Le Cameroun a dépensé 274,3 milliards F CFA pour importer des hydrocarbures au premier trimestre 2026, en hausse de 2,5 % sur un an. Dans le même temps, les recettes tirées des exportations de pétrole brut ont chuté de 14,4 %, selon le dernier rapport du Comité national économique et financier (CNEF). Une évolution qui met en lumière la forte dépendance du pays aux produits pétroliers raffinés, malgré son statut de producteur d'hydrocarbures.
Le Cameroun continue de payer un lourd tribut de sa dépendance aux importations de produits pétroliers raffinés. Au cours des trois premiers mois de 2026, le pays a consacré 274,3 milliards de FCFA à l'achat d'hydrocarbures sur les marchés internationaux, contre 267,7 milliards de FCFA à la même période en 2025, soit une progression de 2,5 %, selon le dernier rapport du Comité national économique et financier (CNEF).
Les hydrocarbures demeurent ainsi le premier poste d'importation du pays, loin devant les machines et appareils mécaniques, évalués à 115 milliards de FCFA, et les véhicules, qui représentent 82,8 milliards de FCFA. Cette situation traduit le paradoxe énergétique camerounais. Bien que producteur de pétrole et de gaz, le pays reste fortement dépendant des importations d'essence, de gasoil, de kérosène et d'autres produits raffinés destinés à satisfaire les besoins des ménages, des entreprises et des administrations.
À l'inverse, les recettes issues des exportations de pétrole brut poursuivent leur repli. Elles se sont établies à 152,4 milliards de FCFA au premier trimestre 2026, contre 178 milliards de FCFA un an plus tôt, soit une baisse de 25,6 milliards de FCFA, correspondant à un recul de 14,4 %.
Baisse des recettes d’exportations de 50 % en trois ans
Cette contre-performance intervient pourtant dans un contexte international marqué par la remontée des cours du pétrole. Selon les données de la Banque mondiale, le prix du Brent atteignait 103,7 dollars le baril en mars 2026, contre 72,6 dollars un an auparavant, soit une hausse de 42,8 %. Le prix européen de référence du gaz naturel a également progressé de 35,3 % sur la même période.
Le recul des recettes d'exportation laisse penser à une diminution des volumes exportés ou à une modification de la structure des ventes, même si le rapport du CNEF ne fournit pas davantage de précisions sur ces facteurs. Cette tendance s'inscrit dans une dynamique amorcée depuis plusieurs années. Après avoir culminé à 1 514,8 milliards de FCFA en 2022, les recettes issues des exportations de pétrole brut sont tombées à 705,6 milliards de FCFA en 2025, soit une baisse de plus de 50 % en trois ans. Les exportations de gaz naturel liquéfié suivent la même trajectoire, passant de 631,5 milliards à 363,3 milliards de FCFA sur la période.
Pendant ce temps, la facture des importations d'hydrocarbures demeure structurellement élevée. Après un record de 1 153,4 milliards de FCFA enregistré en 2022, elle s'est établie à 891,1 milliards de FCFA en 2025. La hausse observée au premier trimestre 2026 laisse présager le maintien d'un niveau élevé de dépenses énergétiques.
Relance des capacités nationales de raffinage, un enjeu stratégique
Cette dépendance est principalement liée à l'arrêt des activités de raffinage de la Société nationale de raffinage (Sonara), dont les installations ont été gravement endommagées par un incendie. Depuis lors, le Cameroun exporte son pétrole brut tout en important une grande partie des produits pétroliers raffinés qu'il consomme, ce qui accentue la pression sur les réserves de change, la balance commerciale et les finances publiques.
Face à cette situation, la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) encourage les autorités camerounaises à accélérer la reconstruction de la Sonara ainsi que la mise en œuvre du projet de raffinerie C-Star à Kribi. Le gouvernement privilégie désormais une reconstruction complète de la raffinerie, estimée à 700 milliards de FCFA, avec des équipements modernes, dont un hydrocracker destiné à améliorer la valorisation du pétrole brut local.
Pour le Cameroun, la relance des capacités nationales de raffinage apparaît aujourd'hui comme un enjeu stratégique. Elle devrait permettre de réduire durablement les importations de carburants, d'améliorer la balance commerciale et de mieux valoriser les ressources pétrolières nationales, dans un contexte où les recettes d'exportation des hydrocarbures continuent de s'éroder.
Estelle KONKOBO




