La conférence inaugurale de la Semaine de l’Épargne et de l’Investissement, tenue les 6 et 7 février 2026 au Centre International de Conférences Ouaga 2000, a marqué un temps fort de sensibilisation financière. Autour du thème central « De l’épargne à la prospérité : bâtir aujourd’hui et transmettre demain », deux spécialistes, le directeur des opérations de l’Agence nationale pour la promotion de la finance inclusive (ANPFI), Dr Boubakar Thiombiano et le Directeur général de Coris Bourse, Fancho Herman Traoré ont livré des clés pratiques pour transformer une épargne informelle en véritable levier de développement économique et social.
La Semaine de l’Épargne et de l’Investissement, qui s’est tenu les 6 et 7 février 2026 au Centre International de Conférences Ouaga 2000, a mis en lumière un enjeu important pour le développement économique national du Burkina Faso : comment transformer l’épargne, souvent informelle et dispersée, en un levier puissant d’investissement et de prospérité durable. De façon méthodique et avec des exemples usuels, le directeur des opérations de l’Agence nationale pour la promotion de la finance inclusive (ANPFI), Dr Boubakar Thiombiano et le Directeur général de la société de gestion et d’intermédiation (SGI) Coris Bourse, Fancho Herman Traoré, ont expliqué comment il est possible à tous de pouvoir constituer un patrimoine financier à partir de son épargne.
Pour Dr Thiombiano, l’épargne n’est pas une fin en soi mais un instrument de construction. Elle doit être disciplinée et structurée afin de répondre aux besoins immédiats, permettre la réalisation de projets planifiés et servir à prévoir l’avenir. L’expert recommande une stratégie en quatre étapes : clarifier ses objectifs de vie, organiser son épargne en trois niveaux (sécurité, projet, avenir), privilégier les mécanismes formels agréés par l’État et préparer la transmission par l’éducation financière des héritiers et la formalisation juridique de ses choix. Cette planification commande discipline et rigueur, a-t-il souligné.
« La plupart du temps au Burkina Faso, l’épargne est informelle. Elle est utilisée dans les tontines ou confiée en dépôt à des tiers. Et elle est utilisée plus souvent pour faire face à des urgences », a-t-il fait remarquer. Alors que, a-t-il tenu à clarifier, l’épargne qui peut transformer substantiellement l’économie est celle déposée dans les institutions financières (microfinance, banques, sociétés de gestion) et orientée vers l’investissement. Cette épargne permet non seulement de stabiliser les ménages face aux chocs exogènes, mais aussi de renforcer l’économie nationale en réduisant la dépendance extérieure (puisque les institutions financières pourront financer les besoins financiers de l’Etat et des entreprises).
Prévoir et s’investir dans la durée
Dr Thiombiano a particulièrement relevé la capacité des Burkinabè en matière d’épargne, mais il a insisté sur la nécessité de formaliser cette épargne dans les institutions financières. Pour lui, les ménages commettent fréquemment trois erreurs majeurs en matière d’épargne : confondre épargne de précaution et épargne de construction ; ne pas faire fructifier leur épargne ; épargner sans objectif clair ni vision temporelle. « L’épargne de sécurité est celle qui permet de faire face aux urgences, l’épargne d’investissement est utilisée pour réaliser les projets tandis que l’épargne d’avenir est réservée pour les moments de retraite, d’éducation des enfants et de transmission aux enfants », a-t-il expliqué.
Le spécialiste en éducation financière recommande donc de se définir des objectifs « smart » (spécifique, mesurable, réalisable, défini dans le temps) pour bien structurer son épargne. « Les gens multiplient les petites dépenses imprévisibles, quand on les regroupe on se rend compte que c’est des montants importants. Non, il faut avoir une vision », a-t-il conseillé. Du point de vue de la temporalité, Dr Thiombiano a déploré le fait de ne pas anticiper la transmission du patrimoine, ce qui pousse de nombreuses familles aisées dans la vulnérabilité parce que la transition générationnelle n’a pas été préparée.
En définitive, Dr Aboubacar Thiombiano recommande aux Burkinabè d’être bien structuré en matière de gestion financière. « La clé n’est pas le montant du revenu, c’est la discipline et la méthode. J’en ai fait l’expérience, avec des comptes pour enfants dont la rentabilité permet de payer la scolarisation de mes enfants. J’encourage tout un chacun à ouvrir des comptes titres pour faire des placements progressifs, la régularité est plus importante que le montant », a-t-il exhorté.
Le DG de Coris Bourse, Fancho Herman Traoré a, de son côté, démystifié la bourse, souvent perçue comme réservée aux élites. Il a rappelé que l’ouverture d’un compte titres est possible dès 50 000 FCFA au niveau de Coris Bourse, une somme qui reste la propriété du client et constitue son capital d’investissement.
La bourse, un levier accessible à tous
Le conférencier a suggéré aux travailleurs à revenus modestes de procéder par de petites épargnes avec des montants à leur portée jusqu’à concurrence de la somme nécessaire pour ouvrir le compte-titre. « Une épargne quotidienne de 200 FCFA suffit à atteindre ce seuil en quelques mois », a-t-il indiqué.
Quant aux choix d’investissements en bourse, le DG de Coris Bourse a expliqué que les instruments disponibles sont variés : les obligations, offrant des rendements entre 6 % et 9 % avec un risque quasi nul, et les actions, permettant de devenir copropriétaire d’une entreprise et de percevoir des dividendes ou de réaliser des plus-values en revendant ses actions.
DG Traoré a rassuré en outre sur la l’accessibilité et la flexibilité dans la relation avec Coris Bourse qui propose une gestion sous mandat gratuite et une application mobile intégrée, facilitant les transactions.
Les échanges avec le public ont permis de lever plusieurs zones d’ombre, notamment sur la supposée volatilité de l’investissement boursier et de la rentabilité. La peur du risque a été relativisée par M. Traoré, qui a insisté sur la solidité du marché régional (la BRVM) et la faible probabilité de perte totale du capital sur le long terme, eu égard aux gardes fous mis en place. Du point de vue de la rentabilité, les experts ont rappelé que les taux boursiers dépassent largement ceux des institutions financières classiques, certains titres en boursier atteignant jusqu’à 20 %, voire plus.
Cette conférence introductive a rappelé que la prospérité durable repose sur des choix éclairés et répétés dans le temps et l’éducation financière a été présentée comme un levier fondamental. Les deux experts ont insisté sur la nécessité de se former en gestion financière. En investissant localement, les Burkinabè contribuent à stabiliser leurs foyers tout en finançant le développement national et la bourse, loin d’être un univers fermé, apparaît comme un outil concret et accessible pour bâtir aujourd’hui et transmettre demain.
Mouni N’GOLO






