Le dernier rapport de la Chambre des comptes du Cameroun, publié le 5 février 2026, épingle durement la Société de recouvrement des créances (SRC) du Cameroun à qui il est reproché le non reversement de plus de 14 milliards FCFA et des dérives structurelles.

La Société de recouvrement des créances du Cameroun (SRC), entreprise publique détenue à 100 % par l’État, traverse une zone de fortes turbulences. Dans son rapport d’audit publié le 5 février 2026, la Chambre des comptes de la Cour suprême dresse un diagnostic sévère sur la gestion financière de la structure sur la période 2018-2022.

La SRC, dont la mission est précisément de renforcer les recettes publiques à travers le recouvrement des créances et la gestion des liquidations, affiche des déséquilibres budgétaires persistants et des pratiques jugées contraires au régime financier de l’État.

Le point le plus sensible concerne la trésorerie. Au 31 décembre 2022, la SRC détenait 14,121 milliards FCFA correspondant à des montants recouvrés pour le compte de l’État, mais non reversés au Trésor public.

À cette somme s’ajoutent 107,127 millions FCFA issus de condamnations pécuniaires également conservés dans ses comptes.

Pour la Chambre des comptes, ces pratiques contreviennent à la loi n°2018/012 du 11 juillet 2018 portant régime financier de l’État et des autres entités publiques. Les magistrats financiers estiment que ce non-reversement constitue une faute de gestion au sens des articles 87 et 88, en ce qu’il cause un préjudice direct à l’État.

L’enjeu dépasse la simple conformité administrative : en retenant ces fonds, la SRC prive le budget de liquidités immédiates susceptibles de réduire le recours aux marchés financiers pour couvrir les besoins de trésorerie.

La juridiction recommande un premier reversement de 12,6 milliards FCFA au profit du Trésor et propose un encadrement plus strict des modalités de transfert, avec l’obligation de reverser 70 % des sommes recouvrées dans un délai maximal de douze mois.

Des comptes durablement déficitaires

L’analyse des performances financières révèle une fragilité structurelle. Sur cinq exercices contrôlés, seuls 2019 (+87 millions FCFA) et 2021 (+26 millions FCFA) affichent un résultat positif.

Les pertes sont significatives :

  • 545 millions FCFA en 2018
  • 619 millions FCFA en 2020
  • 1,068 milliard FCFA en 2022

Au total, le déficit cumulé atteint 2,12 milliards FCFA sur la période 2018-2022.

Ce contraste est d’autant plus marqué que la SRC gère un portefeuille historique de créances évalué à 597 milliards FCFA au 31 décembre 2022. La Chambre des comptes estime toutefois que cette valorisation ne reflète pas la réalité économique et recommande une dépréciation significative afin d’élaborer un plan de recouvrement crédible, assorti d’échéances précises et d’un mécanisme de suivi-évaluation actuellement inexistant.

Un loyer qui absorbe près du tiers du chiffre d’exploitation

Autre signal d’alerte : la charge immobilière. La SRC loue ses services centraux à Bastos, à Yaoundé, pour 45 millions FCFA par mois, soit 540 millions FCFA par an. Sur cinq ans, le bail représente 2,7 milliards FCFA.

En 2022, cette dépense absorbe près du tiers du produit global d’exploitation, qui s’élevait à 1,82 milliard FCFA. Pour la Chambre des comptes, ce niveau de charge est disproportionné au regard des capacités financières réelles de la société.

Le contrat est jugé particulièrement contraignant, car il ne prévoit pas de résiliation anticipée sans pénalités qualifiées d’excessives, exposant la SRC à une rigidité budgétaire importante en cas de tension financière.

Le rapport pointe également des reports irréguliers de charges de fonctionnement sur des comptes de liquidation, une pratique qui aurait permis de différer certaines dépenses sans corriger les déséquilibres de fond.

La gestion des liquidations est jugée lacunaire : absence d’inventaire fiable des dettes exigibles, multiplicité des liquidateurs successifs, états financiers non certifiés par un expert-comptable.

Sur le plan social, le nombre de licenciements est passé de 1 en 2019 à 8 en 2022, touchant principalement des agents comptant entre 6 et 23 ans d’ancienneté. Les visites médicales réalisées entre 2021 et 2023 signalent une prévalence préoccupante de l’hypertension artérielle au sein du personnel, indicateur d’un malaise interne persistant.

Pour la Chambre des comptes, l’absence de pilotage stratégique structuré et une tutelle financière jugée peu active compromettent la performance d’un instrument pourtant central dans la mobilisation des ressources publiques.

Au-delà du cas de la SRC, le rapport soulève une question plus large : celle de l’efficacité des entreprises publiques dans la consolidation budgétaire, dans un contexte où la maîtrise des finances publiques constitue un enjeu majeur pour la soutenabilité macroéconomique du Cameroun.

Estelle KONKOBO

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