La Fédération des Sociétés d’Assurances de Droit National Africaines (FANAF) a tenu les Etats généraux de l’assurance inclusive, du 6 au 8 juillet 2026, à Cotonou, au Bénin. Après trois jours d’intenses travaux de réflexions, d’échanges et de partages d’expériences, la clôture de cette rencontre a été marquée par un acte histoire : l’adoption du Pacte panafricain de l’assurance inclusive par les 400 participants venus d’une vingtaine de pays africains.

Le marché des assurances de la zone FANAF vient d’ouvrir une nouvelle page de son histoire, de sa marche vers une assurance qui n’exclut plus les populations les plus exposées aux risques, une assurance perçue non comme un produit de luxe réservé à une élite urbaine mais comme une solution de protection accessible et au service de tous. En effet, plus de 400 acteurs du monde assurantiel venus de vingt pays du continent, ont acté l’adoption du Pacte panafricain de l’assurance inclusive, le 8 juillet 2026, à Cotonou, au Bénin, à l’issue des 72 heures d’assises consacrées aux Etats généraux de l’assurance inclusive dans l’espace FANAF. L’ambition est de mettre fin à une tenace réalité : l'écrasante majorité des populations africaines, en particulier les petits exploitants agricoles, les travailleurs du secteur informel, les femmes et les dirigeants de petites et moyennes entreprises, véritables artisans des économies africaines, vivent sans protection d'assurance face aux chocs de la vie et aux risques de façon générale.

Entré en vigueur dès son adoption, ce Pacte constitue désormais le référentiel de l’inclusion assurantielle, le cadre stratégique collectif de l'assurance africaine et l'acte fondateur de la transformation du marché de la zone FANAF. Pour son opérationnalisation, les participants ont pris une vingtaine de résolutions/engagements. Avec un taux de pénétration de l’assurance hors Afrique du Sud de l'ordre de 1%, pour un continent qui compte 19% de la population de la planète, mais qui ne capte que 1% des primes d’assurances mondiales, les acteurs du marché ont décidé de pousser le curseur plus haut. En effet, ils se sont donnés pour objectif de « doubler le taux de pénétration de l'assurance dans l'ensemble des marchés membres de la FANAF d'ici au 31 décembre 2040, en concentrant l'effort collectif sur les segments agricoles, informels, santé, assurance-vie et petites et moyennes entreprises ».

L'adoption de ce Pacte marque une nouvelle ère pour l'assurance africaine

 

Résolution a donc été prise d’accorder désormais la priorité aux populations exclues de l'assurance, en veillant à ce que tout produit déployé dans le cadre du pacte identifie explicitement les populations cibles parmi les quatre segments prioritaires, à savoir les petits exploitants agricoles et travailleurs du secteur agropastoral, les travailleurs du secteur informel urbain, les femmes et les petites et moyennes entreprises.  Pour matérialiser cette résolution, au niveau de l'offre de produits, les assureurs membres de la FANAF se sont engagés à concevoir et à commercialiser avant le 31 décembre 2027 au moins deux produits relevant des quatre familles définies par le pacte : assurance agricole indicielle, santé complémentaire, assurance-vie populaire, décès et assurance mixte et épargne, multirisque PME.

Institution du label FANAF d'assurance inclusive

Pour soutenir la dynamique de développement de l’assurance, les Etats généraux ont recommandé aux Etats d’instaurer de nouvelles assurances obligatoires, en identifiant comme domaines pertinents pour ces obligations, l'incendie et la responsabilité civile des marchés, gares et autres établissements recevant du public, le transport public de personnes et de marchandises, la multirisque habitation pour les logements donnés en location, l'assurance agricole adossée aux crédits de campagne et aux intrants subventionnés, la responsabilité civile scolaire et universitaire et la couverture des risques de catastrophes naturelles et climatiques. Tout en recommandant que ces obligations soient assorties de primes accessibles, de mécanismes de contrôle garantissant leur effectivité et de dispositifs d'indemnisation rapides afin qu'elles soient perçues par les populations comme une protection et non comme une taxe.

Résolutions ont également été prises d’instituer le label FANAF d'assurance inclusive destiné à certifier les produits conformes aux normes minimales du pacte et à reconstruire la confiance des populations, de réinventer les pratiques d'intermédiation en assurance et d’assurer la distribution du dernier kilomètre, en allant vers les populations là où elles vivent, tout en combinant canaux numériques de masse et réseaux humains. Et chaque assureur s’est engagé à déployer au moins un produit labellisé accessible avant le 31 décembre 2027. Convaincus que le changement d'échelle de l'assurance inclusive restera une vaine ambition sans recours aux technologies numériques, les États ruraux encouragent les assureurs à intégrer l'intelligence artificielle dans la tarification, en exploitant les données alternatives et dans la prise en charge des sinistres, du traitement automatisé des déclarations à l'indemnisation rapide.

Les États généraux lancent solennellement l'appel de Cotonou sur l'assurance inclusive adressé aux États, aux régulateurs, aux assureurs et réassureurs, aux intermédiaires, aux insurtechs, aux partenaires techniques et financiers et à la société civile africaine pour la prise en main du Pacte panafricain de l'assurance inclusive et des présentes résolutions.

 

Les assureurs du marché FANAF se sont résolument engagés à ériger la prise en charge rapide des sinistres en levier principal de confiance entre assureurs et assurés. C’est pourquoi, ils adhèrent à l'exigence du pacte relative au payement des indemnisations dans un délai maximal de 72 heures à compter de la réception complète des pièces judicatives. Ils se sont résolus à promouvoir une assurance pensée avec les femmes et pour les femmes dans le cadre de l’initiative genre du Pacte, mais aussi l’éducation assurantielle. A ce sujet, et recommandation a été faite aux États et aux régulateurs d'intégrer l'éducation à l'assurance dans les stratégies nationales d'éducation financière, à la FANAF à élaborer, avant le 30 juin 2027, un référentiel panafricain d'éducation et de sensibilisation à l'assurance.  L’institution de la journée FANAF de l'assurance inclusive, organisée simultanément chaque année sur l'ensemble des marchés, une semaine avant l'Assemblée générale, s’inscrit dans cette même dynamique.

Large diffusion et appropriation du Pacte

Les recommandations faites aux régulateurs d’adopter d'une régulation proportionnée adaptée à l'assurance inclusive et fondée sur les principes de proportionnalité, de simplicité et de protection des assurés, aux États d'instaurer un régime fiscal incitatif et dérogatoire en faveur de l'assurance inclusive conformément à l'article 734 du Code des assurances CIMA, d'intégrer l'assurance agricole indicielle dans les politiques nationales de protection des exploitants avec mécanisme de cofinancement des primes, la reconnaissance de la micro-assurance santé comme complément indispensable des dispositifs de couverture maladie universelle, aux Etats et aux partenaires techniques et financiers, multilatéraux et bilatéraux, de mobiliser les ressources nécessaires au financement de l'assurance inclusive africaine sur la période 2026-2030, le Partenariat avec la Banque africaine de développement dans le cadre de la nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD) font partie des résolutions de ces Etats généraux.

Dans le but d’éviter que ce Pacte panafricain de l’assurance inclusive ne finisse dans les tiroirs, il est accompagné d’un mécanisme de suivi-évaluation. Il est aussi prévu de le transmettre, les résolutions y comprises, aux ministres en charge du secteur des assurances, aux sociétés membres de la FANAF et au secrétaire général de l'Assemblée, aux fins de sa prise en compte dans les politiques publiques et les programmes de réformes réglementaires. Sans oublier que chaque association nationale a été invitée à organiser, avant le 31 décembre 2026, une session nationale de restitution et d'appropriation des conclusions de Cotonou.

 

In fine, les Etats généraux ont lancé solennellement l'appel de Cotonou sur l'assurance inclusive adressé aux États, aux régulateurs, aux assureurs et réassureurs, aux intermédiaires, aux insurtechs, aux partenaires techniques et financiers et à la société civile africaine pour une prise en main du Pacte panafricain de l'assurance inclusive et des résolutions. Chaque acteur est donc invité à s'approprier les engagements qui le concernent, à les traduire sans délai en actes dans son champ de responsabilité et à rendre compte de leur mise en œuvre afin que nul Africain ne demeure sans protection face aux aléas de la vie.

Il est temps d’agir

Pour le Président de la FANAF, Mamadou Koné, avec l’adoption de ce référentiel historique, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre pour l’industrie assurantielle africaine. « Un vent nouveau souffle sur le secteur des assurances : ce pacte que nous venons de sceller à Cotonou », a-t-il confié. Et il faut maintenant passer urgemment à l’action décisive et impactante, car l’heure n’est plus aux diagnostics et aux questionnements !  Ce qui veut dire que le travail commence maintenant. « Il faut se mettre au travail, car notre génération ne peut plus attendre. Notre continent ne nous a pardonnera pas. Nous avons donc cette grande responsabilité de prendre ce tournant, et de faire en sorte que l'assurance africaine soit une industrie de solutions, de progrès », a martelé M. Koné.

Le directeur de cabinet du ministre délégué chargé des Finances et de la Microfinance du Bénin s’est réjoui de la tenue de ce cadre de dialogue, qui témoigne de la volonté commune de bâtir une industrie de l'assurance plus inclusive, plus innovante, plus proche des citoyens et davantage au service du développement du continent. « Les réflexions approfondies menées au sein des onze ateliers thématiques nous ont permis d'aller au-delà des approches traditionnelles afin d'explorer de nouvelles perspectives d'amélioration du cadre réglementaire et institutionnel. Elles ont également contribué à faire émerger une vision commune de l'assurance africaine, fondée sur l'innovation technologique, l'accessibilité, la proximité avec les populations, le renforcement de la confiance et une meilleure ouverture des personnes les plus vulnérables », a-t-il souligné. Pour lui, l'assurance inclusive doit désormais s'imposer comme l'un des instruments majeurs du renforcement de la résilience des économies africaines, favorisant une croissance plus durable, plus équitable et véritablement inclusive.

La Rédaction

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