Une étude récente menée par deux chercheurs burkinabè, Ouabou Nabié et le Pr Mahamadou Diarra du Laboratoire d’Economie Appliquée (LABEA), du département d’Economie de l’Université Norbert Zongo de Koudougou, lève le voile sur les liaisons ambivalentes entre les politiques budgétaires des États et la solidité du système bancaire en Afrique de l'Ouest. Entre recherche de rentabilité et risques bancaires, les conclusions de l’étude, publiée dans la revue scientifique African Development Review, appellent à une réforme de la surveillance régionale de la dette publique.
Depuis 2001 et la création de UMOA-Titres, les États de la zone ne peuvent plus compter sur le financement direct de la Banque Centrale (BCEAO) pour combler leurs déficits. Ils se tournent désormais vers le marché des titres publics, où les banques commerciales achètent des bons et obligations du Trésor, considérés comme des « actifs sûrs ».
Mais cette interdépendance croissante entre les budgets nationaux et les bilans des banques inquiète les économistes, en l’occurrence Pr Mahamadou Diarra et Dr Ouabou Nabié du Laboratoire d’Economie Appliquée (LABEA) de l’Université Norbert Zongo de Koudougou au Burkina Faso.
Ils explorent la problématique dans un article intitulé : « Effets de la politique budgétaire sur l’instabilité financière bancaire dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine », couvrant la période 1990–2021, et publié dans la revue scientifique Cogent Economics & Finance (lien de l’article : https://doi.org/10.1080/23322039.2026.2646407)
Pour comprendre le phénomène, les chercheurs ont analysé les données de sept pays de l'UEMOA sur une période s'étalant de 1990 à 2021, mesurant l'instabilité financière à travers « l'irrégularité du développement financier », c'est-à-dire la volatilité excessive des crédits et de la masse monétaire. Ils ont identifié l'impact spécifique de la dette publique et de la pression fiscale sur cette instabilité.
Les titres publics, un stabilisateur sous condition
L'étude révèle dans un premier temps qu’à court et moyen termes, la détention de titres publics par les banques ralentit l'instabilité. En investissant dans la dette des États, les banques stabilisent leur portefeuille de crédits, car ces actifs sont moins risqués que les prêts au secteur privé. En d’autres termes, soulignent les auteurs, les titres publics jouent ainsi un rôle de « valeur refuge » pour les banques commerciales.
Cependant, cette stabilité cache un piège. L’étude souligne qu’il existe un seuil critique de 19,4 % du produit intérieur brut (PIB), en deçà duquel, la dette publique booste la rentabilité des banques. Au-delà, les banques deviennent ont tendance à davantage préférer la facilité des titres d'État au détriment du financement de l'économie réelle (entreprises et ménages), ce qui finit par fragiliser tout le système.
La politique fiscale joue également un rôle clé. Les chercheurs montrent que si une forte pression fiscale peut inciter les banques à la prudence dans l'octroi de crédits, elle contribue paradoxalement à augmenter l'instabilité de la masse monétaire. En d’autres termes, trop d'impôts peut déséquilibrer la circulation de l'argent dans l'économie, obligeant la BCEAO à des ajustements complexes.
Des recommandations pour contenir le risque
Face à ces possibles risques systémiques entre crises budgétaires et crises bancaires, les chercheurs formulent trois recommandations prioritaires : Instaurer un plafond de détention : les autorités monétaires, en l’occurrence la BCEAO, devraient fixer un seuil indicatif d'environ 20 % du PIB pour les titres publics détenus par les banques afin d'éviter qu'elles ne deviennent trop vulnérables aux chocs étatiques :
- Diversifier les portefeuilles : les banques doivent être encouragées à sortir du « tout-État » pour investir davantage dans des titres privés ;
- Renforcer la coordination : une synchronisation plus étroite entre les politiques budgétaires nationales et la politique monétaire régionale est indispensable pour stabiliser la masse monétaire.
Ces recommandations interpellent les autorités monétaires régionales et nationales et les banques, et appellent à la prise de mesures idoines.
Mouni N’GOLO





