngoula, a mis un accent particulier sur la réglementation contre le blanchiment et le financement du terrorisme (LBC/FT) soulignant l'obligation de vigilance renforcée (KYC pour Know Your Customer) qui impose désormais aux cabinets de se documenter et de se doter de ressources humaines spécialisées pour être en mesure de contrôler les transactions de leurs clients et de détecter les circuits financiers suspects.

Les débats ont mis en lumière les risques croissants auxquels sont confrontés les courtiers, notamment une responsabilité accrue, une pression sur la rentabilité (les coûts liés à la mise en conformité peuvent menacer la survie des plus petits cabinets) et le risque d'éviction. Acteur terrain et donc interpellé au plus haut chef par la problématique, le courtier Laurel Bonou de LB Assur a alerté sur le fait que la réglementation pourrait agir comme un accélérateur pour les grands cabinets mais comme un frein pour les structures moyennes manquant de trésorerie.

Intervenant par rapport à la relation entre courtiers et compagnies d’assurance, le représentant de la FANAF, Hadaraï Rabo, a reconnu que les préoccupations liées au paiement des commissions et à la « désintermédiation » varient selon les marchés. La FANAF prône le partage des bonnes pratiques pour fluidifier les relations. Et sur la question, le SG de la CIMA a rappelé que le régulateur n'a pas de parti pris, il veille à ce que les assureurs « ne tiennent pas les intermédiaires en laisse » par des retards de paiement, tout en exigeant des courtiers une transparence totale dans le reversement des primes.

L’urgence de se redéfinir sur un marché dynamique et concurrentiel

Face à la montée des Insurtechs et des plateformes digitales, les différents intervenants ont abondé dans le même sens dans un consensus clair. Pour tous, le digital doit être au service de l'intermédiaire, être une opportunité en ce qu’il permet d'atteindre des populations non assurées à moindre coût et de transformer la conformité en avantage concurrentiel pour les acteurs les mieux organisés. Mais la technologie recèle cependant le risque de voir des plateformes sans agrément (Fintechs) s'engouffrer dans le segment de la distribution pour mener une concurrence drastique aux cabinets d’Assurance conseil.

La nouvelle présidente de la FIAC a préconisé une mutualisation des ressources pour permettre aux Assureurs conseils de se conformer à l'évolution de la réglementation, notamment en matière de compliance.

 

C’est pourquoi les conférenciers recommandent unanimement à la FIAC d’organiser la mutualisation des moyens via des plateformes communes pour réduire les coûts technologiques pour tous les membres. Dans les principales recommandations, une invitation a été faite aux courtiers à contribuer activement à la révision en cours du Livre V du Code CIMA consacré aux intermédiaires et une invitation a été faite aux courtiers à contribuer activement à la révision en cours du Livre V du Code CIMA consacré aux intermédiaires et à prioriser la formation continue sur les risques techniques et spécifiques pour préserver la valeur ajoutée du conseil humain.

La FANAF a aussi été encouragée à développer des solutions contextuelles par marché et renforcer la collaboration entre les fédérations. Enfin, la création d’un « Kit de conformité pratique » soutenu par la FIAC pour accompagner les cabinets dans le respect des nouvelles exigences. Ce que le modérateur, Cheick Bâ, a résumé en une formule forte : « l'intermédiation de demain n'aura de place que pour les professionnels capables de transformer la contrainte réglementaire en un gage de crédibilité et de différenciation ».

Mouni N’GOLO

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