Selon le nouveau rapport de la Banque mondiale sur la dette internationale, la dette extérieure combinée des pays à revenu faible et intermédiaire a atteint un niveau historique de 8 900 milliards de dollars en 2024. Sur ce montant, la dette des 78 pays à faible revenu éligibles aux prêts de l’Association internationale de développement (IDA) de la Banque mondiale a également atteint un niveau record de 1 200 milliards de dollars. Et cela dans un contexte où, non seulement le poids du service de la dette continue de peser sur ces économies, mais aussi le coût du financement devient de plus en plus cher.
Le fardeau de la dette continue de peser lourd sur la tête des pays en développement. En effet, selon le dernier rapport de la Banque mondiale sur la dette internationale publié en décembre 2025, les paiements des pays en développement au titre du service de la dette extérieure entre 2022 et 2024 ont dépassé de 741 milliards de dollars le volume de nouveaux financements. Et cela correspond à l’écart le plus important depuis au moins 50 ans. A ce coût record du service de la dette s’ajoute les niveaux historiques d’endettement que ces pays ont enregistré au cours de la période.
A titre illustratif, la dette extérieure combinée des pays à revenu faible et intermédiaire a atteint un record de 8 900 milliards de dollars en 2024. Et sur ce montant, la dette des 78 pays à faible revenu éligibles aux prêts de l’Association internationale de développement (IDA) de la Banque mondiale a également atteint un niveau record de 1 200 milliards de dollars. Cet endettement croissant s’est malheureusement opéré dans un contexte où les coûts du crédit battent également les records.
18,3 milliards de dollars de nouveaux financements….
En effet, les taux d’intérêt moyens sur les nouveaux prêts contractés en 2024 par les économies en développement auprès des créanciers publics et privés se situent respectivement à leur niveau le plus élevé en 24 ans et 17 ans, indique le rapport de la Banque Mondiale. Au total, les paiements en intérêts de ces pays s’élèvent à un montant sans précédent de 415 milliards de dollars, au détriment de dépenses qui auraient pu être consacrées à la scolarisation, aux soins de santé primaires et aux infrastructures essentielles.
Il est donc de plus en plus difficile pour les pays à faible revenu de financer leur développement à moindre coût, sauf auprès des banques de développement. Et la Banque s’illustre comme le principal partenaire financier des pays admis à emprunter à l’IDA. « En 2024, elle a fourni à ces pays 18,3 milliards de dollars de nouveaux financements de plus que ce qu’elle a perçu en remboursements du principal et en paiements des intérêts. Ce chiffre record s'est en outre accompagné du versement de 7,5 milliards de dollars de dons, lui aussi sans précédent », souligne le rapport.
Retour au financement local
Le renchérissement du coût du crédit s’est accompagné d’un autre phénomène : celui du repli de la part des créanciers bilatéraux publics, principalement des États et assimilés, après leur engagement dans une vague de restructurations ayant réduit jusqu’à 70 % la dette extérieure à long terme de certains pays. « En 2024, les créanciers bilatéraux ont reçu des pays en développement 8,8 milliards de dollars de plus en principal et en intérêts qu’ils n’en ont versé en nouveaux financements », note le document.
Face à des financements extérieurs de plus en rares et chers, les pays en développement font l’option des solutions endogènes, à travers les marchés financiers locaux, en se tournant notamment vers des créanciers intérieurs comme les banques commerciales et institutions financières locales. Selon la Banque mondiale, sur les 86 pays où des données existent, plus de la moitié ont vu leur dette publique intérieure augmenter plus rapidement que la dette publique extérieure.
80 milliards de dollars injectés par les investisseurs obligataires
Le retour sur les marchés obligataires, après la hausse historique des taux d’intérêt, a été l’alternative qui a sauvé nombre de pays en développement du risque de défaut de paiement et qui ont pu restructurer leur dette. En effet, les pays ont procédé à la restructuration de 90 milliards de dollars de dette extérieure en 2024, un montant record depuis 2010. En même temps, les investisseurs obligataires ont injecté 80 milliards de dollars de nouveaux financements de plus que ce qu’ils ont perçu en remboursements du principal et en intérêts.
Mais le hic est que ce canal d’endettement coûte aussi de plus en plus cher. Pour preuve, les taux d’intérêt ont fluctué autour de 10 %, soit environ le double des niveaux observés avant 2020, souligne le rapport. En tout état de cause, ce retour aux leviers endogènes de financement du développement est salutaire, mais à condition de savoir éviter ou de contenir les revers.
L’impact sur les conditions de vie des populations
« La propension grandissante de nombreux pays en développement à recourir à des sources de financement nationales traduit une réussite importante de l’action publique. Cela montre que les marchés financiers locaux évoluent. Toutefois, des emprunts intérieurs massifs peuvent inciter les banques nationales à privilégier les obligations d’État, plutôt que de prêter au secteur privé local. La dette publique contractée auprès de créanciers nationaux est en outre soumise à des échéances plus courtes, ce qui peut augmenter le coût du refinancement. Les gouvernements doivent par conséquent veiller à ne pas en abuser », alerte la statisticienne en chef de la Banque mondiale et directrice de la cellule Données sur le développement, Haishan Fu.
Le constat alarmant est que le fardeau de la dette publique impacte négativement la vie quotidienne des populations, notamment dans les 22 pays les plus endettés (c’est-à-dire ceux dont l’encours de la dette extérieure représente plus de 200 % des recettes d’exportation), où 56 % des habitants en moyenne ne peuvent pas se permettre une alimentation saine et nutritive ; dix-huit d’entre eux sont des pays IDA, où ce chiffre grimpe à près des deux tiers de la population, déplore la Banque mondiale.
La Rédaction.







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