Le Gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) et le Groupe de la Banque mondiale ont officialisé, lundi 17 février 2026 à Kinshasa, un plan d’action conjoint visant à améliorer la performance du portefeuille des projets financés dans le pays et à atteindre un taux de décaissement d’au moins 30 % en 2026, à travers un dispositif de suivi renforcé, une réorganisation opérationnelle des unités de gestion et une modernisation des procédures.

Dans un contexte de pression budgétaire accrue et de besoins sociaux persistants, la capacité d’absorption des financements extérieurs s’impose comme un indicateur central d’efficacité. En République démocratique du Congo (RDC), l’expansion rapide du portefeuille de la Banque mondiale, passé d’environ 3 milliards de dollars en 2020 à plus de 7,5 voire 8 milliards de dollars en 2024, se heurte à une exécution jugée insuffisante, avec un taux de décaissement limité à 22 % en 2025, sans jamais avoir atteint 25 % au cours des cinq dernières années.

Selon le directeur des opérations de la Banque mondiale en RDC, Albert Zeufack, l’objectif de parvenir à un niveau de décaissement de 30 % en 2026 est ambitieux mais atteignable, à condition de lever les contraintes qui entravent la mise en œuvre des projets. Les infrastructures et l’éducation, qui concentrent respectivement 250 millions et 300 millions de dollars sur un ensemble de 22 projets, totalisant 1,4 milliard de dollars, illustrent l’importance stratégique du portefeuille pour le développement national.

La revue stratégique de 2025 a mis en évidence plusieurs facteurs structurels. La complexité croissante des projets, souvent multisectoriels et techniquement exigeants, allonge les délais de préparation et d’exécution. Les procédures de passation des marchés et les avis de non-objection génèrent des lenteurs administratives significatives. Les capacités limitées des unités de gestion des projets, combinées à l’insécurité persistante dans l’Est du pays et à certaines interférences politiques, réduisent la fluidité opérationnelle.

Ces contraintes affectent directement la capacité d’absorption des financements, alors même que les besoins en infrastructures, en capital humain et en services sociaux demeurent considérables. Pour la Banque mondiale, tout comme pour les autorités congolaises, l’enjeu dépasse la simple performance administrative : il s’agit de convertir les engagements financiers en impacts mesurables pour les populations.

Un plan structuré autour de leviers opérationnels

Le plan d’action consolidé signé le 17 février s’articule autour de plusieurs axes stratégiques visant à améliorer la qualité des projets dès leur conception, accélérer les procédures de passation des marchés, renforcer les capacités des unités de gestion et instaurer un pilotage mensuel des décaissements. Un tableau de bord bimensuel devra désormais suivre l’état d’avancement des projets, avec l’objectif que 70 % d’entre eux soient considérés « on track » et que chaque projet en difficulté fasse l’objet d’un plan de redressement validé sous 30 jours.

La vice-ministre des Finances a insisté sur le renforcement des équipes à travers la formation et l’intégration de jeunes diplômés, l’amélioration de la préparation en amont, afin de lancer les appels d’offres dès l’entrée en vigueur des projets, ainsi qu’une implication accrue du gouvernement dans la validation des accords de cofinancement. Elle a également préconisé des ateliers de redevabilité pour clarifier les responsabilités des parties prenantes et l’intégration systématique de l’analyse des risques sécuritaires dès la phase de conception.

La digitalisation comme accélérateur de performance

Lors de la revue stratégique, la ministre de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu, a souligné la nécessité d’aller au-delà des recommandations structurelles pour agir immédiatement sur les projets en cours. Elle a plaidé pour la mise en place d’une plateforme numérique obligatoire de formation continue destinée aux unités de gestion, assortie de mécanismes d’évaluation conditionnant le renouvellement des contrats.

Plus largement, elle a appelé à une modernisation des pratiques administratives par l’intégration accrue des outils numériques et de l’intelligence artificielle, considérant que l’atteinte du seuil de 30 % dépendra également de la capacité du pays à optimiser le suivi des données, la productivité et la gestion des performances.

Au-delà de la cible chiffrée, la réforme du pilotage du portefeuille financé par la Banque mondiale constitue un test de gouvernance pour la République démocratique du Congo. L’amélioration des taux de décaissement conditionne non seulement l’efficacité des projets à fort impact socio-économique, mais aussi la crédibilité du pays dans ses relations avec les partenaires techniques et financiers.

Dans un environnement marqué par la concurrence pour l’accès aux financements concessionnels et par l’exigence accrue de résultats, la capacité à transformer les engagements en réalisations tangibles s’impose comme un levier stratégique de souveraineté économique et de consolidation budgétaire. L’objectif de 30 % en 2026 apparaît ainsi moins comme une simple performance technique que comme un indicateur clé de maturité institutionnelle et de solidité structurelle.

Estelle KONKOBO

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