Après deux jours d’échanges intenses, la 10e édition des Journées nationales de concertation entre l’État, les ONG, associations de développement et fondations a refermé ses portes le 3 octobre 2025 à Ouagadougou. La cérémonie de clôture, présidée par le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a réuni plusieurs membres du gouvernement ainsi que plus de 460 participants issus de divers secteurs.
Placée sous le thème « Transparence et responsabilité financière des ONG dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme au Burkina Faso », la 10e édition des Journées nationles de concertation Etat/ONG et Assaociations de développement (JNC), a permis d’aborder des enjeux importants liés au contexte sécuritaire particulièrement sensible. Deux sous-thématiques ont structuré les échanges : «le renforcement du suivi-contrôle des flux financiers des ONG» et « le rôle de ces dernières dans la prévention des activités illicites ».
Les ateliers ont mis en lumière plusieurs défis persistants dont la faible appropriation des normes comptables et financières, le manque de formation des acteurs, le déficit en suivi et contrôle, ou encore l’ insuffisance de coordination. Face à ces constats, les participants ont formulé une série de recommandations. Il s’agit notamment du renforcement des capacités des structures étatiques pour mieux accompagner les organisations à but non lucratif (OBNL), l’harmonisation des outils de suivi, de la mise en place d’un dispositif de déclaration des donations et de la création d’unités de conseil au sein des faîtières. Pour le secrétaire général du ministère de l’Économie et des Finances, Vieux Rachid Soulama, ces recommandations traduisent « une volonté collective de renforcer la transparence, la redevabilité et la conformité des ONG aux standards nationaux et internationaux ».
L’appel aux ONG à se réinventer
La vice-présidente du Secrétariat permanent des ONG (SPONG), Aminata Diallo/Bolly, a salué la pertinence du thème et réaffirmé l’engagement des organisations à renforcer leur crédibilité. « Au-delà de l’efficacité de leurs actions, elles doivent garantir une gestion rigoureuse des ressources afin qu’aucun financement douteux ne compromette la stabilité nationale », a-t-elle insisté.
Dans son discours de clôture, le Premier ministre, Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a reconnu le rôle important des ONG dans l’accompagnement des populations affectées par la crise sécuritaire, tout en appelant à une vigilance accrue. « Votre proximité avec les communautés et votre capacité à mobiliser des ressources ne doivent jamais être exploitées à des fins illicites », a-t-il averti. Mieux, , a-t-il ajouté, les ONG devraient se réinventer, diversifier leurs sources de financement et veiller à ce que les ressources mobilisées impactent positivement les populations.
Le Chef du gouvernement a également annoncé plusieurs mesures visant à améliorer la collaboration entre l’Etat et les ONG. Il a cité, entre autres, l’accélération du traitement des dossiers d’agrément et d’autorisation, la mise en place d’un dispositif unique de rapportage via la plateforme SIS-ONG, la digitalisation accrue des procédures fiscales et douanières pour plus de transparence et des dispositions budgétaires destinées à résorber les retards de paiement. Cette 10e édition des JNC s’est achevée sur une volonté partagée de bâtir un partenariat plus transparent, plus responsable et plus efficace entre l’État et les acteurs du développement, afin de faire front commun contre le blanchiment et le financement du terrorisme; le tout dans le respect de la souveraineté du Burkina Faso.
Le dernier rapport de l’ONG OXFAM, intitulé : « La crise de l'inégalité en Afrique et la montée des ultra-riches » met en relief les inégalités croissantes entre riches et pauvres sur le contient africain. Il ressort que quatre des milliardaires les plus riches du continent africain détiennent aujourd'hui une fortune de 57,4 milliards de dollars, représentant plus que la richesse combinée de 750 millions de personnes, soit de la moitié de la population du continent.
En Afrique, le fossé entre riches et pauvres se creuse davantage. Telle est la conclusion du dernier rapport de l’ONG OXFAM, intitulé : « La crise de l'inégalité en Afrique et la montée des ultra-riches », rendu publié à la veille de la réunion de coordination semestrielle de l'Union africaine. En effet, alors qu’en 2000 le continent ne comptait aucun milliardaire, aujourd'hui, il en dénombre 23, dont la fortune cumulée a augmenté de 56 % au cours des cinq dernières années, atteignant 112,6 milliards de dollars. Aujourd’hui, quatre des milliardaires les plus riches d'Afrique engrangent une fortune de 57,4 milliards de dollars, soit plus que la richesse combinée de 750 millions de personnes, c'est-à-dire la moitié de la population du continent, note le rapport. Et si on s’en tient aux 5 % les plus riches d'Afrique, leur fortune estimée à près de 4 000 milliards de dollars, est plus du double de la richesse combinée du reste du continent.
Toujours selon ce rapport 2025 d’OXFAM, en trois jours seulement, une personne faisant partie des 1 % les plus riches d'Afrique gagne ce qu’une personne appartenant à la moitié la plus pauvre de l'Afrique met une année à gagner. Et même s'ils perdaient 99,99% de leur fortune, les cinq hommes les plus riches d'Afrique seraient encore 56 fois plus riches que la moyenne des habitants du continent. Au cours des cinq dernières années, les milliardaires africains ont augmenté leur richesse de 56 % ; cette augmentation est de 88 % pour les cinq milliardaires les plus riches du continent, poursuit le rapport.
Pendant ce temps, la pauvreté gagne du terrain sur le continent, avec le nombre de pauvres qui continue à progresser. Pour preuve, aujourd'hui, sept personnes sur dix vivant dans l'extrême pauvreté dans le monde résident en Afrique, contre seulement une sur dix en 1990. Non seulement l’Afrique est l'une des régions les plus inégalitaires du monde, mais elle est aussi l’un des continents qui enregistrent les taux de pauvreté figurant parmi les plus élevés. Près de la moitié des 50 pays les plus inégalitaires sont de ce continent, avec près de 850 millions de personnes souffrant de la faim, ce qui représente une augmentation de 20 millions depuis 2022, souligne le rapport. En plus, la moitié de la population africaine vit dans 19 pays où les inégalités de revenus se sont aggravées ou ont stagné au cours de la dernière décennie.
Un manque de leadership politique
Le document d’OXFAM note également qu’en Afrique la gent féminine est la plus touchée par cette paupérisation. En effet, en Afrique, les hommes possèdent trois fois plus de richesses que les femmes, correspondant à l'écart de richesse entre hommes et femmes le plus important de toutes les régions du monde. Cette « aggravation de la pauvreté et le creusement des inégalités », contrastent avec les abondantes richesses naturelles du continent africain. « Les richesses de l'Afrique ne manquent pas, elles sont dilapidées par un système truqué qui permet à une petite élite d'amasser d'immenses fortunes tout en privant des centaines de millions de personnes des services les plus élémentaires. Il ne s'agit pas d'une malchance. C’est un échec politique - et cela doit changer », déplore la Directrice de Oxfam Afrique, Fati N’Zi-Hassane.
Autrement dit, cette persistance des inégalités sociales est alimentée ou entretenue par une absence de réponses structurelles voire un manque de leadership politique pour les adresser de manière durable. Un précédent rapport d’Oxfam et Development Finance International illustre cet état de fait. Selon ledit rapport, 94 % des pays africains bénéficiant de prêts de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), soit 44 pays sur 47, ont réduit leurs dépenses en matière d'éducation, de santé et de protection sociale en 2023-2024 afin de pouvoir rembourser leur dette. Cette réduction des ressources publiques allouées aux secteurs sociaux de base compromet considérablement l'objectif de l'UA de réduire les inégalités de 15 % au cours des dix prochaines années, prévient OXFAM.
Le faible engagement politique pour la réduction des inégalités sociales grandissantes sur le continent se manifeste également par le maintien d’un système fiscal qui ne fait pas de place à l’équité. A titre illustratif, l’Afrique ne perçoit en moyenne que 0,3 % de son PIB au titre de l'impôt sur le patrimoine, soit moins que ce qui est perçu dans les autres régions comme l'Asie (0,6 %), l'Amérique latine (0,9 %) et les pays de l'OCDE (1,8 %). Cette part jugée déjà faible a baissé de près de 25 % au cours de la dernière décennie.
« Construire des économies au service de la majorité »
L’iniquité fiscale se traduit aussi par un système d’imposition dominé par les impôts indirects comme la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), qui accentuent les inégalités. Pour chaque dollar US collecté au titre de l’impôt sur le revenu des personnes physiques et de l’impôt sur la fortune, près de trois dollars US sont en moyenne collectés au titre des impôts indirects (tels que la TVA et les droits d’accise) qui sont des facteurs d’accroissement des inégalités, déplore le rapport. Ce qui fait dire que comparé à la moyenne mondiale, les pays africains sont trois fois moins efficaces en matière d’utilisation de politiques fiscales comme moyen de redistribution des richesses des ultra-riches vers le reste de la population.
aPour réduire les inégalités sociales en Afrique, le rapport 2025 d’OXFAM recommande de taxer les riches et investir dans la majorité.
Ce niveau d’inégalités extrêmes, nourrit par des politiques et des structures injustes aux niveaux national et mondial, faisant que les richesses de l’Afrique profitent à une minorité, devrait être une préoccupation majeure pour toutes et tous. Car elles menacent de saper la démocratie, entravent la réduction de la pauvreté et la croissance, aggravent la crise climatique, accentuent les injustices liées au genre et autres injustices entrecroisées, et conduisent à la négation des droits fondamentaux et de la dignité pour les citoyens et citoyennes ordinaires, alertent les rapporteurs.
C’est pourquoi Mme N'Zi-Hassane appelle à arrêter la spirale des inégalités. « Chaque Africain et chaque Africaine mérite de vivre dans la dignité. Lorsqu'une poignée de milliardaires est autorisée à accumuler des richesses insensées alors que des millions de personnes sont piégées dans la pauvreté, le système est défaillant et moralement indéfendable », dénonce-t-elle. Et pour elle, pour rectifier le tir, le remède est tout simple. « La solution est claire : taxer les riches et investir dans la majorité. Toute autre solution est une trahison. Si les États africains sont sérieux en matière de réforme et de justice, ils doivent cesser de récompenser une minorité et commencer à construire des économies au service de la majorité », martèle la Directrice d’OXFAM Afrique. Et d’ajouter que taxer les richesses extrêmes n'est pas seulement juste, c'est un ingrédient essentiel pour l'Afrique que nous voulons.
Saisir les opportunités pour faire bouger les lignes
Les bénéfices d’une telle politique volontariste seraient tangibles. Par exemple, une réduction des inégalités de 2 % accompagnée d’un taux de croissance annuel de 2 % mettrait fin à l’extrême pauvreté en Afrique 2,4 fois plus vite que si nous n’agissions pas sur les inégalités, fait savoir le rapport. Au cours des cinq prochaines années, 71 millions de personnes supplémentaires en Afrique pourraient également échapper à l’extrême pauvreté si les inégalités étaient réduites de 2 % par an. Et en taxant les 1 % les plus riches de 10 points de pourcentage supplémentaires sur leur revenu et d’un point de pourcentage sur leur fortune, cela pourrait permettre de dégager près de 66 milliards de dollars US de nouvelles recettes chaque année. Ce qui aura l’avantage de permettre de combler les déficits de financement pour assurer une éducation gratuite de qualité et raccorder tous les foyers et entreprises à l’électricité, et il resterait encore 2 milliards de dollars US, souligne le rapport.
Les exemples comme le Maroc et l'Afrique du Sud, qui perçoivent respectivement 1,5 % et 1,2 % de leur PIB au titre de l'impôt foncier qui sont parmi les taux les plus élevés du continent, montrent qu’il est possible de bâtir des économies plus équitables sur le continent. Aux Seychelles, par exemple, les 50 % les plus pauvres ont vu leur part de revenu augmenter de 76 % depuis 2000, tandis que les 1 % les plus riches ont perdu les deux tiers de la leur.
Et le contexte est favorable pour faire bouger les lignes. Cette année marquée par la toute première présidence africaine du G20, l’adoption d’un nouveau cadre des Nations Unies pour le financement du développement (le Compromiso de Sevilla) et les négociations inédites d’une convention fiscale des Nations Unies menées par des pays africains, sont des opportunités que le continent, avec à sa tête la nouvelle présidence de la Commission de l’Union africaine, peut saisir pour exiger l’imposition des riches et la fin des flux financiers illicites, afin d’atteindre son objectif de réduction des inégalités nationales de 15 % au cours de la prochaine décennie.