La progression de l’inclusion financière repose de plus en plus sur les solutions numériques dans l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA). Pourtant, la microfinance, longtemps présentée comme l’instrument central de bancarisation des populations à faibles revenus, semble évoluer à un rythme beaucoup plus lent. Selon une étude réalisée par Abdoulaïtif Sawadogo, Alassane Ouattara du Centre Africain d'Études Supérieures en Gestion (CESAG) et Mouhamed El Bachir Wade de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), publiée dans la Revue Africaine de Gestion (RAG), vol. 8, n°2, juin 2025, et fondée sur les statistiques officielles de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), l’utilisation des services de microfinance progresse faiblement malgré les politiques publiques mises en place. Cette évolution soulève une question : la microfinance est-elle en train d’être dépassée par les FinTech ?
Historiquement, la microfinance a joué un rôle déterminant dans l’intégration financière des populations exclues du système bancaire classique. Les institutions de microfinance ont permis d’offrir des services d’épargne et de crédit à des catégories socioprofessionnelles traditionnellement considérées comme trop risquées par les institutions financières classiques. Mais face à un environnement financier régional en pleine mutation, sous l’effet des innovations technologiques, cette place historique de la microfinance dans les progrès de l’inclusion financière, malgré les politiques publiques visant à soutenir ce secteur, semble faire face à une concurrence croissante du mobile money et des fintech.
Les résultats de l’étude réalisée par Abdoulaïtif Sawadogo, Alassane Ouattara du Centre Africain d'Études Supérieures en Gestion (CESAG) et Mouhamed El Bachir Wade de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), publiée dans la Revue Africaine de Gestion (RAG), vol. 8, n°2, juin 2025, et fondée sur les statistiques officielles de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), soulignent la place croissante du mobile money dans l’amélioration de l’inclusion financière au sein de l’Union. .
Un taux d’Utilisation des Services de Microfinance en lente progression
Le Taux d’Utilisation des Services de Microfinance (TUSM) constitue l’indicateur central permettant d’évaluer la diffusion de ces services dans la population. Selon l’étude, ce taux est passé de 20,53 % en 2020 à 22,10 % en 2023. La progression n’est donc que de 1,57 point en trois ans. Autrement dit, en 2023, environ deux adultes sur dix utilisent les services des institutions de microfinance dans l’Union. Selon les auteurs de l’étude, « la croissance relativement lente de l’utilisation des services de microfinance contraste avec la dynamique plus rapide observée dans d’autres segments de l’inclusion financière ». Cette évolution suggère que la microfinance, bien qu’importante, ne constitue plus le principal moteur de l’inclusion financière dans la région.
L’un des facteurs expliquant cette stagnation réside dans l’essor rapide des technologies financières. Selon les données analysées par M. Sawadogo, M. Ouattara du Centre Africain d'Études Supérieures en Gestion (CESAG) et M. Wade, l’UEMOA comptait seulement 10 FinTech en 2006 contre 222 en 2023, soit une progression de 2120% ; tandis que sur la même période, le taux d'inclusion financière est passé de 14,1 % à 72,3 %. « Cette progression faire croire que l'essor des FinTech, particulièrement après 2015, a joué un rôle déterminant dans l'amélioration de l'accès aux services financiers. L'accélération du taux d'inclusion financière pourrait s’expliquer par l’offre des solutions efficaces par les FinTech », indique l’étude.
Une concurrence numérique croissante
Cette expansion transforme profondément l’accès aux services financiers. Les solutions numériques permettent aux utilisateurs d’effectuer des paiements, de transférer de l’argent ou d’épargner via un simple téléphone mobile, souvent sans se déplacer dans une agence. Les auteurs de l’étude observent ainsi que « l’expansion des innovations technologiques dans le secteur financier contribue à redéfinir les canaux traditionnels d’accès aux services financiers dans l’Union ». Dans ce contexte, les institutions de microfinance se retrouvent confrontées à une concurrence nouvelle, plus agile et plus digitale.
« De manière générale, une transition progressive vers la monnaie électronique est observée, avec une substitution progressive des services traditionnels par les solutions numériques dans tous les pays excepté le Niger. Ainsi la contribution de la monnaie électronique dans le taux d’inclusion financière a dépassé celle des services traditionnels dans ces pays et la tendance continue », soulignent les auteurs.
Meilleure pénétration géographique des FinTech, un levier d’amélioration de l’inclusion financière
La stagnation du TUSM intervient pourtant dans un environnement de politiques publiques favorables à la microfinance. Les stratégies régionales d’inclusion financière ont longtemps considéré ces institutions comme un pilier central de l’accès au financement pour les populations vulnérables.
En conclusion, selon les chercheurs, Abdoulaïtif Sawadogo, Alassane Ouattara et Mouhamed El Bachir Wade, l’inclusion financière ne dépend pas uniquement de la présence d’institutions spécialisées, mais aussi de l’adéquation entre les services proposés et les besoins des populations. En effet, les innovations numériques semblent répondre plus efficacement à certaines attentes, notamment en matière de rapidité des transactions, de coûts et d’accessibilité.
« In fine, une meilleure pénétration géographique des FinTech pourrait être un levier d’amélioration de l’inclusion financière bien que cette relation positive évoqué dans ce sens ne signifie pas une causalité. Cependant un déploiement adéquat des FinTech accompagner d’une politique favorable à l’adoption des paiements mobiles tant soutenus par les FinTech pourrait contribuer significativement à une inclusion financière plus large touchant les zones non desservies », conclut l’étude.
Estelle KONKOBO






