Le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique au Cameroun a annoncé dans un communiqué le lundi 9 février, une série de mesures coercitives visant à assainir le secteur de l’or fortement dominé par l’informel.

Le gouvernement camerounais engage un nouveau tour de vis dans l’exploitation de l’or. Dans un communiqué de presse signé le 9 février 2026, le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique a annoncé plusieurs mesures coercitives visant à assainir un secteur largement dominé par l’informel et fortement exposé à la fraude.

Première décision structurante : le retrait imminent des autorisations d’exploitation artisanale semi-mécanisée pour les opérateurs en infraction. Le ministère constate que le délai de quinze jours accordé pour le paiement de la caution de remise en état des sites et la signature des cahiers de charges est largement dépassé.

À compter du 20 février 2026, les autorisations concernées seront retirées et les sites fermés. Les entreprises opérant en régie ne sont pas exemptées de ce durcissement réglementaire. Elles disposent désormais d’un délai de trois mois, à compter de la signature du communiqué, pour mettre en place un système dit « en vase clos » ou conclure un contrat de partenariat avec un opérateur déjà équipé de ce dispositif.

Nouvelles exigences techniques pour les exploitants

Ce mécanisme est présenté par l’administration comme un outil central de suivi de la production et de vérification de la sincérité des déclarations des exploitants.

À ces obligations s’ajoute la production d’une étude de faisabilité sommaire précisant notamment la teneur moyenne du site et un seuil minimal de production. Ce document devra être validé par le ministre en charge des Mines, renforçant ainsi le contrôle en amont des projets d’exploitation.

Le ministère introduit également une nouvelle étape préalable à toute demande d’autorisation d’exploitation artisanale semi-mécanisée. Désormais, celle-ci devra être précédée d’une autorisation d’accès au site délivrée par le délégué régional compétent, afin de permettre des sondages destinés à préparer l’étude de faisabilité. La demande devra en outre être accompagnée d’un cahier de charges signé avec l’ensemble des parties prenantes ainsi que des justificatifs de paiement au Fonds de restauration des sites miniers.

Par ailleurs, le travail de nuit et l’exploitation artisanale semi-mécanisée à l’intérieur des permis de recherche restent formellement interdits. Une fois l’autorisation notifiée, chaque titulaire dispose de trois mois pour se conformer au système en vase clos. Au-delà des aspects techniques, l’enjeu est clairement fiscal.

Le gouvernement indique avoir engagé des négociations avec des partenaires privés afin de canaliser l’or issu des sites de production. Cette organisation vise à améliorer la perception de l’impôt synthétique de 25 % et de la taxe à l’exportation de 5 %, calculés sur la base de la production réelle des sociétés minières. Cette réforme intervient dans un contexte de pertes massives de recettes publiques liées à la contrebande de l’or.

165 milliards FCFA de pertes fiscales

Selon le rapport 2023 de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), présenté le 10 décembre 2025 à Yaoundé, près de 15,2 tonnes d’or ont quitté le Cameroun de manière non déclarée en 2023. Plus de 90 % de ces volumes auraient été exportés vers les Émirats arabes unis.

Toujours d’après l’ITIE, les pertes fiscales potentielles liées à ce trafic sont estimées à environ 165 milliards de francs CFA, soit plus de 294,6 millions de dollars. L’organisation relève qu’en 2023, la Douane camerounaise n’a déclaré que 22,3 kilogrammes d’exportations d’or, alors que les statistiques internationales font état de 15,2 tonnes importées depuis le Cameroun.

Les écarts observés les années précédentes confirment le caractère structurel du phénomène. En 2022, les statistiques dites « miroirs » faisaient état de 4,8 tonnes d’or importées depuis le Cameroun, contre seulement 47,88 kilogrammes déclarés à l’exportation par la Douane. La valeur de l’or sorti illégalement était alors estimée à 279 millions de dollars, contre environ 1,8 milliard de francs CFA pour les exportations légales, selon l’ITIE.

À travers ce durcissement réglementaire, les autorités camerounaises cherchent désormais à réduire ces écarts, sécuriser la chaîne de production et restaurer la crédibilité fiscale d’un secteur stratégique pour les finances publiques.

Estelle KONKOBO

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